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Secret de polichinelle – Yonatan Sagiv, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche (469 pages)

Je ne sais pas comment présenter ce roman que j’ai dévoré, hilare. De l’humour juif, mâtiné d’humour gay, un mélange explosif et inédit dans le paysage de la littérature du roman policier.
La femme d’affaires la plus crainte et redoutée du milieu immobilier israélien est retrouvée morte au pied de l’hôpital où elle était soignée. Oder vient de s’improviser détective et il reçoit sa première cliente, la sœur de cette femme puissante et détestée. Il y voit l’aubaine de sa vie pour se refaire après plusieurs tentatives d’entreprises ratées. Vous allez vite vous attacher à cette « folle » qui parle d’elle au féminin, totalement obsédée et misogyne, et dont les répliques sont à mourir de rire.
Ce roman, sorti il y a déjà plus de dix ans est plus profond que le héros veut bien nous laisser croire. Il y dénonce l’homophobie de la société israélienne, le racisme latent, la maltraitance des puissants sur les faibles. Une superbe découverte qui m’a donné envie de me plonger dans les autres ouvrages de cet auteur.

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L’entroubli – Thibault Daelman (286 pages)

Vous trouverez pléthore de retours enthousiastes sur ce roman de la rentrée littéraire. Force est de constater que les éditions du Tripode ont le chic pour dénicher des langues qui sortent de l’ordinaire. Et puis un livre, quoi qu’on en pense, c’est toujours un travail colossal d’écriture et la critique est facile. En ce qui me concerne, je n’ai pas réussi à prendre le train des joyeux pour cette lecture, néanmoins fort sympathique avec mes amis Vleeleurs. J’ai tangué. Voilà l’impression que m’a donné cette écriture qui a été pour moi une épreuve indigeste. Les fans de Yoda y trouveront leur compte avec ces phrases alambiquées qui proposent le verbe à la fin. Sans compter les fautes de grammaire érigées en tolérance littéraire. Quant à l’histoire, je n’ai pas non plus vraiment accroché, dans la mesure où rien ne m’a semblé sonner juste. Ce qui est très étrange, puisque c’est absolument autobiographique. Comme si l’auteur voulait mettre une distance entre son enfance et lui-même. Comme s’il ne racontait pas vraiment son enfance, mais l’image d’une enfance, revue au prisme du roman. Pour autant, je suis allée au bout, et je me suis laissé glisser dans la rigole de ce ruisseau verbal. J’y ai même repéré quelques fulgurances, des phrases qui m’ont interpelée et dont j’ai pensé : ah ! celle-là, elle est bien trouvée ! Mais comme je suis la seule à n’avoir pas apprécié cette lecture, nul doute qu’il fera son chemin et je lui souhaite évidemment un beau succès dans son originalité.

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Chronique de la dérive douce – Dany Laferrière (185 pages)

Je découvre Dany Laferrière, grand romancier d’origine haïtienne par ce petit ouvrage qui raconte son arrivée dans le plus extrême dénuement au Canada où il s’est installé lorsqu’il avait une vingtaine d’années. L’écriture incroyablement poétique en vers libres de ce roman m’a bouleversée. On est décidément plus sensible à certaines écritures qu’à d’autres. Je remercie Monsieur Laferrière de s’être mis à raconter sa vie. Il le fait d’une manière tout à fait délicate.

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Avant la forêt – Julia Colin (376 pages)

Je suis perplexe. Cela fait des mois, des années, qu’on m’explique que je ne serai jamais publiée si je n’éradique pas de mes textes toute trace d’adverbe en « ment ». J’en ai enlevé des kilos sans pour autant obtenir la moindre réponse. Tout le monde s’accorde sur ce point et pour ma part, je trouve que c’est dommage de se priver de mots qui existent dans notre langue. Mais je m’adapte. Dans ce roman, j’ai compté sur certaines pages pas moins de dix adverbes en « ment » et parfois le même à trois lignes d’intervalle. Je n’ai pas trouvé ça particulièrement gênant. Et je m’interroge : M’aurait-on menti sur ces mots à bannir ?

Vous allez objecter qu’on s’en moque, que je ferais mieux de vous parler de l’histoire. Alors, c’est un roman d’anticipation qui mêle un peu de surnaturel. Les personnages sont assez attachants et l’histoire est plutôt captivante. Malgré un style un peu répétitif, c’est un roman pour ados ou jeunes adultes honorable.

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L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown, traduit de l’anglais par Claire Charrier (256 pages)

Quand Annie-Rose nous a proposé de réitérer une lecture commune de rentrée littéraire avec les éditions du Typhon , j’ai dit oui les yeux fermés, malgré une élocution approximative sur un message vocal d’anthologie et un titre étrange. Allions-nous entamer une lecture d’un livre olé-olé ? Étais-je la seule dans la bookstasphère à utiliser des expressions si désuètes qu’elles m’évinçaient d’office pour appréhender ce roman ?

Je vous rappelle que je fuis la rentrée littéraire et ses 500 bouquins publiés, car un livre bon aujourd’hui sera bon dans 5 ans, et souvent, le temps se charge de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Mais là, vous pouvez vous lancer les yeux fermés (non, pour lire, ce n’est pas idéal) dans ce roman médiéval, où l’on peut souligner le remarquable travail de la traductrice pour nous plonger dans l’époque sans que ce soit pesant.

En fouillant dans les archives de Durham, l’auteur est tombé sur la petite phrase qui l’a intrigué et lui a donné l’envie de broder l’histoire qu’il nous conte ici.

Le roman se situe en 1434 pour relater de faits qui se sont déroulés quarante ans plus tôt, un drame, un spectre et un ménestrel qui vient raviver des plaies qui ne se sont jamais refermées. L’air de ne pas y toucher, il va mettre en exergue l’incompétence, la cupidité, la jalousie et l’injustice qui se sont abattues sur ce village et l’ont plongées dans le chaos.

Merci pour cette découverte, je crois que malgré certaines réticences, ce roman a fait l’unanimité dans notre groupe.

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L’homme-dé – Luke Rhinehart, traduit de l’anglais par Francis Guévremont (536 pages)

Ce livre culte en partie autobiographique a fait un carton dès sa sortie. Pour ma part, passées les 200 premières pages plutôt rigolotes sur ce psychiatre New-Yorkais qui prend les décisions de sa vie en tirant les dés, on tourne un peu en rond. Choisissant des alternatives de plus en plus extrêmes, on reste néanmoins sur un schéma très similaire sur les 336 pages qui suivent. Pur produit de la contre-culture, volontairement ultraprovocateur, certains passages sont très durs, faisant l’apologie du viol, de la consommation de drogue et du meurtre. D’autres, heureusement , sont extrêmement réjouissants et jubilatoires. C’est également amusant de voir comment Un homme blanc traitait le sujet du genre, et de l’homosexualité en 1971.
Je vais lancer un dé pour savoir si j’ai aimé un peu, beaucoup ou pas du tout ce roman.

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Indomptables – Bruno Doucey (236 pages)

La première partie de ce roman alterne les chapitres des biographies croisées de Vitali Klitschko et de Mira Rai, deux athlètes d’exception pourtant si différents. L’opposition de ce champion du monde de boxe qui a la carrure d’une montagne à cette souris championne de trail, nous éclaire sur différentes façons de s’évader par le sport. Puis arrive Mélina, Ukrainienne d’origine grecque, terrée dans les abris au début de la guerre. Cette dernière préparait un colloque où elle aurait interviewé simultanément les deux athlètes.

Bruno Doucey est l’un des plus grands poètes de notre époque et il nous livre un très beau roman sur le dépassement de soi, les résistances face au mal, et nous donne des exemples de quelques personnages, réels ou fictifs, qui, chacun à leur manière, ont su rester indomptables face à l’adversité.

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Mon nom est Rouge – Orhan Pamuk, traduit du turc par Gilles Autier (736 pages)

Prix Nobel de littérature, l’auteur se lance ici dans un roman dense et original où chaque chapitre donne la voix à un personnage. Souvent, les narrateurs sont humains, mais on trouve aussi parmi eux des esquisses et la couleur rouge qui donne son titre à l’ouvrage. Le thème principal du livre est l’histoire de l’enluminure en Turquie à la fin du 16ème siècle en miroir avec l’art occidental. À cette époque, l’Europe développe de nouvelles techniques picturales, notamment avec l’introduction de l’ombre et de la perspective. Chaque marchand aisé souhaite avoir son portrait, celui de sa femme et de sa famille. Ces aspects de la peinture occidentale s’opposent violemment à l’Islam qui considère comme blasphématoire de se faire peindre ainsi que la perspective permettant des représentations de Dieu plus petites qu’une mouche au premier plan. Ce dilemme enflamme l’esprit des peintres et celui des sultans qui cherchent à acquérir les plus beaux trésors au travers de livres richement décorés d’or. Les pages contenant des images sont parfois enlevées de leurs livres d’origine pour être réutilisées dans d’autres ouvrages à la gloire d’autres dirigeants.
Ce roman est aussi une enquête policière. L’assassin parle d’une voix différente de son double non maléfique et l’auteur vous invite à découvrir qui il est. Il est difficile de faire sentir toute la subtilité de ce roman tant il est foisonnant, mais on apprend beaucoup sur cette période et cette région qu’on connaît mal.

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La vagabonde – Colette (209 pages)

Mon premier Colette, celui qui semble être son roman le plus profond. Certainement très provocateur à l’époque où il est sorti, vaguement inspiré de sa vie, le roman de cette femme libre qui quitte son mari volage pour voler de ses propres ailes devait remuer dans les salons bourgeois. Aujourd’hui, ça sonne compassé, suranné, et mièvre, même si je dois reconnaître quelques fulgurances littéraires que j’ai trouvées très belles, notamment ses descriptions des paysages, d’une incroyable beauté. Enfin, j’ai lu un Colette.

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Trencadis – Caroline Deyns (376 pages)

La vie de Niki de Saint-Phalle racontée de façon très originale dans la structure même de l’objet livre. Encore une fois, les éditions Quidam se lancent dans un projet audacieux auquel j’ai totalement adhéré. Si la forme peut dérouter, on sent chez l’autrice une vraie admiration pour l’artiste et aussi une grande compassion pour le drame de son viol incestueux par son père. Un destin en tout cas hors normes dans lequel il est intéressant de se plonger.