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Le loup dans la bergerie – Gunnar Staalesen traduit du norvégien par Olivier Gouchet (320 pages)

Du James Ellroy en plus cynique, une écriture à la serpe, une finesse dans les termes utilisés, des personnages qui tiennent vraiment la route, un polar d’exception.
Le flic déchu, devenu détective privé Varg Veum (un jeu de mots norvégien qui fait référence au titre) est contacté par un avocat pour suivre sa femme car il pense qu’elle le trompe. Le détective refuse, arguant qu’il répugne à ce genre de mesquinerie. Troublante coïncidence, le lendemain, un homme engage Varg pour retrouver sa sœur : il s’agit de la même femme. Intrigué par l’histoire familiale, il va suivre la jeune femme pendant quelques jours. Vraiment, j’ai beaucoup aimé l’intrigue, mais la langue, sublime, m’a bluffée.

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Peau Rouge – Gyslain Ngueno (207 pages)

La mère de Benny élève ses deux enfants comme elle peut, en cumulant les jobs de femme de ménage et de nounou et en vivant dans des lieux précaires. Sans papiers, elle jongle en tirant le diable par la queue. Son but : Donner à ses enfants une éducation qui leur permettra d’être comme ceux qui sont nés ici. Sa devise : Rester discrets. L’adolescent mal dans sa peau va se construire grâce à l’amour de sa mère sévère et de sa sœur douée pour les études, à l’amitié d’un garçon qui va lui ouvrir les yeux sur les clichés sur les Indiens d’Amérique (d’où le titre) et à la danse, sa passion. Tout le roman marche sur un fil de funambule, entre petites victoires et grandes désillusions jusqu’au final, magistral. Un beau roman d’une petite maison d’édition de qualité.

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Nelly, portrait d’une incandescente – Laure Gombault (136 pages)

A l’instar de l’éditrice lorsqu’elle a ouvert le mail de Laure qui lui proposait ce texte, on pourrait ne pas être convaincu par le synopsis. Une tante bonne sœur en cours de béatification, ça sentait le feel good et l’arnaque.

C’est sans compter sur l’aura de Nelly, religieuse à Alexandrie, qui a travaillé sa (courte) vie entière à devenir une sainte. C’est sans compter aussi sur la lumineuse écriture de l’autrice qui romance à peine le destin de cette femme, qui, telle Sainte-Thérèse de Lisieux a consacré sa vie à Dieu et aux autres. Des vies simples bouleversées par l’Histoire, des parcours atypiques, Laure retrace aussi son histoire familiale où le portrait de Nelly trône sur sa table de nuit ainsi que dans son cœur, comme un guide spirituel qui veille sur les siens.

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Le jardin sur la mer- Mercè Rodoreda, traduit du catalan par Edmond Raillard (250 pages)

Zulma s’attache depuis quelques années à créer la bibliothèque européenne idéale. Dans cette collection, on trouve notamment « du givre sur les épaules », que j’ai adoré. On y trouve aussi ce roman écrit entre 1959 et 1966, publié en 1967. Un jardinier raconte quelques années de vie d’une villa au bord de la mer, du côté de Barcelone, avec ses histoires d’amour, de trahisons et d’un jardin. L’écriture est magnifique, les descriptions du jardin, sublime, l’histoire en filigrane des propriétaires et de leur voisin, tous immensément riches, qui rivalisent et se jalousent en dépensant sans compter nous transportent. La construction du roman s’enroule autour des indiscrétions des différents employés de maison qui font tourner ce petit monde et on sort de cette histoire avec une odeur de rose et d’humus dans le nez et un léger pincement au cœur.

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Déserter- Mathias Enard (254 pages)

Lire Mathias Enard est toujours une expérience. Cet écrivain d’une érudition qui dépasse celle du commun des mortels de loin, imagine toujours des histoires où les scientifiques sont spécialistes de sujets pointus. J’adore son écriture qui se lit aussi bien qu’elle est aiguisée, elle aussi. Pour autant, ce roman m’a laissée perplexe dans sa construction. Deux histoires parallèles se déroulent d’un chapitre à l’autre sans jamais se rencontrer. Tout du long, on imagine qu’on va comprendre ce qui les rassemble, personnellement, je n’ai pas trouvé la clé de ce rapprochement. Mon avis est qu’il n’y en a pas. On croise donc d’une part cette historienne des mathématiques, fille d’un éminent mathématicien disparu tragiquement, fidèle au régime communiste de l’Allemagne de l’Est jusqu’à la chute du mur et même au-delà, qui raconte une croisière conférence organisée en hommage à son père qui doit démarrer le 11 septembre 2001 et qui s’arrête donc, à peine amorcée, sa mère, sublime, qui a vécu à Berlin ouest, femme politique de renom, et d’autre part, ce déserteur dans une région méditerranéenne qui rencontre une femme fuyant la guerre avec son âne. Une expérience à part entière, dans un style impeccable, c’est le plus fidèle résumé que je puisse faire.

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La patiente du jeudi – Nathalie Zajde (282 pages)

Mona est une jeune fille dépressive dont les crises d’angoisse l’empêchent de vivre.
Azvrum et Mosche sont deux jeunes amis juifs pleins de vie et d’espoir qui quittent la Pologne des années 20 pour aller faire fortune en Amérique. Au travers de ces deux histoires entrecroisées, l’autrice nous parle de la transmission tacite, des héritages qui pèsent sur les descendants des tragédies de l’histoire. Dans une écriture très simple, Nathalie Zajde nous émeut aux larmes avec ses héros aux vies brisées.

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La revanche de Kevin – Iegor Gran (271 pages)

Vous ai-je déjà parlé de Iegor Gran ? Je ne suis pas sûre sûre. Pendant de nombreuses années, Iegor Gran a écrit une littérature humoristique et grinçante, loin de son histoire familiale et de sa Russie natale. Depuis quelques années, il écrit toujours une littérature bourrée d’humour grinçant, mais qui raconte son pays d’origine. La revanche de Kevin fait partie de la première catégorie. Comme toujours, l’auteur s’applique à décortiquer un milieu social pour le dégommer à coup de stylo. Cette fois, il s’attaque au milieu de la littérature et de la radio avec son ton caustique. Mais de faux semblants en faux semblants, rien n’est vraiment ce qu’il paraît être et bien malin celui qui trouvera qui se joue de qui. Au détriment de Kevin, bien sûr, puisque porter ce prénom est déjà une croix en soi. On retrouve tous les ingrédients du style de l’auteur, le cocasse noir, le tragi-comique, la légèreté qui masque la profondeur.

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Katie – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais américain par Jean Slamowicz (456 pages)

Michael Mc Dowell disait que ce livre était son plus sanglant et qu’il s’était beaucoup amusé à l’écrire. Utilisant le même genre de ressort que dans le reste de son œuvre, il s’emploie cette fois à décrire une famille décousue et recomposée de bêtes et méchants, très méchants. Et très bêtes. Ils ont surtout un avantage indéniable sur leurs adversaires : Katie voit l’avenir avec une précision terrifiante, ce qui leur donne un coup d’avance à chaque fois.
Un page turner remis au goût du jour par Monsieur Toussaint l’Ouverture, avec les très belles couvertures gaufrées de Pedro Oyarbide. On se régale et se délecte de l’affrontement du bien contre le mal.

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La rivière – Laura Vinogradova, traduit du letton par Louise de Brisson (137 pages)

Les Éditions Bleu et jaune nous donnent l’occasion de voyager dans la littérature
européenne au travers de traductions de langues peu communes, ici le letton. La sœur de Ruta a disparu il y a dix ans, mais cette dernière ne se remet pas de sa volatilisation et continue de lui écrire régulièrement. Elle s’enfuit de sa vie confortable pour aller passer un été dans la maison de son père décédé qu’elle n’a pas connu.

Dans cet endroit pourtant
perdu, elle va rencontrer sa voisine enceinte et son petit garçon, ainsi que le frère de cette voisine. Elle va peu à peu reprendre pied dans cette isolation. Dans une langue simple, l’autrice nous livre par touches, l’enfance difficile de cette femme et le traumatisme lié à la perte de sa sœur. Une belle découverte.

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Les silences de Pietrasecca – Alexandre Bertin (292 pages)

En 1944, les forces alliées libèrent l’Italie du joug mussolinien. Attendus en héros, les soldats vont commettre des atrocités, sous couvert de punir les fascistes. Comme toujours dans les guerres, ce sont les populations qui trinquent, et les femmes en particulier. En 1973, Lorena découvre que ses parents ne sont pas ses parents biologiques. Elle part alors à la recherche de la vérité sur ses origines véritables. Elle va aller de trouvaille sordide en trouvaille sordide. Cette histoire est particulièrement haletante, on suit Lorena dans sa quête. Comme elle, on voudrait savoir. Et ce que vous allez apprendre avec elle dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer.

Alexandre Bertin, après dixième manche, un roman sur le milieu du baseball a su brillamment se renouveler, avec comme thème de prédilection, encore une fois, les secrets de famille.