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La marge d’erreur – Nicolas Rey (293 pages)

Nicolas Rey est un auteur sensible, désabusé et à l’humour désespéré qu’on aime immédiatement lorsqu’on lui parle. Ses livres parlent d’écrivains sensibles, désabusés et à l’humour désespéré, mais comme il a eu la présence d’esprit de faire marquer “Roman” sur les couvertures, et même si ça ne nous évite pas de faire l’amalgame, il peut toujours prétendre qu’une partie du livre n’est pas autobiographique, contrairement à son double Gabriel.

Ça démarre plutôt pas mal, l’homme apprend qu’il a un cancer en stade terminal, alors qu’il ne vit que dans l’espoir que la femme de sa vie l’aime à nouveau, malgré la très faible probabilité que cela arrive. Il écorne au passage quelques présentateurs télé, actrices, influenceuses, écrivains et c’est drôle. Et puis il a une nouvelle voisine qui emménage. Une sorte de fantasme sur pattes, belle, intelligente, drôle, bien foutue, sexy en diable, coquine comme tous les hommes en rêvent, dévouée à son métier d’enseignante, la femme parfaite.

Malheureusement, Gabriel est un déchet insensible à ses charmes, puisqu’il attend que la femme qui l’a quitté revienne et qu’il ne ressent de toutes façons plus rien à cause de la tonne de médicaments qu’il ingurgite. Malgré tout, Diane s’acharne à le séduire (il a du bol, cette femme possédant autant de qualités aime les marginaux drogués dépressifs anciens alcooliques, impuissants qui passent leur vie à comater devant des séries).

Et c’est là que ça part en couille, parce que c’est trop, vraiment. Il arrête d’un coup tous les médocs, son cancer, on n’en parle plus, et tout l’enjeu se trouve dans des parties de jambes en l’air plus ou moins glauques, puisqu’il a retrouvé toutes ses capacités. Quand je pense qu’il nous a avoué avoir enlevé 6 pages entières de scènes érotiques ! Alors, oui, bien sûr, si on est là, c’est qu’un jour un homme et une femme ont fait l’amour. Mais on n’est pas obligé de boire la pisse de l’autre, hein non plus. Bref, un livre dont le style badin nous enchante et puis, comme lorsqu’on a trop abusé de substances plus ou moins licites, on finit la soirée en allant vite se coucher car on se sent vaguement nauséeux, inutile et vain.

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Celle qui attend – Camille Zabka (265 pages)

Alexandre Rivière est noir. Avec sa compagne, il a une petite fille, Pamina, trois ans. Il n’a pas pu assister à l’accouchement, car il s’est fait contrôler par des policiers le soir de la naissance, ils ont trouvé que son nom sonnait “trop français”, alors ils ont cru que ses papiers étaient faux, et il a passé la nuit au poste, le temps de vérifier tout ça. Alexandre a toujours voulu s’en sortir, mais il a fini par faire des bêtises, en partie parce que la vie ne l’a pas épargné, en lui mettant même plutôt des bâtons dans les roues. Alors Pénélope explique à Pamina que papa est au coin, et qu’il reviendra bientôt.

Pendant ses 107 jours de détention, il écrira 52 lettres à sa femme et sa fille, la peur au ventre de les perdre l’une et l’autre. C’est un livre terrible sur les bugs de notre justice, sur le délit de faciès, une histoire pourtant emplie d’amour et, malgré tout, d’espoir sur l’humain.

Avec ma rationalité de blanche issue de milieu favorisé, j’aimerais affirmer qu’il n’est pas possible que le sort s’acharne ainsi sur une personne sans reproches. On aimerait se persuader, comme les matons, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, ce serait beaucoup plus confortable moralement. Mais nous savons tous que la vie peut vriller, pour un détail, et qu’on peut se retrouver rapidement dans un engrenage à la limite de la folie. Les exemples d’injustice cités sont à pleurer.

Il semblerait que la vie d’Alexandre, Pénélope et Pamina se soit apaisée depuis sa sortie de prison. On leur souhaite, comme dans les contes, beaucoup de bonheur. 

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Reste avec moi – traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche (280 pages)

Décidément, la littérature nigériane est une grande littérature. A l’instar de sa compatriote Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice nous livre ici un roman d’amour absolument merveilleux. Sur fond de contexte politique troublé (notamment les coups d’état de 1985 et 1993, parmi les 6 coups d’états qui ont émaillé l’histoire politique du pays) et tissé avec le poids des traditions et de la culture, Akin et Yejidé s’aiment, se marient et n’ont pas d’enfants. Une situation inacceptable pour un couple moderne mais traditionnel.

En 5 parties, Ayòbámi Adébáyò nous balade dans son histoire où l’on n’atterrit jamais où on croyait que le vent nous portait. Vous vous fourvoierez jusqu’au dernier chapitre avec délices dans cette belle histoire dramatique. Un grand roman. 

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La folle erreur de Don Cortisone – Didier Bertrand (249 pages)

Branle-bas de combat chez les créateurs de mode hyper connus, Léonardo et Michelangelo, Framboise, une de leurs employées a eu une idée de génie. Ils s’emparent de l’idée, Mafia à l’appui qui essaie de faire disparaître la belle. Heureusement, Framboise a plus d’un as caché dans sa manche, même quand elle est nue.

Un roman d’espionnage satirique, à la « l’espion qui m’aimait » ou « Spy » avec Jude Law. Vous sourirez des facéties de l’auteur qui truffe son livre pétillant et réjouissant de références diverses et variées. Vous y croiserez des Indiens Navajos peu recommandables, des mamas italiennes prêtes à tout et le terrifiant Don Cortisone qui gère d’une main de maître le réseau mafieux de Gênes, secondé par Luigi et Tonio, ses fils. Un bon moment de détente.

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Puisque le soleil brille encore – Sarah Barukh (478 pages)

Sarah Barukh a ce don déjà repéré dans « Envole-moi » de créer des personnages tellement vrais qu’ils ne vous quittent pas et qu’on s’imprègne de leur vie et de leur histoire sans arriver à décrocher. Dans la famille de Sophie, trente-sept ans, il y a toujours eu deux clans : celui qu’elle formait avec son père et celui formé par sa mère et sa sœur. Alors, quand son père tombe très malade, son univers déjà fragile s’écroule complètement. Et elle va découvrir qu’on lui a menti toute sa vie.

Vous pourriez penser que je viens de tout vous dévoiler. Or il n’en est rien, car vous ferez très rapidement le lien entre Sophie et Abril, le bébé que Sol a eu, il y a trente-sept ans et qu’elle n’a pas élevé, à cause des terribles évènements qui se sont déroulés en Argentine de 1976 à 1983, où la junte militaire était au pouvoir. On sait qu’elle a souffert, qu’elle a été torturée et qu’on lui a enlevé son bébé. Mais pendant tout le livre, vous chercherez le fil, le lien, de l’histoire dramatique qui s’est déroulée à l’époque.

Toutes les dictatures, beaucoup de civilisations ont trouvé juste de voler des bébés à leurs ennemis pour les implanter dans des familles plus dignes. Marc Fernandez traitait le cas des bébés volés sous Franco en Espagne (voir «Mala vida»).

Ici, la grande Histoire n’est qu’un prétexte pour évoquer les thèmes de la construction des personnes dont la vie s’est bâtie sur des mensonges, les relations mère/enfant réelles et fantasmées de part et d’autre, la somatisation des enfants qui savent les secrets sans qu’on leur ait raconté, la reconstruction bancale et la vie en temps de paix des personnes qui ont été torturées.

En prévision de la rencontre avec l’autrice et son éditrice, très complices, nous avons décidé de faire lecture commune avec d’autres lectrices. Cette lecture bouleversante nous a amenées chacune à nous dévoiler sur des pans intimes de nos vies. Nous avons constaté que ce roman entre forcément en résonnance avec votre vécu, d’une manière ou d’une autre. Ce diapason nous a d’autant mieux accordé que nous sommes toutes mamans.