Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre (530 pages)

Pierre Lemaitre - Couleurs de l'incendie

Bon, les vacances ne sont pas si propices que ça pour lire, mais je tiens au moins le rythme d’un bouquin par semaine et je vous livre ici mon petit billet sur la suite du merveilleux « au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre.

J’ai eu des échos plutôt négatifs sur cette suite, car on est souvent déçu des suites. Eh bien pas moi, je l’ai trouvée très bonne. Évidemment, le premier tome est flamboyant, car Édouard est lui-même un artiste fantasque et flamboyant. Depuis le début, on sait que Madeleine est plus terne, et ce roman suit son histoire, sa chute et sa détermination à remonter la pente, sa vengeance, en détruisant la vie de chaque personnage qui a ruiné la sienne.

Le style est toujours magnifique et l’histoire parfaitement construite. On aime cette description de l’entre deux guerres, la mort d’un monde disparu et les prémices d’un futur bien sombre. On y retrouve la mélodie des malversations de l’époque, on y découvre les rouages des informations qui paraissent dans les journaux et les balbutiements de l’industrie moderne, incluant les débuts véritables de la publicité et du marketing.

Malgré quelques libertés historiques que l’auteur confesse dans ses remerciements finaux, on adhère volontiers à l’ensemble. Enthousiasmant.

Dans l’épaisseur de la chair – Jean-Marie Blas de Roblès (374 pages).

Jean-Marie Blas de Roblès - Dans l'épaisseur de la chair

Une fin d’année sur les chapeaux de roue m’a provisoirement écartée de mes lectures, mais je vous livre en cadeau de Noël le dernier roman du prix j’ai lu, j’élis qui se passe précisément un jour de Noël.

Au moins en partie autobiographique, l’auteur nous montre ce pan de l’histoire de France encore douloureux qu’est la guerre d’Algérie. Au travers d’une magnifique déclaration d’amour à son père, héros de la deuxième guerre mondiale, chirurgien émérite, contraint comme des milliers d’autres à quitter brutalement et dans l’urgence sa terre natale, il raconte les trois générations qui s’y sont implantées et y ont prospéré avant de devoir fuir sans être mieux acceptés en France où ils ont débarqué. Tandis qu’il est sur le point de se noyer, tombé à l’eau pendant une partie de pêche en solitaire, les souvenirs se bousculent pour retracer sa saga familiale. Entre les atrocités des différentes guerres et la stupidité des haines qui poussent les hommes au pire, son père est un héros bienveillant et médecin hors pair qui est un vrai humaniste.

Le style est un mélange de tendresse et d’humour, mâtiné d’intermèdes philosophiques dispensés directement par Heidegger, excusez du peu ! Il explique le plus objectivement possible comment on en est arrivé là, avec des éclairages sur différents points de vue. Comme on peut basculer vite ! Bouleversant

L’été Circulaire – Marion Brunet (266 pages)

Marion Burnet - L'été circulaire

Et une sélection de finie, une ! Marion Brunet écrit remarquablement bien et nous entraîne dans un été étouffant où l’on sent la tension monter en même temps que la température.

Des gens simples de tous les jours, des espoirs d’adolescents délavés par les réalités de la vie, des frustrations enfouies, des beautés locales qui se ternissent, un peu de médiocrité par dessus forment un ensemble cruel et réaliste. On devine assez vite qui est le père de l’enfant à naître et on se doute du drame à venir mais Marion Brunet réussit à nous entraîner dans l’espoir qu’elle fait naître pour mieux nous anéantir… Jusqu’à l’été suivant. Accablant.

Avant que les ombres s’effacent – Louis-Philippe Dalembert (440 pages)

Louis-Philippe Dalembert - Avant que les ombres s'effacent

L’avant-dernier roman de la sélection du prix j’ai lu, j’élis est encore une très belle surprise. Historiquement, déjà, j’ai découvert que Haïti a été une terre d’accueil pour les juifs pendant la deuxième guerre mondiale mais globalement une terre d’accueil pour tous les peuples persécutés. Pourtant, dieu sait que j’ai longtemps été abreuvée par mon grand-père (paix à son âme) de littérature diverse et variée à ce sujet…

On suit donc cette famille, les Schwartzberg, de Lodz (quelle coincidence, la ville natale de mon grand-père) à Berlin puis l’éclatement entre Israël, New York, Cuba, Paris et Port-au-prince. Un humour juif et une saga familiale, des personnages hauts en couleurs, le tout mâtiné de vaudou, on en sort envoûté et séduit. Truculent.

Jusqu’à la bête – Timothée Demeillers (149 pages)

Je passe d’un prix des lecteurs à l’autre en revenant cette fois au prix des lecteurs j’ai lu, j’élis avec le 8ème roman de la sélection. Si vous êtes vegan, ou même seulement végétarien, passez votre chemin, je ne suis pas sûre que ça ne vous donne pas des envies d’action musclées contre des abattoirs. Si vous êtes carnivores, vous aurez ensuite envie de légumes, pendant un moment.

Erwann est en prison et il a travaillé pendant quinze ans dans un abattoir, dans les frigos. Le métier est dur, parce qu’il fait froid, parce qu’il est sale, parce qu’il y a du sang partout. Mais surtout, Erwann n’a jamais aimé ça, tuer des bêtes à la chaîne, et plus le temps passe, et plus sa vie sociale se délite, et plus il le vit mal. Il finit même par imaginer que l’odeur lui colle tellement à la peau qu’aucune fille ne voudra jamais de lui. Tellement qu’un jour, il commet l’irréparable.

Et de sa prison, de sa solitude, de son attente silencieuse, il se remémore les années passées, et celles qu’il aura peut-être la chance de vivre lorsqu’il sortira. Comment en est-il arrivé là? Pourquoi a-t-il disjoncté? Au delà de l’histoire, Timothée Demeillers nous oppose la viande en barquette, la vie aseptisée de la télévision et des publicités, toutes ses façades qui engendrent la grande consommation à la réalité qui se cache derrière, la misère humaine, la solitude, la vie d’ouvrier. Ce livre donne envie de moins consommer et de sauver la planète. Ecoeurant.