On a un gentil gars qui a décidé de devenir berger dans un village très fermé où les habitants sont de gros rustres chasseurs et conservateurs. Et très cons, du coup. Le style du roman qui utilise le pronom impersonnel à dessein (je suppose) ajoute une distance supplémentaire à des personnages qui m’ont laissée sur le bord du chemin. L’histoire perd une grande partie de sa crédibilité dans ce roman qui ne raconte au fond qu’une querelle de voisinage exacerbée. Personnellement, je suis passée complètement à côté. Et cette obsession de l’auteur pour les chiens qui se reniflent le cul m’a plutôt rappelé le film Didier, comme un hommage à Jean-Pierre Bacri.
Laurine Roux nous enchante avec son style pur et poétique. Lorsqu’elle écrit nous sommes un peu en apesanteur. Pourtant, cette fois, elle ancre son récit dans une tranche de l’histoire tragique et violente de l’Espagne, qui démarre dans les années trente, celles qui ont précédé la guerre civile espagnole. Rien de léger a priori.
Elle raconte la vie misérable des fermiers du delta de l’Ebre, avec des nobles et riches propriétaires particulièrement infâmes, le soulèvement de ces pauvres bougres et, ce n’est pas un scoop, leur anéantissement.
Elle mêle la poésie de son écriture à la noirceur des évènements avec la douceur qu’on lui connaît. Ce mélange a priori un peu étrange fonctionne plutôt bien malgré tout et on s’attache à ses personnages. Chez Laurine Roux, les gens sont forts et faibles à la fois, comme dans la vie, et c’est ce qui donne de la force à son récit.
Deux savants en linguistique éminents professeurs à la Sorbonne, décident de s’isoler dans un manoir en Provence pour trouver chacun une théorie nouvelle qui les rendra célèbres. Sortir du carcan des écrits centenaires ou millénaires leur paraît la seule façon d’avoir l’esprit totalement libre.
Un petit livre frais et léger malgré une histoire au fond assez tragique dans un style délicieux et des chapitres qui font subtilement référence à notre récente actualité.
Se confiner pour réfléchir ? Quelle drôle d’idée !
Le Service Action, c’est la branche armée des services secrets français. Leurs missions : Assurer la sécurité de la France, en particulier de son chef d’Etat. J’imagine que les trente dernières années ont tout vu changer dans ces métiers. L’apparition des téléphones portables, des réseaux sociaux, ont considérablement amplifié les phénomènes d’entraînement des populations. Ce n’est aujourd’hui plus un secret pour personne : Facebook a influencé les élections aux Etats-Unis, les personnes qui prêtent allégeance à Daech sont en partie recrutées sur les réseaux également. Au travers de l’évolution d’une femme militaire, Victor K. raconte une mission, la cible c’est Sierra. Le but est de l’éliminer. Victor K. aime ses personnages qu’il élabore avec beaucoup de soin. C’est un très bon roman d’espionnage ultra moderne, et redoutablement efficace, jusqu’à la dernière ligne.
Merci à Victor et aux éditions Robert Laffont pour leur confiance.
L’ossature, c’est le squelette. Ce qui tient les éléments de chair au corps. Dans ce livre, l’ossature, c’est la famille. Le livre démarre par un évènement : Salim, le frère d’Anwar est décédé, alors qu’il était le plus jeune des deux. De là, le narrateur va raconter l’histoire de sa famille essentiellement au travers de celle d’Amira, sa cousine.
Comment décrire ce livre ? Ça démarre par la famille plutôt dysfonctionnelle d’Anwar, le rejet par sa famille de sa femme Gwer (blanche, européenne) et on se dit : ouh là ! Sujet casse-gueule s’il en est. Et puis l’auteur surfe sur la carrière d’Amira, son adolescence, sa mère et sa famille en général qui craint que les filles soient des putes, mais où les filles ne sont pas voilées, des familles comme il y en a plein. Tout du long on est porté par ce filigrane de l’intégration, de la vie dans les cités, du transfert de culture et de condition, des frustrations et des non-dits. On est sur un fil en permanence, on a le vertige, on est mis en abîme, on est mis en danger, et on ne peut lâcher le bouquin, parce que l’histoire est forte, elle est dramatique, elle est furieusement actuelle et les personnages sont tellement profonds qu’on s’attache à leurs pas et à leur sort. La structure du livre est incroyable et le style résolument moderne. Un livre déroutant mais à lire, parce que vous n’avez jamais rien lu d’aussi original et fort.
J’ai lu d’une traite cet ovni littéraire. Un homme qui approche la cinquantaine s’interroge sans cesse sur le sens de sa vie jusqu’au jour où la possibilité de défendre une jeune femme opprimée s’offre à lui. Entre son père rescapé de la Shoah qui culpabilise, son couple qui s’étiole, son fils qu’il ne comprend pas et sa copine vindicative, son corps, façonné patiemment pendant trente ans, commence à donner des signes de faiblesse et l’arrivée de cette jeune fille étrange et perturbée dans cette famille va faire voler le fragile équilibre en éclats. Sous des aspects légers et des ressorts comiques, c’est aussi l’occasion de se demander d’où nous venons vraiment, ce qui nous construit et comment on se construit, quelle image on veut renvoyer au miroir et aux autres, et, au fond, où nous allons, en tant qu’individus et dans la société dans laquelle nous vivons. J’ose le dire : j’ai vachement bien aimé.