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Ressacs – Clarisse Griffon du Bellay (111 pages)

L’ancêtre de Clarisse est l’un des rares survivants du radeau de la Méduse. Nous connaissons tous le tableau magistral de Géricault, mais j’ignorais que c’était une vraie histoire. Sur fond politique instable, visant à destituer le ministre de la marine, cet évènement déjà terrible en soi va devenir le centre d’un enjeu qui dépasse les protagonistes. L’ancêtre de Clarisse va acquérir le livre officiel et donnera sa propre version de ces jours tragiques en l’annotant pour corriger les faits décrits. Clarisse est la descendante d’un homme qui a survécu grâce à des actes de cannibalisme. Inconsciemment, son art va en devenir la revendication. Elle va expurger la culpabilité de son ancêtre, gardée secrète, pour la refléter dans sa sculpture. Bien écrit et terriblement romanesque, on peut néanmoins regretter qu’elle ne s’attarde pas plus profondément sur l’histoire de son aïeul, en insistant davantage sur le contexte historique. Une histoire qui se dévore…

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J’écris ton nom – Sylvestre Sbille (318 pages)

Beaucoup de gens ont aimé ce livre parce qu’il évoque un fait d’armes de la résistance peu connu : la libération de plus de 200 personnes d’un train en partance pour les camps de la mort en 1943 en Belgique. C’est vrai, en France, on parle peu des résistants belges. Et c’est bien de leur rendre hommage. Cependant, quand on écrit un roman historique, on se doit d’être irréprochable sur les détails historiques. Qu’on prenne des libertés avec la pensée des protagonistes ou des détails de leur vie intime, pourquoi pas. Qu’on s’arrange même avec l’histoire, pourquoi pas, tant qu’on y fait référence dans des notes de fin par exemple. Mais qu’on commette des fautes historiques visibles par de simples lecteurs comme moi qui ne sont pas historiens, ce n’est pas acceptable. Des détails, comme des fautes d’orthographe, m’ont heurtée comme des gifles. Aucun citoyen lambda, aussi informé soit-il n’avait de notions concernant la bombe atomique en 1943. Le riz n’était pas la denrée principale dans les foyers. Et si quelques personnes commençaient à évoquer que les camps de travail n’étaient que des fours crématoires où on supprimait massivement tous les indésirables, c’était très limité. Je pense que Youra et ses comparses ont voulu libérer les gens qui partaient travailler, pas mourir.

Je n’ai de ce fait pas non plus trouvé la plume douce. Ni juste ni douce. Les juifs n’étaient pas tous idiots et les nazis au fait que leur graisse servirait de savon. La naïveté que décrit l’auteur des personnes riches qui payaient des pots de vin dans l’espoir d’être libérés prouve bien à quel point ils étaient à mille lieues de ce qui les attendait. J’ai eu l’impression que les phrases sonnaient comme des reproches à leur égard. Il y a beaucoup de littérature sur la deuxième guerre mondiale. Cet ouvrage n’est pas celui que je conseillerai.

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Jack l’éventreur démasqué – Sophie Herrefort (278 pages)

Sophie Herrefort est LA spécialiste de cette série de crimes à la fin du 19ème siècle jamais élucidés. Un homme s’est attaqué à quatre femmes, en augmentant au fur et à mesure la sauvagerie avec laquelle il a massacré les malheureuses. L’autrice nous décrit tout d’abord le contexte historique, politique, économique et géographique de ce Londres de fin de siècle. Elle a travaillé pendant une quinzaine d’années sur le sujet, obtenant parfois l’accès à des documents qu’elle n’aurait normalement pas pu voir. Son étude est fouillée, précise, et elle démonte point par point chacun des suspects qui a été envisagé pour donner sa version des faits. Elle s’appuie aussi sur des témoignages qui montrent que vraisemblablement la vérité était au fond connue ou tout du moins fortement soupçonnée par des proches, et même par certains membres de la police elle-même. Aujourd’hui, ce type ne ferait pas dix pas dans la rue sans être confondu. A l’époque, beaucoup de paramètres n’étaient pas accessibles et trop d’enjeux auraient nui à la bonne société anglaise. Un cas très intéressant pour ceux qui sont en quête de vérité.

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Une conquête d’indépendance : Lettres sur l’éducation et un monde nouveau – Maria Montessori, Simone Lanza traduit de l’italien par Delphine Ménage (64 pages)

Maria Montessori est connue en France pour les écoles auxquelles elle a donné son nom. Des écoles où les enfants expérimentent l’autonomie, et où l’apprentissage n’a pas le même modèle pour chacun. On oublie que Maria Montessori a été une des premières femmes médecins en Italie à la fin du 19ème siècle, contemporaine de Ghandi avec lequel elle s’entretiendra longuement sur leur vision respective de l’être humain et qu’au-delà de son modèle d’éducation, elle avait un modèle de communauté utopique assez élaboré. En quelques lettres et discours minutieusement choisis, on découvre cette féministe engagée, catholique croyante et pratiquante qui a laissé sa trace dans l’histoire.

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Tu seras princesse de Tarragone – Brigite Piedfert (367 pages)

Sybille Capra a vraiment existé. Au douzième siècle, noble anglaise, elle épouse un nobliau normand qu’elle va suivre dans sa croisade pour reconquérir l’Espagne aux côtés d’Alphonse I.

Une saga historique où les femmes se battent en tenue de chevalier aux côtés des hommes, malgré l’interdiction de l’église qui leur est faite de porter habits d’hommes. Un roman féministe qui met en lumière une femme oubliée, et un pan de l’histoire qui mêle Normandie et reconquête de l’Espagne peu connu.

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Robert de Niro, le Mossad et moi – Paule Darmon (250 pages)

Eli Cohen a été un des espions les plus doués du monde. Il a réussi à s’introduire dans les plus hautes sphères des autorités syriennes et à transmettre un nombre d’informations colossales en Israël. Mais il s’est fait prendre et a été pendu après avoir été torturé. Cette histoire tragique est racontée par Dora / Paule qui veut en faire un film. Et pour le rôle, elle pense à Robert De Niro. Les passages où l’on voit Dora se démener pour l’écriture de son scénario et obtenir un rendez-vous avec la star du cinéma sont désopilants. Cela allège un peu l’histoire tragique de cet espion. L’autrice nous dévoile ce pan de l’histoire d’Israël de façon très originale et les deux époques (1967 contre 1987) sont habilement mise en opposition. Un livre qui sort de l’ordinaire à ne pas manquer.

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Les larmes du Reich – François Médéline (182 pages)

1951 : L’inspecteur Michel s’intéresse au meurtre non résolu d’un couple de paysans dont la fille a disparu. Rapidement, il va identifier un certain nombre d’anomalies dans l’histoire de ces gens a priori sans histoires. En même temps, on sent que cet homme cherche plutôt à retrouver la petite fille pour des raisons personnelles dont on ignore la teneur exacte. Mais cette enquête qui est l’enquête de sa vie va prendre une tournure de plus en plus bizarre, son comportement devient de plus en plus étrange. Sur fond historique à la fois héroïque (sauver des enfants) et tragique (la deuxième guerre mondiale), François Médeline nous entraîne à sillonner la France à vélo à grands coups de pédale dans ce roman qui porte un regard original et un angle peu abordé sur les camps de concentration.

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Le soldat désaccordé – Gilles Marchand (204 pages)

J’avais déjà beaucoup aimé « Requiem pour une Apache » du même auteur. J’ai fondu pour cette belle histoire d’amour au temps de la première guerre mondiale. Un ancien poilu se spécialise dans la recherche de soldats disparus.

Des familles ont passé beaucoup de temps, d’argent et d’énergie pour retrouver des disparus. Beaucoup ont eu l’espoir de retrouver leurs proches, peut-être abîmés, peut-être amnésiques, mais vivants.

Avec son style plein de poésie, Gilles Marchand nous entraîne dans un jeu de piste tragique pour ce jeune homme blessé par la vie qui se dévouera corps et âme à sa quête.

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Les Arpenteuses – Christiane Brunel (228 pages)

Quelle synchronicité ! Finir ce livre qui parle du coup d’état de Pinochet un 11 septembre, date anniversaire de ce jour funeste était un symbole fort, surtout que je n’avais aucune idée du thème avant de l’ouvrir.

Maria élève seule sa fille, Alma, vive et passionnée d’astronomie. Son père ? Mort. Maria enveloppe de mystère cette mort et tait à sa fille son histoire. Des couches de secrets enrobées de couches d’autres secrets, le livre raconte une période de l’histoire du Chili douloureuse. Et l’ensemble est plutôt réussi. On accroche à ces personnages réalistes et leurs histoires tragiques, malgré un style un tout petit peu trop scolaire. Un premier roman attachant et très bien documenté.

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Le prodigieux détective – C.H. de Burgh (374 pages)

Dans les Etats-Unis de la fin du 19ème siècle, un garçon dont la mère est morte en couches, survit miraculeusement à la foudre, gardant sur le dos une cicatrice énorme. Il s’imagine que ce destin exceptionnel lui donne un don de déduction pour des enquêtes policières.

L’auteur nous balade dans tout le pays, de New York à San Francisco et nous balade des années 1890 aux années 1960. Ce roman est un tour de passe-passe malin, où la magie et les faux-semblants se font la part belle. Tout, du pseudo à la biographie, en passant par les histoires secondaires est une imposture de génie. Car l’auteur nous balade aussi dans l’histoire et si vous tiquez par moment sur des détails qui vous paraissent étranges, voire incohérents, ne pensez pas qu’il y a erreur, vous aurez la clé à la fin de l’histoire. Ce roman exigeant dans sa construction est hyper original. Ne passez pas à côté !