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Les fruits tombent des arbres – Florent Oiseau (192 pages)

Mais quelle délectation ! Si je trouve honnêtement que le titre, bien qu’il ait du sens, ne soit pas très bien choisi, c’est bien là son seul défaut !

Un rentier moderne, totalement contemplatif, se prend de passion pour la ligne de bus 69 (comme par hasard) car un homme est mort à l’arrêt devant chez lui. Bouleversé par cet évènement, il va tenter de suivre le parcours du monsieur pour savoir où il allait. Florent Oiseau m’a fait beaucoup rire, j’aime le terme désuet de « se gondoler », je trouve que ça se marie bien avec les pages des livres qui produisent le même effet si on les mouille. Le décalage des registres est un humour qui me fait particulièrement rire, Fabcaro, Tom Robbins, on frôle le sublime avec ce type de style désopilant.

Mais le fond n’est pas si léger qu’il n’y paraît. Sa façon d’appréhender l’amour et la liberté, la solitude et la tristesse, la paternité et l’amitié nous glisse quelques messages en douce. Ce livre a gagné le prix du livre qui fait du bien. Il fait du bien. On a envie de le lire en entier à voix haute pour faire rire tout le monde dans le métro. On a envie de l’offrir à ceux qu’on aime. Une réussite.

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Comme la grenouille sur son nénuphar – Tom Robbins (454 pages)

Le roman démarre sur un krach boursier et l’auteur s’adresse à la 2ème personne du singulier, ce qui est assez original.

« Ce jour-là, la Bourse tombe de son lit et se brise la colonne vertébrale : c‘est le pire jour de ta vie. Enfin, c‘est ce que tu penses. Ce n‘est pas le pire jour de ta vie, mais tu penses que ça l‘est. Et quand tu exprimes cette pensée, tu le fais avec conviction et sans excès de fioritures rhétoriques.”

Gwen, jeune tradeuse d’origine gallo-philippine coincée est désespérée. Elle a vécu entre des parents artistes, un père musicien qu’elle méprise et une mère poète qu’elle a adorée mais qui s’est suicidée. Elle a toujours voulu se sortir de sa condition et vénère l’argent comme valeur absolue. Pour elle, réussir dans la vie, c’est avoir beaucoup d’argent. Evidemment, le roman va exploser toutes ses certitudes. On pourrait penser que les thèmes abordés sont ceux des feel good, mais c’est écrit d’une façon qui n’est pas du tout un feel good.  Elle va parcourir Seattle un week-end de Pâques à la recherche de son amie Qjo, disparue mystérieusement et de André, le singe de son petit ami qui a fait une fugue, tout en se demandant ce qui va advenir d’elle lorsque les marchés ouvriront à nouveau et comment elle pourrait se sortir de sa situation qui semble terriblement compromise.

Toutes les histoires de cet auteur sont complexes, les personnages, très fouillés, les situations minutieusement approfondies. Ce roman ne fait pas exception et au-delà de son histoire rocambolesque, il distille des vérités sur des sujets aussi variés que la société pour dénoncer la société de consommation, l’écologie, l’économie, l’ésotérisme de la lecture des cartes de tarot, des tribus africaines et leurs connaissances en astronomie, le traitement du cancer du côlon et les dents de Washington.

L’auteur écrit avec une plume très imagée, superbement traduite par François Happe. Les images de l’auteur peuvent être poétiques mais souvent âpres, voire crues, ce qui les rend drôles.

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Broadway – Fabrice Caro (189 pages)

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que ce n’est pas le meilleur roman de Fabrice Caro, mais on aura beau dire, on se gondole tout du long quand même. Au détour de chaque page, on pouffe irrépressiblement.

Convoqué par la direction du collège de son fils qui a fait un dessin scabreux mettant en scène deux de ses professeurs en train de copuler, Axel va flasher sur la jeune enseignante, tandis que ses meilleurs amis ont eu l’idée la plus saugrenue qui soit : Aller faire du paddle en vacances à Biarritz. Englué dans une vie moyenne entre sa femme, ses deux enfants, ses amis, ses voisins, ses collègues de bureau, il imagine tout plaquer pour vivre enfin ses vrais désirs, comme dans une comédie à Broadway.

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Anatomie de l’amant de ma femme – Raphaël Rupert (199 pages)

J’aime beaucoup l’impertinence de la maison d’édition qui a publié ce roman. J’imaginais que le ton de ce roman au titre évocateur (dont le titre originel était : la bite à Léon) serait à la hauteur de l’exigence de l’arbre vengeur. Primé par le prix de Flore, je lorgnais dessus depuis longtemps. C’est complètement barré, dépressif, absurde, chaud et absolument génial.

On explose de rire à tout bout de champ, et lorsque ça vrille de plus en plus, au fur et à mesure des pages, on se demande sur quel terrain glissant l’auteur va finalement nous emmener. Un architecte marié à une écrivaine qui a une petite renommée décide d’arrêter son activité pour écrire un roman à son tour. En tombant par hasard sur le journal intime de sa femme, il découvre quatre lignes qui vont changer sa vie et sa perception des choses.
Un livre original et drôle pour les amoureux de l’humour déjanté, cru, très cru.

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Samouraï – Fabrice Caro (219 pages)

Je ne sais pas qui a dit que Fabrice Caro était un des rares auteurs qui est capable de nous faire éclater de rire, mais c’est vrai. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré de rire ainsi, au point d’incommoder mes voisins dans le train, mon mari dans le lit.

Le héros veut écrire un « Roman sérieux » pour épater la copine qui vient de le quitter et il veut profiter du calme de l’été, au bord de la piscine de ses voisins, pour écrire l’œuvre de sa vie. Il doit surveiller la piscine et ajouter des galets de chlore pour la maintenir en bon état de marche. Ses réflexions d’auteur en mal d’inspiration sont désopilantes et les efforts de ses amis pour lui faire rencontrer quelqu’un sont très drôles aussi. L’évolution de la piscine est improbable, rien ne se passe comme prévu. J’ai beaucoup beaucoup ri, et franchement, ça fait du bien.

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Alfie – Christopher Bouix (440 pages)

Un appareil de domotique, une intelligence artificielle bouleverse le quotidien d’une famille lambda.
Alfie est cette aide précieuse plutôt sympathique qui fait les courses, vous réveille en douceur, aide les enfants à faire leurs devoirs. Comme il a un module de deep learning (apprentissage profond), ses algorithmes gèrent les évènements et il s’ajuste au fur et à mesure pour fournir un service de plus en plus précis et adapté.

Mais peut -on faire complètement confiance à une machine ? C’est très drôle, car Alfie tâtonne et s’interroge sur l’humanité. C’est aussi glaçant, car le livre aborde des questions essentielles et philosophiques. Quelle est la définition de l’humanité ? Du libre arbitre ? De la liberté ? Il nous rappelle aussi que nous ne sommes pas loin de ce type de situation. En Chine, l’état pousse le curseur très loin avec des caméras partout et des « points » qui donnent ou enlèvent des droits aux citoyens.

Raconté du point de vue de l’intelligence artificielle, truffé d’ « œufs de Pâques », ces références qui sont disséminées dans le récit, ce roman addictif drôle et flippant vous embarquera dans le futur 2.0

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Le ventre de la péniche – Fabrice Capizzano (502 pages)

Un road trip déjanté avec une bande de fous pour emmener les cendres d’une morte à l’autre bout du monde. Voilà le pitch de ce roman à la langue incroyablement foisonnante, riche, poétique, extraordinaire. Moi qui ne gribouille, ne surligne, n’annote pas les livres, j’avais envie de conserver chaque phrase comme un joyau, comme un trésor. C’est drôle, c’est passionné, c’est tragique, c’est grandiose. Et très bien écrit. C’est dramatique et instructif dans une même phrase, l’auteur passant d’une réflexion triviale à une pensée philosophique, humaniste, écologique, poétique avec une grâce infinie. Une très belle découverte.

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Crédit illimité – Nicolas Rey (207 pages)

Quand on rencontre Nicolas Rey, même au travers d’un écran pour une rencontre Zoom, on est instantanément touché en plein cœur par son esprit gentil vif et drôle. Et par son charme. On a envie de lui dire qu’on l’aime. Le rapport avec mon retour de lecture ? Je fais ce que je veux, d’abord, si j’ai envie de dire à Nicolas Rey que je l’aime je le fais. Surtout que je lui dois un soupçon d’excuses, car si l’homme m’a toujours emballée (en tout bien tout honneur, il est fou amoureux, cœur inaccessible), son précédent ouvrage, en revanche m’avait laissée perplexe. Bien sûr, j’avais adoré son style faussement simple et fluide, son humour, mais l’histoire s’était dispersée pour me perdre en pleine forêt, dans une cabane, attachée, après m’être pris un bon coup sur la tête destiné à m’assassiner. Cette fois, tout est parfait. Nicolas Rey se met en scène sous les traits de Diego, fils à papa drogué, alcoolique et passablement fauché. Amoureux de sa psy, très déprimé, il va aller voir son père pour lui soutirer de l’argent. Ce dernier, chef d’entreprise richissime et implacable va lui proposer une grosse somme s’il prend la direction des ressources humaines d’une de ses usines pour licencier dix-sept personnes. Mais Diego, s’il a besoin de ce revenu, va écouter une à une les histoires de ces personnes qui vivent dans une région sinistrée, et il va imaginer un autre scénario. Comme toujours, l’écriture de Nicolas Rey est parfaite. Et cette fois, j’ai été embarquée de A à Z avec Diego. L’histoire est bourrée d’humour et de tendresse et le passage où il décrit des moments touchants avec son père est un retournement inattendu et merveilleux. Un très bon cru qui se dévore.

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Titre – Ami inintéressant (110 pages)

Si vous aimez l’humour absurde, vous aimerez Titre. Découvert sur les réseaux sociaux, ces dessins bâtons me font sourire, voire rire franchement. Alors dans ma volonté de soutenir des talents inconnus, je me suis procuré son ouvrage. C’est actuel, cinglant et barré. Je peux citer la 4ème de couv’ :
« Pas mal tes BD ! J’aime bien le côté fait à l’arrache ! Ce petit côté « je ne sais pas dessiner », ce côté « Je suis une sombre merde sans talent qui mérite la mort ».
On sent le gars qui a une confiance démesurée en lui. Ce doute en filigrane fait aussi le charme de ce petit opus.

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O.N.G ! – Iegor Gran (192 pages)

Un jeune homme bègue et mal dans sa peau reçoit la consécration le jour où il est embauché comme stagiaire dans une ONG écologiste. Mais s’il est aux anges, leur organisation va vite déchanter lorsqu’une autre ONG, dédiée à protéger les enfants dans le monde s’installe aux étages supérieurs de l’immeuble où ils sont implantés. La guerre va rapidement éclater entre les deux groupes.

OMG ! Ce livre burlesque est jubilatoire ! Iegor Gran est le digne fils de son père Andrei Siniavski, il en a hérité le cynisme et le ton ironique. Ce monsieur qui est arrivé en France à dix ans a fait des études d’ingénieur prestigieuses, et hop, en toute simplicité a écrit quelques romans. Quand on le voit, il est la douceur incarnée et ses yeux respirent la gentillesse. Mais son écriture, elle, est une morsure dont le venin s’instille peu à peu. Je crois que j’aurais du mal à me remettre de l’expression « les gratuits » pour parler des bénévoles.