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La laveuse de morts – Sara Omar (384 pages)

Je n’ai rien contre les Musulmans. Je n’ai rien pour non plus. Comme le dit l’autrice, seuls les hommes interprètent les textes sacrés avec plus ou moins de bonheur. On trouve autant de passages de violence dans la Bible que dans le Coran. Néanmoins, naître fille Kurde en Irak en 1986 n’était assurément pas un gage de bonheur (probablement pas plus aujourd’hui), même si Frmesk a la chance d’être placée chez ses grands-parents, emprunts de bonté et de bienveillance. Comme le dit aussi l’autrice, passer son temps à traiter les autres de mécréants reflète essentiellement la faiblesse de sa foi. Comme le dit encore l’autrice, et comme l’avait brillamment démontré Amin Maalouf dans ‘le premier siècle après Béatrice’, un monde sans femmes assurerait la fin de l’humanité. Elle explique aussi que la pureté des femmes se situent dans leur hymen. Et que la pureté des hommes se situe dans l’hymen de leurs sœurs ou leurs épouses.

Je ne peux pas juger de ce que l’autrice décrit. J’espère juste qu’elle a concentré plusieurs histoires en une seule. Elle a écrit un roman, on peut donc supposer qu’il y a au moins une partie de fiction. J’espère que tous les hommes ne sont pas et violents, et violeurs, et tueurs, et pédophiles au nom de l’Islam. Ça ferait beaucoup pour un seul peuple. (Sauf le grand-père, mais il n’est pas musulman, il est zoroastrien).

Accrochez votre cœur, vous aurez envie de hurler, de vomir, de pleurer. Rien n’est beau, aucun espoir dans la vie de ces femmes, même celles qui sont réfugiées en Europe.

Aujourd’hui Sara Omar fait l’objet d’une Fatwa à son égard. Vraisemblablement, admettre qu’un hymen qui peut ne pas saigner pas la nuit de noces justifie de mettre l’opprobre sur la femme qui dénonce cette ignorance physiologique.

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Si la mort t’a pris quelque chose, rends-le. Le livre de Carl –Naja Marie Aidt Traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud (184 pages)

« Il n’y a rien de pire que la perte d’un enfant ». C’est ce que dit sa doctoresse, plusieurs mois après le décès de son fils de vingt-cinq ans, mort dans un accident funestement stupide. C’est ce que Naja Marie Aidt a expérimenté. La mort n’est jamais lisse, elle n’est jamais linéaire, elle ne commence pas par un sujet pour finir par un point, elle est faite de sursauts, de bonds, de routes qui s’arrêtent brutalement, d’abîmes, beaucoup d’abîmes. Elle se traduit par des cris, des pleurs, des moments d’abattement intenses. Alors dans ce court ouvrage qui ne souhaite pas verser dans le misérabilisme et le pathétique, l’autrice nous fait surfer sur des extraits de journaux intimes, de notes, de poèmes, d’écrits. Le livre exprime le chaos que représente un deuil aussi monstrueux que celui de perdre un enfant, polices différentes, physionomie déstructurée du récit, les mots se mettent à des endroits étranges dans la page, comme une chose abominable et impossible à appréhender.
Et en tant que mère, on pleure aussi.

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La lionne – Anne-Caroline Pandolfo, Terkel Risbjerg (195 pages)

Toujours dans le cadre du festival des Boréales qui approche à grands pas, l’illustrateur Terkel Risbjerg a collaboré avec Anne-Caroline Pandolfo sur plusieurs projets de romans graphiques. Ils se sont attaqués à des mythes comme Perceval, mais ont aussi adapté des romans (L’astragale, Serena…) ou des biographies. Ici, il s’agit de Karen Blixen, Danoise éprise d’aventure et de liberté. Cette femme hors du commun, née à la fin du 19ème siècle dans une famille où les femmes étaient d’un puritanisme absolu, mais dont le père a insufflé à cette petite fille rebelle son goût de l’aventure, des voyages et de l’écriture.

Vous avez peut-être entendu parler de « Out of Africa » le film un peu suranné avec la sublime Meryl Streep qui s’intéressait déjà à ce destin hors du commun, dont le titre est celui du récit que Karen Blixen elle-même a écrit au sujet de son expérience de plantation de café en Afrique (qui porte en français le terne titre de « La ferme africaine »).

Pour aborder toute la complexité de la personnalité de Karen Blixen, le sujet est ici traité avec un scénario empreint de poésie et de surnaturel. Vous adorerez rencontrer cette femme, fragile et forte à la fois.

Le cartographe des Indes Boréales – Olivier Truc (627 pages)

Vous aimez les sagas historiques? Vous aimez les grands voyages? Ce livre est fait pour vous. De Saint-Jean de Luz à la Laponie en passant par Stockholm et Amsterdam, vous suivrez les pérégrinations d’Izko. A l’époque, les cartes sont un grand pouvoir, elles permettent aux Etats d’asseoir leur hégémonie sur des territoires encore peu connus.

Alors qu’il était destiné à devenir baleinier, comme son père, Izko est confié à un juge de Bordeaux, pour une raison qu’il ignore et qui changera son destin. Pensant qu’une sorcière lui a peut-être jeté un sort alors qu’il sauvait son bébé qui venait de naître, il n’aura de cesse de retrouver cette femme pour connaître la vérité.

On côtoie dans ce roman très dense la reine Kristina de Suède, l’inquisition et l’intolérance religieuse en général. Olivier Truc nous montre la façon dont on traitait les Lapons, comment les hommes aveuglés par le pouvoir et l’argent ont détruit leur équilibre et les trésors de leur culture sous couvert d’un obscurantisme religieux sans bornes. Âmes sensibles s’abstenir.