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Si la mort t’a pris quelque chose, rends-le. Le livre de Carl –Naja Marie Aidt Traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud (184 pages)

« Il n’y a rien de pire que la perte d’un enfant ». C’est ce que dit sa doctoresse, plusieurs mois après le décès de son fils de vingt-cinq ans, mort dans un accident funestement stupide. C’est ce que Naja Marie Aidt a expérimenté. La mort n’est jamais lisse, elle n’est jamais linéaire, elle ne commence pas par un sujet pour finir par un point, elle est faite de sursauts, de bonds, de routes qui s’arrêtent brutalement, d’abîmes, beaucoup d’abîmes. Elle se traduit par des cris, des pleurs, des moments d’abattement intenses. Alors dans ce court ouvrage qui ne souhaite pas verser dans le misérabilisme et le pathétique, l’autrice nous fait surfer sur des extraits de journaux intimes, de notes, de poèmes, d’écrits. Le livre exprime le chaos que représente un deuil aussi monstrueux que celui de perdre un enfant, polices différentes, physionomie déstructurée du récit, les mots se mettent à des endroits étranges dans la page, comme une chose abominable et impossible à appréhender.
Et en tant que mère, on pleure aussi.

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La lionne – Anne-Caroline Pandolfo, Terkel Risbjerg (195 pages)

Toujours dans le cadre du festival des Boréales qui approche à grands pas, l’illustrateur Terkel Risbjerg a collaboré avec Anne-Caroline Pandolfo sur plusieurs projets de romans graphiques. Ils se sont attaqués à des mythes comme Perceval, mais ont aussi adapté des romans (L’astragale, Serena…) ou des biographies. Ici, il s’agit de Karen Blixen, Danoise éprise d’aventure et de liberté. Cette femme hors du commun, née à la fin du 19ème siècle dans une famille où les femmes étaient d’un puritanisme absolu, mais dont le père a insufflé à cette petite fille rebelle son goût de l’aventure, des voyages et de l’écriture.

Vous avez peut-être entendu parler de « Out of Africa » le film un peu suranné avec la sublime Meryl Streep qui s’intéressait déjà à ce destin hors du commun, dont le titre est celui du récit que Karen Blixen elle-même a écrit au sujet de son expérience de plantation de café en Afrique (qui porte en français le terne titre de « La ferme africaine »).

Pour aborder toute la complexité de la personnalité de Karen Blixen, le sujet est ici traité avec un scénario empreint de poésie et de surnaturel. Vous adorerez rencontrer cette femme, fragile et forte à la fois.

Le cartographe des Indes Boréales – Olivier Truc (627 pages)

Vous aimez les sagas historiques? Vous aimez les grands voyages? Ce livre est fait pour vous. De Saint-Jean de Luz à la Laponie en passant par Stockholm et Amsterdam, vous suivrez les pérégrinations d’Izko. A l’époque, les cartes sont un grand pouvoir, elles permettent aux Etats d’asseoir leur hégémonie sur des territoires encore peu connus.

Alors qu’il était destiné à devenir baleinier, comme son père, Izko est confié à un juge de Bordeaux, pour une raison qu’il ignore et qui changera son destin. Pensant qu’une sorcière lui a peut-être jeté un sort alors qu’il sauvait son bébé qui venait de naître, il n’aura de cesse de retrouver cette femme pour connaître la vérité.

On côtoie dans ce roman très dense la reine Kristina de Suède, l’inquisition et l’intolérance religieuse en général. Olivier Truc nous montre la façon dont on traitait les Lapons, comment les hommes aveuglés par le pouvoir et l’argent ont détruit leur équilibre et les trésors de leur culture sous couvert d’un obscurantisme religieux sans bornes. Âmes sensibles s’abstenir.