Un road trip déjanté avec une bande de fous pour emmener les cendres d’une morte à l’autre bout du monde. Voilà le pitch de ce roman à la langue incroyablement foisonnante, riche, poétique, extraordinaire. Moi qui ne gribouille, ne surligne, n’annote pas les livres, j’avais envie de conserver chaque phrase comme un joyau, comme un trésor. C’est drôle, c’est passionné, c’est tragique, c’est grandiose. Et très bien écrit. C’est dramatique et instructif dans une même phrase, l’auteur passant d’une réflexion triviale à une pensée philosophique, humaniste, écologique, poétique avec une grâce infinie. Une très belle découverte.
Quand on rencontre Nicolas Rey, même au travers d’un écran pour une rencontre Zoom, on est instantanément touché en plein cœur par son esprit gentil vif et drôle. Et par son charme. On a envie de lui dire qu’on l’aime. Le rapport avec mon retour de lecture ? Je fais ce que je veux, d’abord, si j’ai envie de dire à Nicolas Rey que je l’aime je le fais. Surtout que je lui dois un soupçon d’excuses, car si l’homme m’a toujours emballée (en tout bien tout honneur, il est fou amoureux, cœur inaccessible), son précédent ouvrage, en revanche m’avait laissée perplexe. Bien sûr, j’avais adoré son style faussement simple et fluide, son humour, mais l’histoire s’était dispersée pour me perdre en pleine forêt, dans une cabane, attachée, après m’être pris un bon coup sur la tête destiné à m’assassiner. Cette fois, tout est parfait. Nicolas Rey se met en scène sous les traits de Diego, fils à papa drogué, alcoolique et passablement fauché. Amoureux de sa psy, très déprimé, il va aller voir son père pour lui soutirer de l’argent. Ce dernier, chef d’entreprise richissime et implacable va lui proposer une grosse somme s’il prend la direction des ressources humaines d’une de ses usines pour licencier dix-sept personnes. Mais Diego, s’il a besoin de ce revenu, va écouter une à une les histoires de ces personnes qui vivent dans une région sinistrée, et il va imaginer un autre scénario. Comme toujours, l’écriture de Nicolas Rey est parfaite. Et cette fois, j’ai été embarquée de A à Z avec Diego. L’histoire est bourrée d’humour et de tendresse et le passage où il décrit des moments touchants avec son père est un retournement inattendu et merveilleux. Un très bon cru qui se dévore.
Un attentat terroriste sur un site nucléaire français plonge le monde dans le chaos. Un groupuscule de zadistes décide de rester en Bretagne, contre les directives du gouvernement, obligeant les populations à évacuer. Parmi eux, un policier infiltré. Un excellent thriller qu’on espère ne pas être d’anticipation, super documenté et efficacement construit. On adhère complètement à ce scénario catastrophe.
Sylvain aurait dû être « nez » pour un grand parfumeur mais il est devenu thanatopracteur. Drôle d’idée. Alice papillonne dans la vie qu’elle veut toujours légère et a décidé sur un coup de tête de faire une thèse sur cet étrange métier, en suivant dans leur quotidien des gens qui l’exercent. Mais Sylvain ne se livre que très peu et ne facilite pas la tâche d’Alice.
Ce roman résolument moderne explore de façon originale nos cinq sens, en particulier l’odorat, tout en étant truffé de références musicales, de sensations, d’éléments visuels. Un hommage assumé au « parfum » de Süskind léger et grave à la fois, avec des expressions savoureusement imagées.
Quelle synchronicité ! Finir ce livre qui parle du coup d’état de Pinochet un 11 septembre, date anniversaire de ce jour funeste était un symbole fort, surtout que je n’avais aucune idée du thème avant de l’ouvrir.
Maria élève seule sa fille, Alma, vive et passionnée d’astronomie. Son père ? Mort. Maria enveloppe de mystère cette mort et tait à sa fille son histoire. Des couches de secrets enrobées de couches d’autres secrets, le livre raconte une période de l’histoire du Chili douloureuse. Et l’ensemble est plutôt réussi. On accroche à ces personnages réalistes et leurs histoires tragiques, malgré un style un tout petit peu trop scolaire. Un premier roman attachant et très bien documenté.
Je ne peux pas dire que je suis une grande fan de la peinture de Francis Bacon. Je ne peux pas dire que je connais bien cet artiste que j’ai à peu près découvert par hasard cet été en visitant le musée de Dublin où son atelier, véritable foutoir chaotique (il disait ne pouvoir créer que dans le chaos) a été déménagé de Londres pour être reproduit à l’identique. Sa peinture, violente et torturée ne me parle pas beaucoup.
Mais ce livre, pourtant pur roman, inspiré de la vie de l’artiste, nous apporte un éclairage sur son processus créatif très intéressant. L’auteur, bien documenté, imagine une version crédible du cheminement intellectuel du peintre. Tout en gardant la conscience et donc la distance nécessaire sur l’aspect biographique, j’ai l’impression de mieux comprendre cette œuvre difficile. Une vraie réussite.
Je suppose que ceux qui auront aimé auront trouvé ce texte beau, éthéré et poétique. Je dois avouer être passée à côté du côté beau, éthéré et poétique. Le scénario est digne d’une série télévisée française, pas vraiment crédible, à l’ambiance lourde de non dits et de sous entendus qui m’ont mise mal à l’aise. Et le style rose poudré m’a semblé trop rose et pas assez poudré.
Cela dit, si je reconnais que ce n’est pas pour moi, je peux comprendre ceux qui se seront laissés bercer par ce court roman.
A une époque où l’homosexualité était interdite et réprimée dans la plupart des pays, et même quelques années plus tard, punie de déportation, écrire un roman sur un notable homosexuel était sûrement très osé, révolutionnaire et audacieux.
Aujourd’hui, cette histoire de prof amoureux de son élève et marié par convention semble un peu désuète pour un public moderne. Pour autant, le style de Zweig nous emporte dans son histoire et nous brosse un tableau de la jeunesse allemande des années 20. Et ce petit classique reste un bijou d’écriture.
Un enfant mal dans sa peau est en vacances chez sa grand-mère en Normandie. Lui qui ne se fait jamais d’amis va rencontrer Baptiste, avec lequel il va devenir inséparable. Tout en Baptiste le fascine, son physique, son aisance, sa famille unie, sa mère si belle. Il essaye de lui ressembler en tout. J’ai adoré le style poétique et éthéré des évasions rêvées de l’enfant. Son rejet de sa famille, malgré l’amour qu’il porte à sa grand-mère, ses angoisses, et son admiration pour ce nouvel ami sont magnifiquement retranscrits. L’écriture, vraiment, est magnifique. Mais j’ai été terriblement frustrée par les deux derniers chapitres. C’est volontaire de la part de l’auteur de nous perdre dans l’incertitude, mais c’est pour ma part un regret, et vraiment le seul, car tout le reste est pour moi extrêmement réussi.
A la fin des années 2000, Riad Sattouf a réalisé un film qui a changé la vie de Vincent Lacoste, un ado choisi dans un collège parisien pour tenir le premier rôle. L’histoire de ce film et de son acteur principal, devenu l’un des acteurs les plus prometteurs de sa génération sont racontées tour à tour du point de vue de Riad Sattouf et de Vincent Lacoste.
Chacun des deux se livre sans fard, avec ses doutes, ses espoirs, ses failles. Vincent Lacoste y aborde ses petits arrangements d’adolescent avec la réalité, sa timidité, son manque de confiance et en même temps son ego flatté, la surexposition au collège et l’indifférence de ses pairs au lycée. Riad Sattouf évoque quant à lui sa passion pour le cinéma, Truffaut et Jean Pierre Léaud en particulier, ses doutes sur le choix de l’acteur.
Cette transparence sur les situations de la part de l’un et l’autre rend ce roman graphique très touchant et intime, et selon les moments, tristes ou drôles. Un très bon moment de lecture pour ce documentaire qui se lit comme une belle histoire.