Surtensions – Olivier Norek (500 pages)

Un passage par hasard à la bibliothèque du village et le seul Norek pas encore lu disponible, j’ai foncé, bien sûr.
On retrouve l’équipe au complet, Victor, Johanna, Ronan, Sam et Léa sur une affaire d’enlèvement. Mais le livre démarre sur un entretien de Victor par la psy affectée à la SDPJ du 93, où notre Victor est fort affaibli, désabusé, anéanti, en surtension; on comprend qu’il souhaite arrêter son activité car il a tué deux personnes. Un cas de légitime défense, et un membre de son équipe. En fait, un membre de son équipe est mort et il se sent personnellement responsable.

Donc on galope dans le livre qui se lit en moins de deux car à chaque page, on s’attend au pire que l’on sait déjà. Mais qui ???? L’attente est insoutenable, et on n’a pas envie qu’un seul des membres de cette équipe formidable ne meure. Alors on pleure à la fin, forcément. En dire plus serait dévoiler l’intrigue, donc je ne dis rien de plus. Olivier Norek a pris son rythme de croisière dans l’écriture de ses polars, et ça se boit comme du petit lait.

Guérilla Social Club – Marc Fernandez (279 pages)

Marc Fernandez - Guérilla social club

Avant dernier roman de la sélection du prix des lecteurs du festival Bloody Fleury, il est aussi le deuxième opus de Marc Fernandez, après Mala Vida. On y retrouve donc notre équipe hétéroclite de choc composée d’un journaliste, d’un juge déchu, d’une détective transsexuelle et d’une avocate exilée.

Après l’enquête sur les bébés volés sous Franco, Marc Fernandez nous parle cette fois des dictatures d’Amérique latine, et de l’opération condor qui a traqué les dissidents partout dans le monde. Sous prétexte d’enquête, Marc Fernandez nous dévoile encore une fois un pan d’histoire oublié et relativement méconnu pour nous, en France, nés après 1970.

Dans cette période relativement agitée en France, où certains oublient que les députés et le président de la République sont des gens élus démocratiquement et qu’il est finalement relativement aisé de semer le trouble, rappeler que des guerres civiles, suivies de dictatures ultra répressives, justifiées par des généraux qui se sont emparé du pouvoir par la force, me paraît tout à fait d’actualité. Dans le contexte actuel politique mondial général, il imagine qu’un rien pourrait à nouveau mettre le feu aux poudres. C’est flippant.

Le rouge vif de la rhubarbe Audur Ava Olafsdottir (156 pages)

Une petite pause dans tout ce noir, tous ces polars, avec le premier roman de la merveilleuse Audur Ava Olafsdottir. Très connue grâce à Rosa Candida, son premier roman vient d’être traduit en français, pour notre plus grand bonheur. Audur Ava Olafsdottir, avec son nom imprononçable pour nous, est une auteur d’une poésie et d’une délicatesse qui se déguste comme un bonbon légèrement acidulé. C’est comme si on mangeait une confiserie et qu’on se retrouvait dans une bulle de douceur. Il ne se passe jamais grand-chose dans ses livres, juste des gens qui réfléchissent au cours de leur vie et à la tournure qu’elle doit prendre, grâce ou contre leur volonté.

Ici, on suit Agustina, qui est née avec le cordon ombilical autour de son cou et qui n’a pas été prise en charge à temps à l’hôpital; si bien qu’elle n’a pas l’usage de ses jambes. Dans sa petite île, élevée par une amie de sa mère, elle rêve de pouvoir grimper en haut de la montagne qui culmine à 844 mètres. En attendant, elle se réfugie dans un jardin où pullule la rhubarbe, jardin où elle pense qu’elle a été conçue. Sa mère est chercheuse ornithologue, et se balade dans le monde et le récit est ponctué des lettres qu’elle envoie à sa fille. Une vraie parenthèse enchantée.

Oublier nos promesses – Elsa Roch (352 pages)

Et de quatre! Roman de la sélection du prix des lecteurs de Bloody Fleury, ce roman très mélancolique et très noir nous entraîne dans les traumatismes des militaires qui rentrent de mission et dans les bas fonds de la mafia albanaise.

Emma a été sauvagement assassinée et l’équipe d’Amaury Marsac, se lance à la poursuite de son petit ami, militaire qui leur file entre les doigts. Pourquoi a-t-il fui? Qu’a-t-il à cacher? Globalement, il n’y a pas de grosses surprises dans ce roman, car on sait bien, nous, lecteurs, que ce n’est pas Pieaud l’assassin.

Mais ce qui est intéressant dans ce roman, ce sont les personnages. Tous travaillés, tous profonds, dans le sens qu’on s’approprie chaque personnalité. Ils ont tous des failles, plus ou moins tues, et bien présentées par l’auteur. Elsa Roch n’y va pas avec le dos de la cuillère pour son histoire ultra sordide, mais elle est très fine sur la description des personnages, tous sans exception.

Cyanure – Laurent Loison (400 pages)

Je ne risque pas de vous dévoiler la fin du livre par inadvertance, il n’y en a pas! Non non vous avez bien lu, il n’y a pas de fin à cet ouvrage. Vous devez choisir une option puis vous rendre sur internet et taper le code trouvé sur le livre qui n’est valable qu’une fois, pour que vous ne soyez pas tentés d’aller lire les trois autres versions.

Le problème, c’est que Laurent Loison n’a oublié qu’un seul minuscule détail : si les gens empruntent ce livre dans une bibliothèque, seul le premier emprunteur aura accès à un des quatre dénouements prévus. Pire, si, comme moi, ils l’ont acheté sur un support numérique, il n’y a pas de code du tout, j’ai retourné ma Kindle dans tous les sens, j’en ai soulevé la protection, je suis retournée au début à la fin pour y dégoter ce qui m’est dû, mais rien… Grrr… De toutes façons, vous me trouverez peut-être vieux jeu, vous vous direz peut-être que je ne suis pas à la page, mais je n’aime pas le concept. Je lis un auteur pour qu’il me fournisse une histoire de A à Z. Je ne lis pour faire un choix supplémentaire : pour la mort du président, tapez 1… c’est bon, on nous demande ça à longueur de journée, là je veux qu’on m’emmène, qu’on me guide, qu’on me tienne la main d’un bout à l’autre.

Par ailleurs, la construction très classique du roman, le flic avec de la bouteille ingérable par sa hiérarchie mais qui obtient des résultats grâce à son flair incroyable, maqué à la jeune fliquette super jolie me rappelle le duo de Jacques Chaussey, Daniel et Lisa, qui me donne la fin des histoires, lui. Bon, je suis frustrée, alors forcément, ça impacte d’autant plus mon jugement, forcément.

Mala Vida – Marc Fernandez (277 pages)

Avant de lire guérilla social club du même auteur qui fait partie de la sélection du prix du public Bloody Fleury, je voulais absolument lire son premier, que j’avais offert à une amie en le choisissant un peu par hasard (le titre, chanson de Mano Negra que j’adore, l’Espagne, d’où est originaire mon amie…) Du coup, je le lui ai emprunté :).

Aux élections nationales, Marc Fernandez fait basculer l’Espagne vers un parti d’extrême-droite. (En réalité, l’Espagne reste aujourd’hui plutôt toujours traumatisée par quarante années de Franquisme, même si Vox émerge doucement.). Le soir même, une des têtes du parti est assassinée d’une balle dans la nuque, et six mois après, l’enquête piétine toujours. Une dictature se met peu à peu en place, avec notamment sa main-mise sur la justice et sur les médias.

David, le juge et Diego, le journaliste gardent quand même leurs postes malgré leur ligne de conduite qui fait primer la justice et l’investigation sur tout le reste. Une avocate va enflammer le débat en dévoilant le scandale des bébés volés pendant la dictature de Franco. (En réalité, même si ce n’est pas Isabel qui a mis à jour cette terrible affaire d’Etat, il semblerait que ça se soit vraiment passé comme ça.

A l’instar de la dictature en Argentine, des enfants ont été retirés à leur mère à la naissance pour des raisons idéologiques, à partir au moins de 1969 et cela a perduré au-delà de la mort del Caudillo). Les personnages, attachants, l’histoire, terrible, et le style, très fluide font de ce premier roman un très bon premier roman. j’ai hâte de démarrer le deuxième.

Plus jamais seul Caryl Férey (319 pages)

Caryl Férey - Plus jamais seul

Deuxième roman de la sélection du prix des lecteurs du festival Bloody Fleury. Humour noir, baston et orbite purulente. Ancien flic, Mac Cash a un seul œil et aucun prénom. Moi qui croyais que pour entrer dans la police française il fallait 10/10 aux deux yeux alors avec carrément un en moins !!! Je dois me tromper à ce sujet. Ce détail mis à part, on a quand même envie de le suivre dans cette très sale histoire.

Il récupère sa fille dont il vient d’apprendre l’existence et se lance dans une enquête non officielle et borderline sur la mort de son seul ami, pourtant perdu de vue depuis quinze ans. C’est mon côté maman, je ne veux pas que la gamine soit orpheline à la fin, et puis entre agacement et attachement, on sent son grand cœur affleurer, et ses émotions à fleur de peau. Il aime une poignée de personnes pour qui il donnerait sa vie…et peut-être plus qu’une poignée, finalement. Par ailleurs on apprend pas mal de choses choses sur le trafic maritime dans ce roman au style fluide et à l’histoire originale. Un bon petit polar

Cirque mort- Gilles Sebhan (148 pages)

Gilles Sebhan - Cirque Mort

En plus de la sélection Cezam, je me mets à la lecture des 6 polars en course pour le prix des lecteurs du festival Bloody Fleury. Je remercie au passage Perrine Savary, ainsi que la librairie Eurêka Street pour l’organisation de ce concours.
Cirque mort est un tout petit livre qui laisse sa marque. 3 enfants ont disparu dans le même village après que tous les animaux d’un cirque ont été massacrés à coup de hache. Le dernier disparu, c’est Theo, le fils d’un policier qui a reçu une lettre anonyme qui l’amène dans un hôpital psychiatrique un peu particulier. Déchargé de l’enquête il va mener la sienne, parallèle et borderline. La chute, à la dernière phrase est glaçante. Un coup de hache supplémentaire totalement imprévisible. Original et bref on court contre la montre avec Dapper, le héros ordinaire, le père torturé, le flic normal. On fonce.