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La grande descente – Roger Riffard (142 pages)

Roger Riffard, cet artiste oublié qui été tour à tour enseignant, cheminot, chansonnier, acteur (il aura tourné dans plus de cinquante films dans lesquels on ne l’aperçoit pas en tout plus de dix minutes), a écrit deux livres, « La grande descente », et « Les jardiniers du bitume ». Je vous avais déjà parlé des jardiniers du bitume, l’absurde du quotidien pour les gens moyens dans les années 50/60. Dans la grande descente, Roger Riffard reprend les mêmes thèmes dans un contexte différent. La grande descente, ce sont des temps de pause de plusieurs jours pour les cheminots qui ont travaillé durant le week-end. C’est aussi la descente aux enfers de cet homme simple aux bonheurs simples. Dans un style inimitable qui reflète à merveille son époque, il nous raconte une tragédie au travers de souvenirs très doux : aller aux champignons avec son ami, « le Vieux » qui est aussi un père spirituel, faire l’amour avec sa douce petite amie. Il écrit avec une gouaille et une poésie inimitables le drame qui chamboule cet équilibre bien rôdé dont on pressent pourtant la fragilité.

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Le soldat désaccordé – Gilles Marchand (204 pages)

J’avais déjà beaucoup aimé « Requiem pour une Apache » du même auteur. J’ai fondu pour cette belle histoire d’amour au temps de la première guerre mondiale. Un ancien poilu se spécialise dans la recherche de soldats disparus.

Des familles ont passé beaucoup de temps, d’argent et d’énergie pour retrouver des disparus. Beaucoup ont eu l’espoir de retrouver leurs proches, peut-être abîmés, peut-être amnésiques, mais vivants.

Avec son style plein de poésie, Gilles Marchand nous entraîne dans un jeu de piste tragique pour ce jeune homme blessé par la vie qui se dévouera corps et âme à sa quête.

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Le pain au ketchup – Marius Jauffret (190 pages)

Un jeune homme, double maléfique de l’auteur (?) bipolaire, alcoolique et drogué décide sur un coup de tête de partir en Ukraine en 2014 pour voir de ses propres yeux le résultat de la révolution. Il prétend faire une enquête journalistique mais espère que ce voyage le libèrera de ses démons. Il en attend une sorte de rédemption. Ecrit par l’auteur du récit « le fumoir » magnifique sous bien d’aspects (style, concision, documentation et humour) ; on retrouve dans ce roman quelques fulgurances du premier opus, sans toutefois retrouver la trame ciselée de son histoire. Ce jeune homme nous perd avec lui dans les brumes de son alcool et de ses addictions. Comme toujours Marius Jauffret a un vrai sens des chutes, et la fin rejoint habilement (mais sans surprise), l’actualité de ce pays. Je n’attendais rien du premier ouvrage, j’appréhendais même un peu ce que je pourrais y trouver, et ça a été une vraie claque. Je mettais peut-être trop d’attente dans ce deuxième ouvrage.

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Farouches – Fanny Taillandier (286 pages)

Fanny Taillandier est agrégée de lettres. Et elle commet à mon sens la même erreur que beaucoup de gens érudits : elle veut trop bien écrire. Ses phrases sont léchées, les mots sont choisis avec soin. Et ça se sent. Toutes les deux lignes, on se demande si on va avoir droit à un placement produit (la description de la tenue de sport…).

J’ai croisé une lectrice enthousiaste qui a aimé l’univers bizarre du roman. Alors j’ai voulu me faire une opinion propre. La quatrième de couverture ne ment pas, l’autrice joue avec les codes (roman noir, roman d’amour, fantastique). Je ne devais pas être d’humeur joueuse.

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Le petit roi – Mathieu Belezi (114 pages)

Il y a quelques années, je me suis demandé ce qui faisait que j’aimais un roman ou pas. J’ai mis du temps à comprendre que mon critère personnel est lié au personnage principal. Je l’aime ou pas. Oui mais qu’est ce qui m’amène à m’attacher à des personnages ou pas ? Pourquoi j’aime Anna Karenine et pas Emma Bovary ? Pourquoi je plains Duke du démon de la colline aux loups et pas Mathieu, le petit roi ? Pourquoi j’aime Joseph Joffo et son sac de billes et pas le grand-père d’Amigorena dans le ghetto intérieur ? J’ai mis encore plus de temps à comprendre mon fonctionnement. J’aime les lueurs d’espoir, l’amour et la vie qui habitent les personnages. C’est comme ça pour moi, ça n’engage que moi. Et là, j’avoue que Mathieu, avec ses pulsions destructrices et malsaines comme seule réponse à son enfance ballottée m’a gênée. Je n’ai pas trouvé sa réponse adaptée à son mal-être.

Je juge (le mot est fort mais il montre à quel point j’assume ma subjectivité) que ce qu’il a vécu ne le disculpe pas d’un tel basculement dans la violence. Et j’ai eu la désagréable impression que l’auteur utilisait ce passé pour justifier ses actes odieux. J’ai trouvé la plume très belle, épurée, poétique. Mais je n’éprouve aucune compassion pour cet enfant pervers. Juste une vague nausée. Et une tristesse infinie pour ses victimes.

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Tu pourrais me remercier – Maria Stoian (100 pages)

Lors de mon passage à la bibliothèque de mon village, le jour de la journée des droits des femmes, je suis tombée sur cette BD et je me suis dit que ça serait ma contribution du jour. En réalité, ce livre parle d’agressions et d’emprise dans des situations diverses et subies par tous sexes et âges confondus. Une jeune fille de quinze ans tripotée dans le métro, un jeune homme homosexuel violé, un homme harcelé par sa compagne, un autre poursuivi par une érotomane, une jeune femme sous l’emprise d’un homme violent, une jeune femme violée sous GHB. Le viol et l’emprise ne sont pas réservés aux hommes méchants sur des femmes faibles. Ils peuvent prendre des formes différentes et les victimes peuvent aussi être des hommes. Quand on ferme ce livre, on est un peu nauséeux, choqué. Un livre qui fait réfléchir.

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L’intrusive – Claudine Dumont (378 pages)

Camille ne dort plus. Vraiment plus. À peine quelques minutes tous les deux ou trois jours. Son frère et sa belle-sœur pensent que c’est son insomnie qui l’ont poussée à mettre en danger Jeanne, sa nièce. Il faut qu’elle s’en sorte pour revoir Jeanne. Alors elle accepte d’aller voir le frère étrange de Mathilde, sa belle-sœur. Un livre original sur les dégâts de l’enfance maltraitée. Il n’y a pas vraiment de surprise car les souvenirs de Camille ponctuent les chapitres, glaçants. La maltraitance peut prendre différents visages. Les mots font parfois autant de dégâts que les coups.

On se débat en apnée avec Camille en se demandant si elle a une chance de s’en sortir tant ses traumatismes sont profonds. Alors on tourne les pages, pour avoir le fin mot, avec la nausée à chaque chapitre où cette mère si belle, si parfaite apparaît.

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Western Spaghetti – Sandra- Ànanda Fleury (272 pages)

Encore une maison d’édition dont je voulais lire les ouvrages sans avoir eu l’occasion de le faire. Je les découvre enfin par le biais de ce recueil de nouvelles aux histoires très différentes les unes des autres.

Entre la famille indigente qui tâche de cacher ses problèmes d’argent et le vieux monsieur qui devient ami avec un agent immobilier bien décidé à lui faire vendre son appartement, on s’envole pour Montréal avec Mohammed, un jeune français qui veut aller à New York, mais reste coincé au Canada après les attentas du 11 septembre 2001, et cette danseuse qui revient dans cette ville et sur sa jeunesse. On passe aussi par les Etats-Unis avec cette fratrie pauvre mais soudée.

Remarquablement écrit, avec des trouvailles stylistiques très intéressantes, jolies et expressives qui mélangent les sens (les goûts sont en couleur et les couleurs sont sonores, tandis que les sensations ont du goût…) on s’attache aux personnages qui sont si vivants qu’ils constituent à mon sens la trame et le fil conducteur de cet ouvrage. Une très très belle découverte et un livre passé trop inaperçu au regard de sa qualité.

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Ripley Bogle – Robert Mc Liam Wilson, traduit de l’anglais par Brice Mathieussent (437 pages)

J’ai encore sorti un livre de ma PAL qui y traîne depuis un moment. Cette fois, j’avoue que j’appréhendais un peu de me plonger dans cette lecture, car j’ai tellement aimé « Eureka Street », du même auteur (pour moi, un des vingt meilleurs livres jamais lus) que j’avais peur d’être déçue par ce roman, plus ancien. J’ai vécu une expérience étrange. Il se trouve que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur, et que je sais quelques bribes de sa biographie, notamment qu’il a, pendant un temps, expérimenté la vie dans la rue à Londres.Dès les premières lignes, j’avais l’impression que l’auteur me racontait l’histoire en personne. Son histoire.

Et cette histoire de jeune homme, brillant intellectuellement, surdoué même, qui est clochard est très rude. Il décrit avec minutie le froid, la faim, le désœuvrement, la maladie, et surtout la crasse infâme dans laquelle il vit. Pas vraiment une partie de plaisir. Comme feel good, on a fait mieux. En revanche, j’ai retrouvé le style magnifique et inimitable de l’auteur qui s’articule autour de trois axes : Son humour cynique sur la religion et la politique, la beauté poétique de ses paysages (j’ai levé les yeux au ciel, et il a baissé les siens sur moi) et la description minutieuse d’un quotidien banal et affreux, affreusement banal et pas banal du tout. Tout s’enchaîne avec grâce et simplicité dans son écriture, unique.

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Les Petrov, la grippe etc… – Alexei Salnikov traduit du Russe par Véronique Patte (318 pages)

Quel drôle de roman ! Quel Ovni ! Je savais en intégrant cet ouvrage à ma Pile à lire, il y a deux ans et demi que j’aurais à faire à un livre très original. Aussi décrié qu’adulé dans son pays, ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Pour ma part, j’ai été aussi enthousiaste que les plus enthousiastes (description minutieuse du quotidien d’une famille presque ordinaire, souci du détail qu’on n’a jamais vu ailleurs, sensation de fièvre, de froid et de flou, comme lorsqu’on est malade, justesse des personnages, de leur comportement et de leurs ressentis) et aussi perplexes que les détracteurs (mais où diable veut-il en venir ? Et pourquoi cette fin étrange ? et que se passe-t-il ? Ah ! rien, ok !). Bref, un roman assez ardu mais hyper original, je ne le conseillerais pas à tous, mais pour ceux qui souhaitent s’imprégner de l’ambiance d’avant-guerre (contre l’Ukraine, cela va sans dire), et de romans qui sortent des sentiers battus, un peu pointus, vous serez servis.