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Les sources – Marie-Hélène Lafon (117 pages)

Marie-Hélène Lafon nous livre un roman sur la violence conjugale dans les années 70 en milieu paysan, sans scène gore. Tout est dans son écriture ciselée, tout est dans l’atmosphère, les non-dits. Tout fait peur et tout est tranquille, lisse comme la surface de l’eau. En trois parties, de plus en plus courtes, en trois voix, en trois époques, l’autrice nous raconte avec son ton âpre son Cantal natal, au travers de cette histoire sans histoire. Quand je l’ai rencontrée, Marie-Hélène Lafon m’a dit : « Souvent, on me demande de raconter le pitch de mes livres. Comment faire le pitch de ce genre de livre ? » C’est en effet plutôt son style unique qui pose ses romans.

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A crier dans les ruines – Alexandra Koszelyk (219 pages)

Lena et Ivan se rencontrés petits et ne se sont plus quittés jusqu’à l’adolescence. Mais l’explosion du réacteur de Tchernobyl va les séparer. Ivan et sa famille sont évacués de leur ferme où tous les animaux sont exécutés. La famille de Léna en profite pour fuir l’URSS. Ses parents lui intiment d’oublier son pays d’origine. Tant bien que mal, elle se construit sur des non-dits, sur ce qu’elle a enfoui. Mais le passé finit toujours par ressurgir. Elle retourne à Pripiat, comme tous ces touristes qui viennent visiter la ville fantôme abandonnée. Alexandra Koszelyk raconte l’exil, la façon dont les exilés se construisent avec et sans, avec ce nouveau pays, cette nouvelle langue qu’ils doivent apprivoiser pour se fondre dans la masse et sans leur culture, leur langue qu’ils doivent abandonner. Elle aborde les deux aspects de ceux qui sont restés et ceux qui sont partis, et aussi ceux qui sont revenus, car beaucoup ont fini par retourner « chez eux », malgré les radiations. En effet, quitte à mourir, autant que ce soit chez soi. L’alcool et le désœuvrement tuent aussi sûrement que les légumes qui poussent irradiés. Une belle histoire d’amour dans la grande Histoire, un premier roman très réussi.

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Robert de Niro, le Mossad et moi – Paule Darmon (250 pages)

Eli Cohen a été un des espions les plus doués du monde. Il a réussi à s’introduire dans les plus hautes sphères des autorités syriennes et à transmettre un nombre d’informations colossales en Israël. Mais il s’est fait prendre et a été pendu après avoir été torturé. Cette histoire tragique est racontée par Dora / Paule qui veut en faire un film. Et pour le rôle, elle pense à Robert De Niro. Les passages où l’on voit Dora se démener pour l’écriture de son scénario et obtenir un rendez-vous avec la star du cinéma sont désopilants. Cela allège un peu l’histoire tragique de cet espion. L’autrice nous dévoile ce pan de l’histoire d’Israël de façon très originale et les deux époques (1967 contre 1987) sont habilement mise en opposition. Un livre qui sort de l’ordinaire à ne pas manquer.

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La grande descente – Roger Riffard (142 pages)

Roger Riffard, cet artiste oublié qui été tour à tour enseignant, cheminot, chansonnier, acteur (il aura tourné dans plus de cinquante films dans lesquels on ne l’aperçoit pas en tout plus de dix minutes), a écrit deux livres, « La grande descente », et « Les jardiniers du bitume ». Je vous avais déjà parlé des jardiniers du bitume, l’absurde du quotidien pour les gens moyens dans les années 50/60. Dans la grande descente, Roger Riffard reprend les mêmes thèmes dans un contexte différent. La grande descente, ce sont des temps de pause de plusieurs jours pour les cheminots qui ont travaillé durant le week-end. C’est aussi la descente aux enfers de cet homme simple aux bonheurs simples. Dans un style inimitable qui reflète à merveille son époque, il nous raconte une tragédie au travers de souvenirs très doux : aller aux champignons avec son ami, « le Vieux » qui est aussi un père spirituel, faire l’amour avec sa douce petite amie. Il écrit avec une gouaille et une poésie inimitables le drame qui chamboule cet équilibre bien rôdé dont on pressent pourtant la fragilité.

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Le soldat désaccordé – Gilles Marchand (204 pages)

J’avais déjà beaucoup aimé « Requiem pour une Apache » du même auteur. J’ai fondu pour cette belle histoire d’amour au temps de la première guerre mondiale. Un ancien poilu se spécialise dans la recherche de soldats disparus.

Des familles ont passé beaucoup de temps, d’argent et d’énergie pour retrouver des disparus. Beaucoup ont eu l’espoir de retrouver leurs proches, peut-être abîmés, peut-être amnésiques, mais vivants.

Avec son style plein de poésie, Gilles Marchand nous entraîne dans un jeu de piste tragique pour ce jeune homme blessé par la vie qui se dévouera corps et âme à sa quête.

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Le pain au ketchup – Marius Jauffret (190 pages)

Un jeune homme, double maléfique de l’auteur (?) bipolaire, alcoolique et drogué décide sur un coup de tête de partir en Ukraine en 2014 pour voir de ses propres yeux le résultat de la révolution. Il prétend faire une enquête journalistique mais espère que ce voyage le libèrera de ses démons. Il en attend une sorte de rédemption. Ecrit par l’auteur du récit « le fumoir » magnifique sous bien d’aspects (style, concision, documentation et humour) ; on retrouve dans ce roman quelques fulgurances du premier opus, sans toutefois retrouver la trame ciselée de son histoire. Ce jeune homme nous perd avec lui dans les brumes de son alcool et de ses addictions. Comme toujours Marius Jauffret a un vrai sens des chutes, et la fin rejoint habilement (mais sans surprise), l’actualité de ce pays. Je n’attendais rien du premier ouvrage, j’appréhendais même un peu ce que je pourrais y trouver, et ça a été une vraie claque. Je mettais peut-être trop d’attente dans ce deuxième ouvrage.

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Farouches – Fanny Taillandier (286 pages)

Fanny Taillandier est agrégée de lettres. Et elle commet à mon sens la même erreur que beaucoup de gens érudits : elle veut trop bien écrire. Ses phrases sont léchées, les mots sont choisis avec soin. Et ça se sent. Toutes les deux lignes, on se demande si on va avoir droit à un placement produit (la description de la tenue de sport…).

J’ai croisé une lectrice enthousiaste qui a aimé l’univers bizarre du roman. Alors j’ai voulu me faire une opinion propre. La quatrième de couverture ne ment pas, l’autrice joue avec les codes (roman noir, roman d’amour, fantastique). Je ne devais pas être d’humeur joueuse.

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Le petit roi – Mathieu Belezi (114 pages)

Il y a quelques années, je me suis demandé ce qui faisait que j’aimais un roman ou pas. J’ai mis du temps à comprendre que mon critère personnel est lié au personnage principal. Je l’aime ou pas. Oui mais qu’est ce qui m’amène à m’attacher à des personnages ou pas ? Pourquoi j’aime Anna Karenine et pas Emma Bovary ? Pourquoi je plains Duke du démon de la colline aux loups et pas Mathieu, le petit roi ? Pourquoi j’aime Joseph Joffo et son sac de billes et pas le grand-père d’Amigorena dans le ghetto intérieur ? J’ai mis encore plus de temps à comprendre mon fonctionnement. J’aime les lueurs d’espoir, l’amour et la vie qui habitent les personnages. C’est comme ça pour moi, ça n’engage que moi. Et là, j’avoue que Mathieu, avec ses pulsions destructrices et malsaines comme seule réponse à son enfance ballottée m’a gênée. Je n’ai pas trouvé sa réponse adaptée à son mal-être.

Je juge (le mot est fort mais il montre à quel point j’assume ma subjectivité) que ce qu’il a vécu ne le disculpe pas d’un tel basculement dans la violence. Et j’ai eu la désagréable impression que l’auteur utilisait ce passé pour justifier ses actes odieux. J’ai trouvé la plume très belle, épurée, poétique. Mais je n’éprouve aucune compassion pour cet enfant pervers. Juste une vague nausée. Et une tristesse infinie pour ses victimes.

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Tu pourrais me remercier – Maria Stoian (100 pages)

Lors de mon passage à la bibliothèque de mon village, le jour de la journée des droits des femmes, je suis tombée sur cette BD et je me suis dit que ça serait ma contribution du jour. En réalité, ce livre parle d’agressions et d’emprise dans des situations diverses et subies par tous sexes et âges confondus. Une jeune fille de quinze ans tripotée dans le métro, un jeune homme homosexuel violé, un homme harcelé par sa compagne, un autre poursuivi par une érotomane, une jeune femme sous l’emprise d’un homme violent, une jeune femme violée sous GHB. Le viol et l’emprise ne sont pas réservés aux hommes méchants sur des femmes faibles. Ils peuvent prendre des formes différentes et les victimes peuvent aussi être des hommes. Quand on ferme ce livre, on est un peu nauséeux, choqué. Un livre qui fait réfléchir.

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L’intrusive – Claudine Dumont (378 pages)

Camille ne dort plus. Vraiment plus. À peine quelques minutes tous les deux ou trois jours. Son frère et sa belle-sœur pensent que c’est son insomnie qui l’ont poussée à mettre en danger Jeanne, sa nièce. Il faut qu’elle s’en sorte pour revoir Jeanne. Alors elle accepte d’aller voir le frère étrange de Mathilde, sa belle-sœur. Un livre original sur les dégâts de l’enfance maltraitée. Il n’y a pas vraiment de surprise car les souvenirs de Camille ponctuent les chapitres, glaçants. La maltraitance peut prendre différents visages. Les mots font parfois autant de dégâts que les coups.

On se débat en apnée avec Camille en se demandant si elle a une chance de s’en sortir tant ses traumatismes sont profonds. Alors on tourne les pages, pour avoir le fin mot, avec la nausée à chaque chapitre où cette mère si belle, si parfaite apparaît.