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Les collectionneurs d’images – Jóanes Nielsen (468 pages)

Six enfants nés en 1952, issus de milieux différents, élèves à l’école catholique Saint-François de Tórshavn et collectionneurs d’images se partagent tour à tour les chapitres au fur et à mesure de cet incroyable et foisonnant roman.

L’introduction explique le décès de cinq d’entre eux, jeunes, voire très jeunes, et l’histoire des îles Féroé est ensuite racontée au travers de leurs destins tragiques. On connaît mal cette partie du monde, ces 18 îles perdues à la limite sud de l’Arctique, entre l’Islande, l’Ecosse et la Norvège, et c’est l’occasion d’en apprendre un peu plus à ce sujet sur une trentaine d’années, entre les années 60 et le milieu des années 90.

Ce livre a un style faussement simple, des personnages minutieusement dépeints et très travaillés, on est autant embarqués par l’aspect romanesque que par ce qu’on apprend sur cette région et son histoire. Un roman à ne pas manquer.

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Cécile Coulon – Les grandes villes n’existent pas (95 pages)

Avec son style sûr et toujours teinté de poésie, Cécile Coulon nous dépeint la campagne, sa campagne, celle où elle a passé son enfance, et où elle retourne dès qu’elle veut se ressourcer.

Autour des lieux clés qui cadrent la vie dans ce type de « territoires » comme on dit maintenant (je continue à préférer campagne, territoire, c’est bien une façon d’éloigner encore plus ces coins paumés de France), à savoir la forêt, la place de l’église, le stade, l’école, elle décrit comment les enfants grandissent aussi dans des endroits où il n’y a pas de magasins, de piscines municipales, de cinémas.

Ça me rappelle quelques coins qui ont ponctué mon enfance. Ce n’est pas mieux, ce n’est pas pire qu’ailleurs, c’est différent, car pour ces enfants et ados qui y vivent, c’est un peu comme si les grandes villes n’existaient pas.

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Le secret d’Atoll Véranda – Nathalie Larpent (247 pages)

J’ai adoré les personnages attachants et la mise en lumière d’un métier méconnu : celui d’aide soignant à domicile. Un livre au style enlevé plein de générosité, de chaleur et d’amour des autres et une touche d’humour. J’ai notamment adhéré à l’exacerbation des noms en fonction des personnages, comme la collection des livres « Monsieur » et « Madame » (Madame Perverse, Madame Poivrote, Madame Gentille, exemples de noms de patientes) Un livre qui fait du bien, comme un baume apaisant ou une pastille au miel. Rien de bien profond dans cette petite histoire, mais ça fonctionne.

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Dépose les roses devant la porte ! – Olivia Giusti (205 pages)

Béatrice a promis à sa famille de rencontrer l’homme de sa vie pour Noël. Elle fait un truc foufou, partir de Grenoble pour Montpellier ( ouh la la ! Gros déracinement, grande aventure !)
Une romance sympathique pour wealthy French trentenaires. Les amateurs du genre y trouveront indéniablement leur compte. C’est bien écrit et l’autrice ne manque pas d’humour. Même si ce n’est toujours pas ma tasse de thé, je dois reconnaître quelques qualités à l’écriture de ce feel good sucré à souhait.

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Un jour d’été au garde meuble de la couronne – Agnès Walch et Gatien Wierez (159 pages)

Ce livre est un documentaire qui éclaire un bâtiment qu’on connaît plutôt comme l’Hôtel de la Marine. Sur une journée d’été (parce qu’elles sont plus longues), on y évoque tous les aspects de la vie de l’époque (milieu et fin 18ème, donc les cinquante dernières années avant la révolution et un peu au-delà, pour expliquer notamment comme il a été difficile d’éviter des pillages, et raconter aussi la fameuse histoire du vol des bijoux de la couronne)  : métiers, objets, logistique, arts, histoire. Avec des papiers de couleur différentes pour représenter les différentes périodes de la journée, ce livre est un beau livre qui est un petit bijou original dans un format pratique et peu encombrant.

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Passage de témoin – Jean Palénas (377 pages)

En 1940, la France subissait une débâcle inattendue compte tenu de la propagande qui laissait sous-entendre qu’elle était la plus grande puissance militaire mondiale. En réalité, la France s’était endormie sur ses lauriers après la première guerre mondiale et n’avait ni innové, ni renouvelé, ni amélioré son armement. L’Allemagne, au contraire, humiliée, avait dû se démilitariser. Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, il passe les premières années à reconstituer son armée et son armement, avec du matériel dernier cri.

Jean Palénas nous propose ici une vision probablement très juste de ce que les gens ressentaient à cette époque. Aujourd’hui, il nous est facile d’être manichéen. Or, la réalité, c’est qu’il y avait peu de résistants et peu de collabos. Les gens étaient souvent plutôt opportunistes par rapport à ce à quoi ils devaient faire face : la faim, la tranquillité pour exercer sa profession (surtout lorsqu’on était agriculteur en zone libre !). Et Pétain, héros de la précédente guerre, semblait être une bonne alternative.

Puis la zone libre a été envahie à son tour et il a fallu faire face à une pression de plus en plus forte. Comment ne pas déplaire à l’ennemi tout en gardant sa dignité, comment continuer à subvenir aux besoins de sa famille ? Comment échapper au STO et survivre sans tickets de rationnement ? Les résistants n’étaient pas tout blancs et les exactions commises à partir de 1945, où la France a frôlé la guerre civile étaient plus souvent liées à des règlements de compte personnels par des personnes qui s’autopromouvaient justiciers.

Au travers du prisme de la jeunesse actuelle, il met en parallèle la question du patriotisme de l’époque et celui de nos jours. Après 80 ans de paix sur notre territoire, certaines questions ne s’abordent plus du tout de la même façon. Un autre regard sur cette période, plus nuancé que celui qu’on lui porte habituellement.

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Escales en Polynésie – Titouan et Zoé Lamazou (287 pages)

Vous voulez offrir un beau cadeau pour Noël ? Ce livre magnifique allie les superbes aquarelles de Titouan Lamazou et les témoignages recueillis par sa fille Zoé auprès d’habitants de dizaines d’îles qui entourent Tahiti. L’artiste peint avec tellement d’amour que les gens sont tous beaux. Comme toujours, les éditions Au vent des îles mettent en valeur cette région lointaine qui fait rêver et qui est fort méconnue.

Titouan Lamazou est retourné sur ses propres traces. Il revient en Polynésie et retrouve des personnes dont il a parfois déjà fait le portrait vingt ans plus tôt. Il essaie, avec l’aide de sa fille de montrer une région telle qu’elle est et devrait rester, si la folie de l’homme cesse de la maltraiter. Vous en apprendrez beaucoup sur les essais nucléaires qui ont empoisonné tout une population, en polluant l’air et la mer, sur la pêche intensive qui détruit la faune, le réchauffement climatique qui provoque une acidification de l’océan et tue les coraux (et avec eux, toute une faune endémique), sur les clichés, les ravages de la colonisation, avec le dénigrement systématique de la culture locale et de ses modes de vie.

C’est beau, c’est vrai, c’est humain, c’est chaleureux. C’est merveilleux.

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La carte postale – Anne Berest (512 pages)

Il m’est difficile de chroniquer ce livre car les similitudes avec l’histoire de ma famille et, par conséquent, ma propre histoire, se télescopent de manière surprenante.

Si Annes Berest évoque à l’origine ses arrière-grands-parents, tandis que mon histoire commence avec celle de mes grands-parents maternels, la famille de l’arrière-grand-mère de Anne est de Lodz, comme mes grands-parents. Comme elle j’ai un nom de jeune fille bien français qui ne laisse rien soupçonner de mes origines. Comme elle, je porte un deuxième prénom lourd de sens, dont le poids m’a été transmis dès ma plus tendre enfance. Comme elle, mon grand-père a rejeté la religion pour être communiste. Comme Vincente le grand-père, mon grand-père a fait la bataille de Narvik. Comme Myriam la grand-mère, ma grand-mère a fini Alzheimer, et comme elle, elle a oublié le français pour ne plus parler que polonais (russe pour Myriam) à la fin de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait oublié la compétence de s’exprimer. J’arrête là, mais il y a encore beaucoup de rapprochements possibles.

Il m’est donc difficile d’avoir un point de vue objectif sur cet ouvrage qui m’a amené à m’interroger sur certains choix dans ma vie, et m’a apporté un certain nombre d’éclairages aussi.

Anne a décidé d’entreprendre des recherches sur une carte postale arrivée mystérieusement chez ses parents en 2003, portant les prénoms de la famille de Myriam, ses parents, son frère et sa sœur, tous les quatre morts en déportation en 1942. Elle s’est beaucoup appuyée sur les recherches de sa mère (incroyable travail de fourmi !) et a essayé de restituer l’histoire de cette famille qui a plané comme une ombre, car à l’instar de beaucoup de familles, tout le monde voulait oublier et Myriam comme tant d’autres, n’a jamais parlé de rien. J’ai préféré la deuxième partie, plus concrète, car ancrée dans la réalité et le présent, qui vient adoucir l’ensemble, avec des dialogues entre Anne et sa mère, sa fille, sa sœur, son amoureux. J’imagine à quel point, pour la fille réservée qu’elle est, tous ses messages d’amour ont été difficiles à exprimer.

Pour tous ceux qui douteraient de l’empressement de Pétain et de son administration à éradiquer les juifs de France, à l’époque, et les relents négationnistes de certains politiques aujourd’hui, ce livre est pour le moins un bon rappel. Anne Berest a effectué des recherches colossales sur des sujets assez mal connus, notamment sur le camp de Pithiviers, et sur le retour des survivants des camps au Lutetia.

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La laveuse de morts – Sara Omar (384 pages)

Je n’ai rien contre les Musulmans. Je n’ai rien pour non plus. Comme le dit l’autrice, seuls les hommes interprètent les textes sacrés avec plus ou moins de bonheur. On trouve autant de passages de violence dans la Bible que dans le Coran. Néanmoins, naître fille Kurde en Irak en 1986 n’était assurément pas un gage de bonheur (probablement pas plus aujourd’hui), même si Frmesk a la chance d’être placée chez ses grands-parents, emprunts de bonté et de bienveillance. Comme le dit aussi l’autrice, passer son temps à traiter les autres de mécréants reflète essentiellement la faiblesse de sa foi. Comme le dit encore l’autrice, et comme l’avait brillamment démontré Amin Maalouf dans ‘le premier siècle après Béatrice’, un monde sans femmes assurerait la fin de l’humanité. Elle explique aussi que la pureté des femmes se situent dans leur hymen. Et que la pureté des hommes se situe dans l’hymen de leurs sœurs ou leurs épouses.

Je ne peux pas juger de ce que l’autrice décrit. J’espère juste qu’elle a concentré plusieurs histoires en une seule. Elle a écrit un roman, on peut donc supposer qu’il y a au moins une partie de fiction. J’espère que tous les hommes ne sont pas et violents, et violeurs, et tueurs, et pédophiles au nom de l’Islam. Ça ferait beaucoup pour un seul peuple. (Sauf le grand-père, mais il n’est pas musulman, il est zoroastrien).

Accrochez votre cœur, vous aurez envie de hurler, de vomir, de pleurer. Rien n’est beau, aucun espoir dans la vie de ces femmes, même celles qui sont réfugiées en Europe.

Aujourd’hui Sara Omar fait l’objet d’une Fatwa à son égard. Vraisemblablement, admettre qu’un hymen qui peut ne pas saigner pas la nuit de noces justifie de mettre l’opprobre sur la femme qui dénonce cette ignorance physiologique.

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Condamnées à perpétuité au nom du silence – Jany La Rebelle (220 pages)

Un témoignage sur les ravages du silence. Le petit sac à dos que portent les enfants sont les secrets de leurs parents. Si c’est bien écrit, et l’intention louable, ce livre est avant tout le cheminement d’une auto-psychanalyse et les chemins tortueux de la décortication des comportements d’une mère alexithymique. Si ce travail a été sûrement vital pour Jany, Il n’est malheureusement pas d’un grand secours pour le reste du monde. On lui souhaite bon courage dans sa reconstruction.