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Le démon de la colline aux loups – Dimitri Rouchon-Borie (237 pages)

Après la rencontre avec l’auteur, et les premiers retours de mes camarades blogueurs, j’ai pressenti que ce livre serait une forme d’épreuve.

En effet, ce livre est une épreuve physique. Nous avons tous ressenti cette forme d’étouffement, d’asphyxie, d’apnée incommensurable. Malgré une histoire absolument épouvantable, rien ne nous arrête, on continue malgré l’effort, la douleur physique qu’il représente. Malgré un style inventé, comme le style d’un enfant qui n’aurait pas beaucoup été à l’école, on veut encourager le narrateur à poursuivre, et son “parlement” passe bien.

Ce livre est une épreuve, mais il est magnifique. Un livre qui reste. Et un héros qu’on aurait voulu aider, avant qu’il ne soit trop tard, bien qu’on sache que c’était impossible, que tout était inéluctable. On aurait voulu que l’ange ne soit pas blessé, et qu’il ne dérape pas. Pour les rares moments de lumière et la beauté qui en découle. Un grand livre.

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Les mariés du Val Varaita – Marie-Christine Ransan (114 pages)

Une belle histoire d’amour et de montagnards, taiseux et jaloux. Luigi et Giovanna vont se marier. Luigi est un peu partagé entre le déchirement d’abandonner sa montagne et de trahir son père décédé dans des circonstances un peu troubles et l’amour qu’il porte aux livres et à Giovanna.

Un roman où le Viso, montagne imposante, est à la fois un témoin, un protecteur, un confident.

Le style est fluide, malgré quelques maladresses d’écriture (très peu) , les personnages sont crédibles, et on imagine bien les villageois derrière leurs rideaux épier les gens qui passent. C’est plutôt réussi.

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Vies et morts de John Lennon – Hugues Blineau (75 pages)

Hugues Blineau avait déjà écrit un roman autour du groupe mythique des Beatles, il s’attaque cette fois à la mort de John Lennon. Comme une brise légère, il passe autour de quelques quarante personnages, fictifs ou réels, et nous livre des bribes des moments qui ont entouré cet événement tragique. On pourrait aussi évoquer une onde qui se propagerait, de New York au Pays de Galles, comme une radio ou une télévision où l’on zapperait d’une station à l’autre pour intercepter de brefs ressentis. 

Comme dans un kaléidoscope, vous verrez les aspects de cette mort violente, au travers du prisme des proches et anonymes, factuel et très éthéré à la fois. C’est tellement court, qu’il serait dommage de s’en passer.

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Ma vie à t’attendre – Julien Aime (280 pages)

Doit-on passer à côté de sa vie pour un amour ? Telle est la question posée dans ce joli livre qui se déroule quasiment à huis clos dans une maison de retraite, où il ne reste plus beaucoup de temps à vivre pour les résidents. Comment profiter de ces derniers moments où la mémoire peut se faire la malle, comment aimer encore, avoir envie de faire de nouvelles activités. On n’aura jamais tant parlé des ehpad (je déteste cet acronyme) ces derniers mois, du « glissement » des personnes âgées durant le premier confinement qu’on a traitées comme des choses, oubliant qu’on a à faire à des être humains qui arrivent en bout de chemin.

Cette jolie histoire triste d’un amour attendu pendant cinquante six ans, mêlée à la résonance qu’elle peut avoir sur le chagrin d’amour d’un aide-soignant, avec des personnages profonds et bien campés nous absorbe et nous bouleverse du début à la fin. Très réussi.

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Indice des feux – Antoine Desjardins (343 pages)

Habituellement, je n’aime pas trop les nouvelles. C’est ce que la plupart d’entre nous ont dit en ouvrant le roman d’Antoine Desjardins. Rapidement, les lignes conductrices de l’ouvrage nous font oublier ce genre mal-aimé pour nous embarquer dans l’émotion.

Il y avait longtemps que je n’avais pas été bouleversée par un livre à ce point.

L’amour sous toutes ses formes (filial, maternel, amoureux, fraternel, amical…) est l’une de ces lignes en filigrane, l’autre, le désastre écologique qui nous pend au nez et pour lequel au mieux, nous sommes impuissants, au pire, nous participons involontairement.

Ce livre est magnifique, jamais dans le jugement, et même si la planète va mal, même si, au fond, le livre est terriblement pessimiste, il nous donne envie de continuer, d’agir, de changer les choses.

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Isola – Joëlle Varenne (71 pages)

Joëlle Varenne vient du cinéma. Elle sait comme personne vous plonger dans une ambiance. Ici, la distance qu’elle met entre son personnage et vous est troublante, presque dérangeante. On aimerait entrer plus intimement dans la vie de cette femme, lorsqu’on s’aperçoit qu’on est au cœur de ses souffrances.

J’ai lu le livre deux fois d’affilée, car le style léger, poétique et évanescent de Joëlle nous donne envie de nous imprégner de son roman comme d’un poème, d’une chanson de geste moderne, d’une épopée parfois douce, parfois violente mais toute en non-dits, en sous-entendus, en effleurements. Ne passez pas à côté de ce tout petit ouvrage qui ne peut pas vous laisser indifférent et qui vous trottera longtemps dans la tête comme une interrogation infinie, un parfum subtile et entêtant.

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Le sanctuaire – Laurine Roux (148 pages)

Le sujet de ce livre pourrait laisser penser qu’il est issu de la crise épidémique qui secoue le monde actuel. Pourtant, toute ressemblance…

Une famille, isolée dans la forêt après une épidémie de grippe aviaire qui a décimé l’humanité, survit de chasse, de cultures et de haine des oiseaux. Tous les oiseaux qui s’aventurent trop près d’eux doivent être tués et brûlés.

La mère, Alexandra, raconte le temps passé, elle fait revivre la grâce d’un monde perdu. June, la fille aînée, a connu ce monde, elle en a des souvenirs, mais Gemma est une vraie sauvageonne, une Diane chasseresse qui n’a peur de rien. Le père part en expédition et ramène de quoi tenir le coup dans le sanctuaire.

Mais un jour, Gemma rencontre un homme qui vit parmi les oiseaux. Le doute s’immisce alors. Et si tout ce qu’elle croyait depuis le début de sa vie n’était qu’un mensonge ? Le style de Laurine Roux, délicat et poétique, nous berce dans son univers post-apocalyptique. 3ème lauréate du prix  Vleel, ce court roman est à découvrir.

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L’enfant de la colère – Vanessa Chevallier (524 pages)

Ça démarre comme une série d’été à la française, un moulin, deux sœurs qui viennent de perdre leur père et qui s’installent ensemble dans la maison familiale. Pourtant, très rapidement, l’angoisse nous étreint. Nous, on sait. On a envie de les prévenir que leur voisin est néfaste.

Plus on avance, plus on se sent oppressé. Comme le dit Carole : On va de Charybde en Scylla. aucune autre expression ne reflète mieux ce que l’on ressent. On voit les sœurs se débattre dans une toile d’araignée, un piège qui se referme peu à peu sur elles. Dans ce minuscule village où tout se sait, où tout est répété, transformé, déformé, le bon docteur aimé est soutenu par la population.

On bouffe les pages en appréhendant le pire, le dénouement qu’on imagine fatal. Bref, si vous vous attendez un à un roman de terroir gentillet, passez votre chemin. Ce roman est en fait un thriller redoutable.

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Partition amoureuse – Tatiana de Rosnay (211 pages)

Margaux, à l’aune de ses quarante ans, écrit une longue lettre à son premier grand amour, mort depuis longtemps, pour lui raconter sa vie, car il a été le seul à vivre aussi de leur passion commune : la musique. Elle évoque les hommes qui ont jalonné son parcours, et se morfond de passer cette dizaine seule. Mais pourquoi n’inviterait-elle pas les hommes qui ont compté à un dîner d’anniversaire?

Tatiana de Rosnay a ce don de vous transformer en héros de son invention, aussi éloigné soit-il de vous et de votre vie. Vous devenez tour à tour petite fille juive en 1942, greffé du cœur grognon, frère angoissé par une sœur dans le coma, mère avide de vérité pour retrouver le chauffard qui a tué son fils, elle vous donne envie de (re)lire Daphné du Maurier et ici, vous devenez une cheffe d’orchestre rousse célèbre. Comme ça, d’un coup de baguette magique. Tatiana est une fée, mais elle se garde de nous le dire, et elle nous raconte des histoires avec sa maestria coutumière. Indéniablement, elle est une conteuse hors pair.

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Le meunier hurlant – Arto Paasilinna traduit du finlandais par Anne Colin Du Terrail (278 pages)

Je l’ai raconté mille fois, mais Paasilinna m’a sauvé la vie. Mon grand regret sera de ne jamais avoir pu rencontrer mon sauveur. Je me délecte donc toujours des lectures de cet auteur. On retrouve ici sa verve, ses histoires incongrues, une loufoquerie tragi-comique qui se lisent comme on mangerait un bonbon à la réglisse. 

Malgré l’intérêt que Gunnar apporte au village en rachetant le vieux moulin abandonné, son côté doux-dingue qui le fait hurler comme un loup lorsqu’il est contrarié finit par faire peur à la population au point que les villageois cherchent à le faire interner en asile psychiatrique à tout prix.

Le meunier hurlant est un des premiers romans de l’auteur finlandais, et il a peut-être voulu rompre avec le lièvre de Vatanen où tout finit toujours par tourner à l’avantage du héros. Ici, notre pauvre meunier va de déconvenue en désastre. C’est sûrement le roman le moins optimiste de Paasilinna. 

Il ressemble à la chanson de Brassens “la mauvaise réputation” (“les braves gens n’aiment pas que…”) à la sauce aux airelles finlandaise : aigre-douce