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L’or au pied des narcisses – Patrick Agostini (264 pages)

Red est un bébé qui a été confié à une dame dans un bus, car ses parents étaient en train de se faire arrêter par la police syrienne. Placé dans une famille d’accueil qui n’est pas des plus recommandables, le petit garçon construit ses rêves dans la cabane qu’il a construite au fond du jardin et il s’amuse avec un détecteur de métaux. Mais il va faire une découverte qui va l’emmener, lui et ses proches, dans une aventure dangereuse.

Entre la Syrie, la Normandie, le sud de la France et l’Italie, plusieurs histoires mêlées vont expliquer des parcours étonnants et inattendus d’êtres humains, mais aussi d’objets qui ont une place prépondérante. Grâce à son style inimitable, qui se joue des mots, qui joue avec les mots, qui se délecte de leur musique, ce slameur invétéré va nous entraîner dans ce récit qu’on ne peut lâcher avant de l’avoir terminé. On s’en régale comme d’une gourmandise.

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La république des faibles – Gwenaël Bluteau (363 pages)

Dans le Lyon de la fin du 19ème siècle, un corps d’enfant sans tête est retrouvé dans une décharge. Sur fond politique nauséabond (en pleine affaire Dreyfus), des policiers vont devoir naviguer dans les bas-fonds de la ville pour trouver le monstre. Mais d’autres morts brutales vont venir complexifier leur travail. Un polar assez glauque sur la pédophilie, mais aussi sur les fausses apparences font de ce livre un premier roman très honorable et réussi. Des personnages humains et bien campés, les aspects politiques s’insèrent bien dans l’histoire, les aspects historiques et contextuels se fondent également bien dans la trame romanesque.

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Lëd – Caryl Ferey (524 pages)

Quand on lit Caryl Ferey, on n’est pas loin de perdre foi en l’humanité. Il faut dire qu’il s’attaque à des sujets apocalyptiques. Sur fond de conglomérat sibérien détenu par un oligarque, deux cadavres que rien ne semble relier sont retrouvés, gelés. C’est sans compter sur la ténacité de Boris Ivanov qui va enquêter avec patience et minutie, convaincu que les deux affaires sont liées. L’auteur décrit une Russie catastrophique.

On sait la mégalomanie débridée de son chef d’État et ses méthodes tout droit sorties de sa propre expérience au KGB, la police secrète pire que sous Staline, le passé glorifié, la volonté de suprématie slave, le nationalisme basé sur la force, la virilité exacerbée au détriment des minorités. Le roman nous montre des facettes que j’ignorais , la dolia, le destin, des éléments terrifiants sur la guerre d’Afghanistan (une guerre, c’est toujours effroyable, mais on ne s’attend pas à être maltraité par ses propres compatriotes). Un roman noir, très noir, avec des personnages attachants, très attachants car le romancier sait aussi toujours faire pousser quelques fleurs dans la pollution et le froid, même si ce sont des fleurs de glace. Une intrigue redoutablement efficace assortie d’une recherche très documentée et implacable.

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Nuuk – Mo Malo (424 pages)

Troisième volet des aventures du policier Qaanaaq au Groënland, ce roman est encore plus fort et encore mieux que les deux précédents, pour autant que ce soit possible. J’ai adoré le premier, j’ai adulé le deuxième, je suis amoureuse du troisième volet.

Comme dans les précédents tomes, les quatre piliers qui fondent l’édifice du récit et le structurent sont présents : La culture du pays, l’écologie, la nature indocile associée à ses paysages extraordinaires dans le sens premier du terme et une intrigue policière qui tient la route. Je trouve que cette histoire qui s’appuie complètement sur des aspects culturels du Groënland est particulièrement bien ficelée et nous montre les dérives que les travers de cette culture dévoyée peuvent engendrer.

Qaanaaq va mieux et Qaanaaq va moins bien aussi, cet homme est terriblement humain avec ses doutes, son passif, ses défaillances, ses plaies toujours à vif. Je suis totalement fan.

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Le vol du boomerang – Laurent Whale (529 pages)

Un jeune homme aborigène veut s’inscrire à la course mythique World Solar Challenge qui part de Darwin au nord de l’Australie et la parcourt du nord au sud jusqu’à Adélaïde, soit 3000 kilomètres avec des véhicules exclusivement électriques.

Sur fond des incendies qui ont ravagé le pays continent en 2019, enchaînant sur la terrible épidémie de Covid, le roman est écrit comme un thriller plein de suspense, avec le style fluide de Laurent Whale qui nous fait tourner les pages sans pouvoir s’arrêter. Deux histoires parallèles viennent enrichir le récit, celle d’une famille qui a dû tout quitter pour fuir les incendies et celle d’un jeune routier qui parcourt le pays de bout en bout dans des camions immenses.

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Persona – Erik Axl Sund, traduit du suédois par Rémi Cassaigne (477 pages)

J’ai sorti ce livre, le plus ancien dans ma PAL. J’appréhendais un peu de le lire car je m’attendais à un policier très sanglant, très violent, très dur. Et si pour certains, ce genre de lectures leur vide la tête, moi, j’ai besoin d’avoir la tête vide pour les lire.

Et puis, lire l’ouvrage de ce duo suédois explosif qui écrit sous ce pseudo à coups de poing pour se mettre d’accord sur les mots et les phrases, ça ressemblait à une drôle d’expérience. (C’est ce qu’ils racontent, entre deux bières, lorsqu’on leur pose la question).

Tout de suite, pourtant, nous sommes absorbés par le fil de l’histoire.

Oui, c’est dur, oui c’est violent, oui c’est un polar suédois. Viols incestueux d’enfants, enfants soldats du Sierra Leone et personnalités dissociatives en sont les trois piliers. Mais c’est extrêmement bien foutu, bien écrit, bien construit. Entre Sofia, la psy spécialisée dans les traumatismes des enfants (notamment, anciens enfants soldats) et les personnalités dissociatives (dont Victoria Bergman, jeune femme violée enfant par son père) et Jeannette la fliquette investie qui a une histoire de couple compliquée et tous les personnages annexes, on est totalement pris au jeu et on arrive au bout sans avoir vu le temps passer. Très bien documenté par ailleurs, ce roman policier est plus riche qu’on pourrait le penser de prime abord. Un très bon polar, donc.

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Le lecteur de cadavres – Antonio Garrido, traduit de l’espagnol par Alex et Nelly Lhermillier (751 pages)

Inspiré du premier médecin légiste de l’histoire, Song Ci, ce roman retrace la culture chinoise au 13ème siècle au travers d’enquêtes, de leur résolution et de trahisons.

Aujourd’hui, certains préceptes de ce médecin extrêmement novateur sont toujours en pratique. Il a écrit un traité de médecine légale, visant à ordonner les observations et analyses pour apporter aux conclusions une rigueur jamais observée auparavant.

S’appuyant sur des connaissances anatomiques poussées, il a établi les premiers principes de cette discipline. Les histoires s’entremêlent habilement dans ce polar historique très fouillé, et très documenté.

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La daronne – Hannelore Cayre (176 pages)

J’ai lu avec immense plaisir ce roman acide et immoral sur une femme décalée, traductrice pour la police des stups, qui se met à dealer pour assurer un avenir à ses filles et payer l’Ephad où se meurt sa mère Alzheimer. Le film est très fidèle au roman, mais l’écriture mordante de Hannelore Cayre, et son regard acerbe sur le système judiciaire français apporte une pierre non négligeable à l’édifice. SI vous avez déjà croisé l’autrice, vous retrouverez son ton naturellement culotté. Il m’a semblé qu’elle est dans la vie aussi impertinente que dans ses écrits. Personnellement, je suis fan. Régalez-vous !

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Disko – Mo Malo (405 pages)

J’ai plongé dans cette deuxième aventure groenlandaise pour prolonger le plaisir de ces polars venus du froid. Cette fois, c’est un scientifique qu’on retrouve dans un tube de glace. Comment a-t-il bien pu se fourrer dans une telle situation ? Qaanaaq mène à nouveau l’enquête et il va à nouveau découvrir des pans de sa propre histoire.

Cette fois encore, l’intrigue nous porte et on retrouve sous une autre forme les ingrédients qui font l’intérêt du premier tome : la culture, l’écologie, la nature et l’enquête. J’ai acheté le suivant, même si je fais une pause. Addictif.

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Qaanaaq – Mo Malo (495 pages)

Voilà quelques années que je vois régulièrement passer les ouvrages de Mo Malo sur les réseaux, polars polaires qui ont l’air tentants, mais la vie passe, les livres s’accumulent et on met de côté dans nos Pal monstrueuses certains ouvrages dont on sait pourtant que le rendez-vous sera de qualité. L’année dernière, je devais accompagner l’auteur lors de sa visite aux Boréales, festival nordique en région caennaise mais sa visite a été malheureusement annulée.

Son premier opus est revenu sur le dessus de la pile et entre mes mains de façon tout à fait inattendue et fortuite, mais je n’ai pas été déçue. Qaanaaq, flic danois, revient sur la terre qui l’a vu naître pour une enquête sur des meurtres qui ressemblent à des attaques d’ours. Rapidement, son enquête va devenir aussi l’enquête de ses origines. Il y a ce qu’il faut de suspens, d’humour, d’écologie, d’histoire du Groenland et de culture locale pour plaire aux amateurs du genre. J’ai personnellement été totalement embarquée.