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Sang chaud – Kim Un-Su (469 pages)

Vous avez aimé le film « Parasite », palme d’or à Cannes ? Si sang chaud n’a rien à voir avec l’histoire de Parasite, je trouve que dans le cinéma coréen, comme dans sa littérature, on retrouve une touche qui l’identifie immédiatement. Matin Calme, la maison d’édition qui s’est spécialisée dans la littérature noire coréenne, nous livre ici un roman à mi-chemin entre le roman social et le roman noir. On suit des guerres de successions dans la mafia coréenne, et on découvre la société coréenne au travers de ses bas-fonds. Corruption, pouvoirs d’influences, protections. Même dans un milieu pourri, le caractère des protagonistes peut faire basculer l’histoire dans le chaos ou dans la paix. Huisu, le héros, anti-héros, est un voyou amoureux, gentil au fond, fidèle en amitié comme en amour, un bon gars s’il avait eu un père. Il se le répète comme un mantra tout au long de l’histoire, comme pour se persuader que s’il a mal tourné, c’est à cause de cette figure paternelle manquante. Mais Huisu n’est pas un tendre et quand son boss et père spirituel lui demande d’exécuter de basses besognes, il s’y colle sans hésitation. Bref, on se plonge avec délices dans le stupre et la luxure dans ce roman à part. Lisez du coréen, regardez du coréen, ça ne ressemble à rien d’autre.

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Service Action – Cible Sierra – Victor K. (333 pages)

Le Service Action, c’est la branche armée des services secrets français. Leurs missions : Assurer la sécurité de la France, en particulier de son chef d’Etat. J’imagine que les trente dernières années ont tout vu changer dans ces métiers. L’apparition des téléphones portables, des réseaux sociaux, ont considérablement amplifié les phénomènes d’entraînement des populations. Ce n’est aujourd’hui plus un secret pour personne : Facebook a influencé les élections aux Etats-Unis, les personnes qui prêtent allégeance à Daech sont en partie recrutées sur les réseaux également. Au travers de l’évolution d’une femme militaire, Victor K. raconte une mission, la cible c’est Sierra. Le but est de l’éliminer. Victor K. aime ses personnages qu’il élabore avec beaucoup de soin. C’est un très bon roman d’espionnage ultra moderne, et redoutablement efficace, jusqu’à la dernière ligne.

Merci à Victor et aux éditions Robert Laffont pour leur confiance.

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Le cas Van Noorden – Raphaël Passerin (144 pages)

Quatre corps dont trois salement amochés sont retrouvés chez un paisible professeur. Le reste du livre raconte l’histoire en la reprenant du début pour en expliquer la chronologie macabre. Un roman sur les rancœurs, les faux semblants y compris l’amitié, qui peut n’être qu’une façade, l’expression d’egos surdimensionnés. Un faux roman policier, car on ne saura rien de l’enquête.

Vous ne lâcherez pas le livre avant de l’avoir terminé et vous reprendrez le premier chapitre qui est la dernière étape de l’histoire, pour vous remémorer les détails de ce qui aura été découvert par les policiers.

Un livre malin et bien écrit, une forme d’hommage à Agatha Christie, selon moi.

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Une hirondelle dans la tête – Patrick Agostini (310 pages)

Un gourou de l’altermondialisme est terrassé par une crise cardiaque lors d’une conférence dans un théâtre obscur. Mais le corps disparaît. Que se cache t-il derrière cette étrange disparition ? Cela aurait-il un lien avec les anciennes activités de cet as de l’informatique ?
Patrick Agostini a ce don du langage, il a son univers de mots bien à lui, il les manie et s’en délecte avec poésie et précision, et son style magnifique et exigeant a un air de Pierre Combescot.
Ça peut dérouter sur les premières pages, mais vous serez rapidement happés par l’histoire et vous ne lâcherez pas ce livre avant d’en avoir décousu. Un très bon roman au style unique. Un ouvrage à ne pas manquer.

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Tuer le fils – Benoît Severac (280 pages)

Matthieu va être mis en examen pour le meurtre de son père, alors qu’il vient de sortir de prison pour un crime odieux. Pourtant il clame son innocence. Avec Benoît Séverac, même lorsque la vérité éclate, elle éclabousse tout et tout le monde et personne n’en sort indemne. Cette fois, avec tuer le fils, vous serez traînés dans la boue, à l’instar des suspects, des flics qui mènent l’enquête et de leur entourage. Aucun personnage n’est complètement blanc et peu sont totalement noirs, à l’instar de la vraie vie.

C’est ce que j’aime dans ses romans (Rendez-vous au 10 avril, Les Chevelues ) à la fois l’amour du métier pour les flics, et à la fois leur côté désabusé. A la fois leur volonté d’en découdre et à la fois l’envie de découvrir la vérité. Et leur vie, banale et emplie de réalités du quotidien, la famille, les difficultés du couple dans de tels métiers, leurs travers et leurs qualités. Il les peaufine avec beaucoup de douceur et beaucoup de brutalité. Bref tout cela est terriblement humain.

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Les refuges – Jérôme Loubry (391 pages)

La grand-mère que Sandrine n’a jamais connue et que sa mère disait folle vient de mourir. Elle doit se rendre sur l’île étrange où elle vivait avec une poignée d’autres habitants. Un huis-clos en plein air où l’ambiance ne cesse d’être oppressante.

Un roman très noir et très dur où Jérôme Loubry nous perd et nous enfonce dans une atmosphère de plus en plus étouffante, autour du poème de Goethe «le roi des Aulnes ».

Et quand on se dit que ce n’est pas très crédible, il nous fait tourner sur nous-même pour changer complètement de direction.

Préparez votre refuge, vous aurez besoin de réconfort pour survivre à ce thriller magistral.

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Mardi gras – Lainy Leang (135 pages)

Un écrivain de romans policiers très connu est invité à la Nouvelle Orléans. Chacun de ses déplacements est le théâtre de crimes calqués sur le pitch du roman qu’il vient d’écrire. Pourtant, il n’a jamais pu être confondu.

Un polar efficace comme un épisode des experts. L’histoire originale à la Nouvelle-Orléans pose en toile de fond les traumatismes liés à l’ouragan Katrina.

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La folle erreur de Don Cortisone – Didier Bertrand (249 pages)

Branle-bas de combat chez les créateurs de mode hyper connus, Léonardo et Michelangelo, Framboise, une de leurs employées a eu une idée de génie. Ils s’emparent de l’idée, Mafia à l’appui qui essaie de faire disparaître la belle. Heureusement, Framboise a plus d’un as caché dans sa manche, même quand elle est nue.

Un roman d’espionnage satirique, à la « l’espion qui m’aimait » ou « Spy » avec Jude Law. Vous sourirez des facéties de l’auteur qui truffe son livre pétillant et réjouissant de références diverses et variées. Vous y croiserez des Indiens Navajos peu recommandables, des mamas italiennes prêtes à tout et le terrifiant Don Cortisone qui gère d’une main de maître le réseau mafieux de Gênes, secondé par Luigi et Tonio, ses fils. Un bon moment de détente.

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Pour une heure oubliée – Frédéric Perrot (290 pages)

Entre passé, présent et futur, les chapitres s’alternent sur une histoire tragique : une femme est morte, assassinée. Et le coupable était tout trouvé. Pendant 19 ans, Emile ressasse cet acte qu’il a complètement oublié sous l’emprise d’alcool et de drogue. Sa vie a repris son cours, mais cette abomination le suit bien après la peine de prison qu’il a purgée. Pendant longtemps il a clamé son innocence, et puis, il a fini par accepter, pour accepter aussi le fait qu’il a été incarcéré. Mais une seule taffe, comme pour les vrais fumeurs, peut faire replonger.

Plus qu’un polar, ce livre qui se lit d’une traite est une réflexion profonde sur qui on est vraiment, quels sont les actes dont on est capable, comment vivre avec ça, et comment continuer à vivre après avoir commis l’innommable. Excellent.