Anaisthêsia – Antoine Chainas (340 pages)

Ambiance noire pour ce polar d’Antoine Chainas. Un flic noir originaire de Haïti, dans une équipe raciste a un accident avec la voiture de service dont il sort défiguré et insensible. Insensible, donc ne ressentant plus la douleur, mais aussi insensible, sans émotions, sans la moindre empathie. Il ne ressent plus rien, une sorte de zombie, un cas d’école pour le docteur qui le suit. D’ailleurs, n’est-il pas un peu mort, avec sa cicatrice qui sépare son visage en deux ?

Le livre avance au rythme de la poursuite de la tueuse aux bagues, mais que s’est-il vraiment passé le soir de l’accident ? Qui sont les bons ? Qui sont les méchants ? Quelles sont les véritables motivations de chacun pour avancer, pour vivre, ou mourir ? Antoine Chainas nous entraîne dans un univers sombre où il n’y a point de salut. C’est noir noir noir et commotionnant.

La fille de la supérette – Sayaka Murata (143 pages)

Ma copine Nadine n’aime pas les polars. J’avoue qu’en tombant sur cette couverture qui a un faux air de ses bricolages, je me suis tout de suite dit que c’était cet ouvrage qui devait être l’objet de ma prochaine chronique.

Ce tout petit bouquin a gagné l’équivalent du Goncourt au Japon. Il raconte l’histoire de Keiko, 36 ans, pas mariée, qui travaille depuis 18 ans dans une supérette, petit boulot à temps partiel. Au Japon, ne pas entrer dans le moule est terrible, mais finalement, c’est pareil partout. Les personnes qui ne sont pas casées après 35 ans et qui ne travaillent pas ou n’ont pas d’emploi stable sont regardées un peu de travers et tout le monde cherche tacitement ou ouvertement les raisons de cette ou ces différences. Keiko essaie de donner le change, de trouver des astuces pour que personne ne s’interroge vraiment.

Ce livre, assez banal en apparence met en évidence la difficulté d’être différent, quand il n’y a pas de raison rationnelle ou évidente à cette différence. Il remet en cause le jugement qu’on y apporterait naturellement. Déroutant.

La prétendue innocence des fleurs – Calderon et de Moras (357 pages)

Que dire d’un livre qu’on a du mal à lâcher et qu’on dévore en moins de deux ? Que c’est un bon livre ! Pour une première à quatre mains entre Franck Calderon et Hervé de Moras, c’est une franche réussite. Ce roman noir, plus que polar, est avant tout une histoire d’amour.

Le héros est juge d’instruction, ça change. Il est jeune, il est beau, il est très compétent et il est torturé par son histoire familiale. Huit ans plus tôt, il a amorcé un début d’histoire d’amour avec une pianiste qui lui laissait des messages codés en bouquets de fleurs.

Qui donc pouvait connaître cette histoire et lui remettre le même bouquet qu’il y a huit ans ? Pourquoi se réveille-t-il toutes les nuits à la même heure, le laissant un peu plus épuisé chaque jour ? Arrivera-t-il à faire tomber cet avocat pénaliste qu’il hait car il lui a fait rater sa première affaire, malgré son excellent travail ? Pourquoi le concerto en sol de Ravel revient-il le hanter, à l’instar de cette histoire sentimentale avortée dans l’œuf ? Qui lui a envoyé cette carte de menace ? Est-ce cette morte qui l’éloigne inexorablement de sa compagne actuelle, pourtant talentueuse et belle ?

De Paris à Nîmes, de Nîmes à Venise, Marc va se lancer dans un jeu de pistes où les messages sont des bouquets de fleurs qu’il faut déchiffrer, où le passé est présent, où les bons et les méchants s’enchevêtrent dans une partition magistrale. Enivrant.

La canne à pêche de George Orwell – François Bordes (97 pages)

Dans ce petit ouvrage, on parle de l’enfance et de la vision du totalitarisme par George Orwell. On y analyse 1984 par le biais des enfants, de la protection de l’enfance et du totalitarisme. On y parle aussi beaucoup d’un ouvrage moins connu d’Orwell, « un peu d’air frais ». Pour Orwell, ce qui pouvait nous sauver des turpitudes du monde, et en particulier du totalitarisme, tel qu’il le voyait arriver après la deuxième guerre mondiale et l’entrée dans la guerre froide, c’est la façon dont les enfants appréhendent le monde.

Si vous voulez vous replonger dans 1984 sans le (re)lire ou découvrir d’autres ouvrages de George Orwell, né Eric Blair – le saviez-vous ? – Voici un bon moyen en 100 pages à peine pour vous remettre à jour. Attention, il s’agit d’un essai, non romancé.

Il disait : « Je pense que c’est en conservant notre amour enfantin pour les arbres, les poissons, les papillons, les crapauds… que l’on rend un peu plus probable la possibilité d’un avenir paisible et décent. »

Total Labrador – Jean-Hugues Oppel (296 pages)

Je n’avais jamais lu Jean-Hugues Oppel avant. Pourtant il a écrit plein de livres, dont un, Six-pack, a été adapté au cinéma.
Pour tout vous dire je m’en faisais une joie absolue, d’autant que ma bibliothécaire préférée et mon libraire préféré avaient l’air de l’attendre avec impatience. Le titre était plein de promesses. Et je dois avouer que j’ai eu du mal à entrer dedans, voire à le terminer.

Entrer dans ce livre est compliqué car il est au départ extrêmement brouillon. On se doute que tous ces petits chapitres qui ont l’air décousu vont finalement amener à un patchwork qui aura du sens. La suite au contraire, est tellement évidente et limpide, qu’on se demande si ça vaut le coup d’aller au bout, parce que c’est cousu de fil blanc.

Après, dire que je n’ai pas du tout aimé serait faux, parce que l’auteur a un style plutôt amusant avec des petites blagues toutes les trois lignes. Là encore, au bout d’un moment, on a compris les ficelles, un peu faciles parfois. Les personnages sont attachants, et l’histoire se tient quand même. L’auteur semble cabotiner dans ce livre où il s’est sûrement bien amusé. J’avais un peu l’impression d’être dans un manga un peu léger, une sorte de barbe à papa, livre d’espionnage ou bien comique, d’où la couverture rose bonbon.

Bourré d’allusions à Mission impossible et aux films d’espionnage en général, les fans vont sûrement se régaler. Je n’étais peut-être pas dans le bon mood pour être vraiment accrochée, mais je pense que ce n’est pas son meilleur, il faudra que je réitère.
Un peu décevant…

L’heure des fous – Nicolas Lebel (343 pages)

Que lire après Norek ? Nicolas Lebel, bien sûr ! Voilà, je viens de découvrir Mehrlicht et son équipe, Latour, la mignonne petite bretonne, Dossantos, le colosse spécialiste du code pénal et Ménard, le stagiaire bouc émissaire qui tente de faire entrer un peu de modernité dans ce commissariat parisien.

Alors, je sais, je suis un peu à la bourre, parce qu’en ce moment, tout le monde ne parle que du dernier « Dans la brume écarlate », son cinquième, si je ne m’abuse, mais tant pis, j’espère que ce petit retour en arrière donnera envie à ceux qui ne le connaissent pas encore de le découvrir.

Par ailleurs, l’auteur est éminemment sympathique, drôle et intéressant, alors si vous avez l’occasion de le rencontrer en dédicace, n’hésitez pas une seconde !

Moi, en tout cas, ça me donne très envie de lire les suivants. Les personnages sont truculents, drôles, émouvants aussi, et les sonneries de portable qui reprennent des citations d’Audiard, c’est poilant.

Je suis sûre que vous ferez comme moi le rapprochement avec des évènements récents. Nicolas Lebel aurait-il des dons de voyance ? En effet, en 2013, bien malin celui qui aurait prédit que des gens modestes allaient se rassembler en masse pour mettre le bazar en France.

Mais L’heure des fous, ce n’est pas que cette histoire de SDF qui se fait poignarder, c’est aussi bourré de références culturelles, à Victor Hugo, notamment, qu’il cite à tout bout de champ.

Franchement, Audiard + Hugo, la classe totale, non ? L’histoire policière, dans tout ça, c’est presque un prétexte pour nous parler de plein d’autres choses, de notre société, de l’abus de pouvoir, de la culture, sous des aspects divers et variés. Un bon moment de suspense, en se cultivant et en souriant.

Concours !!!! 😊

Suite à la déferlante du dernier Norek, je vous propose de le gagner en concours. Pour participer, 3 possibilités, 3 fois plus de chances de gagner : Sur Instagram : s’abonner, liker la photo et commenter en taguant quelqu’un.

Sur Facebook : s’abonner à ma page, liker la publication et commenter en taguant quelqu’un.

Sur WordPress : s’abonner, liker et mettre un petit mot de motivation. Vous avez jusqu’au premier mai pour participer. À vos clics, prêts, partez !

Et la gagnante est Nathalie MAZZOLI! Bravo à elle

Surface – Olivier Norek (419 pages)

En cinq romans, Olivier Norek est devenu un incontournable du polar et a conquis un public de fans absolus, dévoués et prêts à tout pour le défendre bec et ongles (parfois bicolores, n’est-ce pas Aurélie ? 😉)

Après avoir assassiné un coéquipier dans Surtensions, Olivier Norek assassine quelques-uns de ses confrères dans ce roman, où comme dans les autres, grâce à son style fluide et la construction imparable de ses intrigues, on est totalement embarqué du début à la fin, quasi en apnée. Alors au détour d’un suspense haletant, on éclate de rire de ces petites facéties, et on se sent bien dans le cocon que représente le petit microcosme des auteurs de romans policiers. Cependant, l’apnée, on en a bien besoin dans cette histoire où un village englouti tient l’un des rôles principaux.

L’auteur change de capitaine, et c’est bien aussi, on s’attache tout de suite à Noémie Chastain, qui se retrouve écartée de son service après avoir été défigurée lors d’une mission. Elle n’a de cesse que de reprendre sa place au sein du 36, mais un incident qui s’avère être une enquête particulièrement complexe se produit dans le petit village de l’Aveyron où elle a atterri. Entre sa colère et sa tristesse, elle est consciente que sa reconstruction psychologique passera par la résolution de l’affaire. Plongeant !

Rendez-vous au 10 avril – Benoît Séverac (282 pages)

Quoi lire après Jubert ? Séverac bien sûr ! Ces deux écrivains rencontrés à Bloody Fleury romancent à deux ou quatre mains selon l’inspiration. J’ai choisi de les découvrir séparément, mais leur dernière création commune Wazhazhe a l’air vraiment top, et je pense que je me le procurerai un de ces quatre.

En 1920, la guerre de 14-18 est finie mais pour certains, mais pour notre anti-héros inspecteur, quelque chose s’est brisé du côté de Verdun. Alors quand un doute s’immisce dans une histoire de suicide et une crise cardiaque suspecte, dont les deux enquêtes ont été expédiées et bâclées, il n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat.

Mais que peut un inspecteur alcoolique et drogué contre les notables de l’école vétérinaire ou la femme d’un huissier respectable ?

Benoît Severac parvient, avec son style qui chante le bel accent Toulousain (on t’entend parler, Benoît !) à nous mettre dans le bain de la ville rose des années 20, où les gens s’expriment en patois ou avec des accents prononcés. Il nous met face à la fracture entre les notables et les petites gens, la campagne et la ville, les poilus et les planqués.

Les descriptions des paysages sont précises et elles ont la part belle dans le récit. L’histoire est originale, ça change des polars classiques et modernes, ici les empreintes digitales sont vérifiées à la lumière et à la main (on utilise la vérification d’empreintes depuis 1877 en France, le saviez-vous ?) et on y parle en francs… en anciens francs. Dépaysant !