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Ecchymose – Anne Monteil-Bauer (183 pages)

Comment raconter l’indicible et la honte d’avoir été une femme battue ? Dans une mise en abîme qui ressemble à une série de matriochkas, Anne Monteil-Bauer lève pudiquement le voile en racontant de façon détournée sa propre expérience douloureuse en utilisant une écrivaine publique qui raconterait de façon romancée et en utilisant l’artifice de ce que la voisine entend au travers de la cloison, l’histoire d’une femme qui vient lui raconter sa vie.

Même si cela fait des années que Jeanne est sortie des griffes du monstre, elle peine à trouver comment poser des mots sur ce qui lui est arrivé. Comment raconter qu’on est une femme libre, féministe, même, et qu’un homme éduqué, a priori fou amoureux est en fait un monstre qui la cogne dès qu’elle pourrait briller sans lui. A force, Jeanne se transforme en une poupée de chiffons, terrifiée et incapable de raisonner.

En 2005 où ce livre a été écrit, 72 femmes mourraient en France de violences conjugales. En 2019, elles étaient 146, soit plus du double. A part lui inventer un mot : le féminicide, la France régresse d’année en année à ce sujet. Joyeux Noël, Félix.

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La cuillère – Dany Héricourt (235 pages)

Le père de Seren est mort brutalement. A côté de sa tasse, elle trouve une cuillère en argent avec des armoiries qu’elle ne se rappelle pas avoir déjà vue. D’où vient-elle ? La jeune fille va partir sur les traces de cette cuillère qu’elle dessine compulsivement pour oublier son chagrin. Dans ce road trip doux amer, où il ne se passe presque rien, Seren part avant tout à la recherche d’elle-même. A-t-elle un trésor à découvrir au bout de ce chemin ?

L’histoire d’une famille, de cultures entremêlées autant qu’entrechoquées (Pays de Galles, Angleterre, France) dont l’auteur se moque tour à tour, est racontée au travers d’un objet du quotidien. On apprend beaucoup de choses sur l’objet “cuillère” en tant que tel au passage. C’est à la fois doux et gourmand, mais aussi acide et amer comme un été dans un pays inconnu que l’on découvre seul. Une belle découverte.

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La petite conformiste – Ingrid Seyman (189 pages)

Comment vivre dans une famille de soixante-huitards de gauche quand on est une petite fille conformiste ? Quand Esther voit ses parents qui s’engueulent très fort et se réconcilient tout aussi fort sur le canapé du salon, elle a envie de vomir et part classer ses livres dans sa chambre. Elle déteste son père et voudrait bien que sa mère se libère de l’amour qu’elle éprouve pour cet homme hypocondriaque et maniaque qui pourrit la vie de toute la famille.

L’histoire est brillamment racontée avec un humour cru et décalé qui reflète la vision que cette petite fille puis ado porte sur sa famille, la religion, la politique et la vie en général. Mais l’autrice fait aussi le constat amer qu’on n’est jamais complètement libre, ni libéré, que le poids de notre histoire familiale pèse invariablement sur nos choix de vie. Ce qui est raconté avec la légèreté de l’enfance est en fait atrocement triste.

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Laurent Guillaume

C’est la magie de Noël ! Un petit cadeau juste avant les fêtes avec l’excellent Laurent Guillaume qui s’est gentiment prêté au jeu de un auteur, trois livres. Ancien lieutenant de police, il a été tour à tour commandant d’une unité mobile de sécurité dans le Val de Marne, spécialisée dans l’anti criminalité et les violences urbaines (expérience qui lui a inspiré son premier roman, “Mako”), puis chef de groupe aux stups, conseiller du directeur général de la police locale pour les affaires de lutte contre le trafic de stupéfiants  au Mali et enfin, revenu en France, il est affecté à la brigade financière. Depuis 2012, il se consacre à l’écriture de romans policiers et de scénarios. Lorsqu’il n’écrit pas, Laurent Guillaume exerce une activité de consultant international de lutte contre le crime organisé, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Merci pour ta participation à ma rubrique.

– Quel est le livre qui a marqué ton enfance ou ta jeunesse ?

Les livres de Fénimore Cooper et surtout de Jack London ont marqué mon enfance. Ils m’ont sorti de la bibliothèque verte pour me confronter à des problématiques d’adulte. Chez London, « l’appel de la forêt » et « Croc blanc » ont développé chez moi un désir de la littérature des grands espaces que j’ai satisfait plus tard avec d’autres auteurs américains comme Cormac McCarthy et Larry McMurtry. Mais si je devais ne citer qu’un roman ce serait « Croc blanc » de London, plus confidentiel que « l’Appel de la Forêt » dont il est une sorte de négatif parfait. Les romans de la nature chez London renvoient souvent à l’affrontement de l’inné et de l’acquis, sans cesse en opposition. Enfant je l’avais ressenti sans toutefois en percevoir toute la complexité. Dans Croc blanc, il y a deux lectures possibles, la première à hauteur de l’enfant et la seconde au niveau de l’adulte. C’est probablement ce qui en fait un roman universel.

– Quel est ton classique de chevet ?

« Les racines du ciel » de Romain Gary. Premier roman écologiste, l’écriture est sublime et les personnages inoubliables. C’est pour moi un véritable chef-d’œuvre même si le terme a tendance à être galvaudé. J’admire le combat de Morel, ancêtre des écolos Warriors et personnage habité par sa lutte: la défense des éléphants d’Afrique.  

– Quel est le livre que tu n’as jamais terminé ?

« À la recherche du temps perdu », de Proust. Jeune adulte j’avais décidé de gravir cet Annapurna romanesque, un peu comme un défi sportif, mais j’avais abandonné dans la façade nord du côté de chez Swann. Le truc m’avait scié les bras et dissous la volonté. Jamais un bouquin ne m’avait tant fait chier. 
Pour moi Proust c’est un peu comme les huîtres, tout le monde adore et s’en délecte à grand renfort de bruit de bouche et d’yeux révulsés d’extase. Tant de plaisir chez mes amis finissait souvent par me convaincre d’essayer à nouveau et, invariablement, comme les huîtres, le truc était mou et trop salé et me filait la gerbe… Il me fallut des trésors de volonté pour ne pas le régurgiter. Je tiens à préciser qu’une fois je suis allé jusqu’à la page 200, ce qui n’était pas un mince exploit. 

Bibliographie

  • Mako (Les Nouveaux Auteurs, 2009,  Le Livre de poche, 2010)
  • Le Roi des crânes (Les Nouveaux Auteurs, 2010)
  • La Louve de Subure (Les Nouveaux Auteurs, 2011)
  • Doux comme la mort (La manufacture de livres, 2012) 
  • Les Eaux troubles (Le Roi des crânes) ( Le Livre de poche, 2012)
  • Black Cocaïne (Denoël, coll. Sueurs froides, 2013, Gallimard, coll. « Folio policier », 2015)
  • Delta Charlie Delta (Denoël, coll. Sueurs froides, 2015)
  • Bronx – La Petite Morgue (French Pulp éditions, 2017)
  • Là où vivent les loups (Denoël, coll. Sueurs froides, 2018)
  • Africa Connection – La criminalité organisée en Afrique (La manufacture de livres, 2019)
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Mes amis – Emmanuel Bove (199 pages)

Victor est rentré invalide de la guerre de 14-18. Sa maigre pension lui permet de subsister chichement sans travailler, mais il se sent terriblement seul et donnerait tout pour avoir des amis.

De rencontre ratée en attentes démesurées vis-à-vis des personnes qu’il croise, Victor est toujours déçu.

Ce livre raconte la solitude comme jamais, avec une douce mélancolie et l’amertume des frustrés. Grâce aux éditions de l’arbre vengeur, ce petit opus découvert par Colette en 1924 est un bijou ressorti de l’oubli. Merci à eux  pour leur confiance.

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Cyber crimes – Pierre Penalba (271 pages)

Pierre Penalba a été pionnier dans la police spécialisée dans la cybercriminalité. Pour tous ceux qui fustigent les policiers sans discernement, sachez qu’il y a quand même à la base, des hommes et des femmes qui sont là pour vous défendre et vous protéger. Avec Abigaelle, son épouse, il raconte des anecdotes, certaines presque comiques, d’autres franchement épouvantables (est-ce utile de rappeler que ce genre de service s’occupe entre autres du dark web et de la pédocriminalité ?). Les histoires les plus insupportables préviennent le lecteur en préambule.

Souvent, à la fin d’une histoire, il y a un certain nombre de conseils pour se protéger, ou se défendre quand on a été cyber-attaqué. C’est donc très pédagogique, en plus d’être divertissant.  Il y a beaucoup de notes de bas de pages pour les super novices, sûrement un peu trop pour nos jeunes qui en connaissent déjà un rayon. C’est en tout cas un livre à mettre entre toutes les mains, pour prévenir, car on peut tous être victime un jour ou l’autre. C’est par ailleurs très bien écrit, et j’ai hâte de lire leur prochain livre. Merci à Pierre et Abigaelle pour leur confiance.

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Wilbur ou serial liver – Frédéric Perrier (123 pages)

Un vieux flic part à la retraite et son remplaçant décide de déterrer un “cold case”, une histoire jamais résolue. Neuf meurtres en neuf mois, entre septembre 1982 et mai 1983, neuf hommes, tués d’un coup de couteau dans le foie. On apprend au fur et à mesure des chapitres qui sont ces hommes assassinés et on découvre une histoire de vengeance a posteriori… qui cache une histoire bien pire encore.

C’est un premier roman noir qui tient la route à défaut de tenir longtemps le suspense. Mais je ne pense pas que ce soit le but premier de l’auteur. Comme disent les profs qui veulent encourager les élèves qui ont fait un effort louable : Persévérez !