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Natacha Diem

Née en Belgique, Natacha Diem vit à Paris depuis vingt ans. Elle travaille dans le milieu de l’audiovisuel. Elle écrit des scénarios et des nouvelles, et elle dessine. L’invention d’Adélaïde Fouchon est son premier roman et elle travaille déjà sur le second. 

Elle nous dit écrire avec des images, avec son corps; avec des sensations aussi. Elle travaille en ayant des photos dans la tête, déformation professionnelle. S’il y a une part autobiographique, où elle s’est parfois inspirée de souvenirs de son enfance pour les chapitres d’Adélaïde petite fille, et bien qu’elle insère aussi des réflexions de la femme qu’elle est, il s’agit bien d’un roman. Je remercie Natacha pour sa participation à un auteur, trois livres.

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

Très jeune, j’étais éprise des contes d’Andersen, dont un en particulier : Les Fleurs de la petite Ida. Des fleurs qui vont au bal pendant que les hommes dorment, c’était magique. Je comprenais enfin pourquoi les fleurs fanaient.

Ensuite, Il y a deux livres qui ont marqué mon enfance. Le premier est L’Appel de la forêt, de Jack London, et le second, plus tard, au moment de l’adolescence, le Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Il y a également eu pas mal de nouvelles d’Edgar Allan Poe.

J’étais révoltée par la cruauté des hommes en lisant L’Appel de la forêt. Et pour la première fois, je me suis rendu compte de toute la violence dont ils étaient capables. Ce roman m’a bousculée et m’a fait mal. 

Concernant le Portrait de Dorian Gray, bien que je pense n’avoir pas saisi toute la profondeur et la noirceur de ce roman, j’étais fascinée par le personnage de Dorian et le lien qui se tissait entre l’âme et le corps. Les miroirs m’ont même effrayée pendant quelque temps.

Quel est votre classique de chevet ?

Mon livre de chevet ? Je ne pense pas en avoir. Il y a tant de livres que j’ai aimés, même adorés. Par contre, il n’y a que quelques livres que je relis avec plaisir, dont plusieurs de Stefan Zweig, La Pitié dangereuse en particulier. Ah si ! il y a un livre qui m’a tellement emballée que j’ai eu envie de le relire tous les ans (même si je ne le fais pas) : Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt. Je rechignais un peu à lire cette autrice car je la voyais plus comme l’épouse de Paul Auster que comme une écrivaine. Et je me rappelle avoir dévoré ce roman tout en acceptant de m’y perdre. J’étais à la fois accro et perdue dans un labyrinthe. J’ai relu récemment Le Monde selon Garp de John Irving. Fantastique. Actuellement, je relis Bonjour Tristesse, de Sagan, et j’alterne avec Blonde, de Joyce Carol Oates. Et sur ma table de nuit, il y a également le prix Goncourt 2018, Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu. Ce n’est pas facile de répondre à toutes ces questions, il y a tellement de romans que j’ai adorés, et j’ai une très mauvaise mémoire, j’oublie très vite. C’est gênant, mais salvateur dans certains cas.

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé ?

Belle du Seigneur et À la recherche du temps perdu en font partie. Cette confession me désole et m’embarrasse encore plus étant donné qu’ils sont deux monuments de la littérature. Promis, je réessaye :). 

Bibliographie

  • L’invention d’Adélaïde Fouchon (Editions Piranha, 2020)
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Romuald Giulivo

Romuald Giulivo a démarré sa carrière comme architecte naval. Il a écrit plusieurs ouvrages pour la jeunesse avant d’écrire l’île d’elles, son premier roman pour adultes. Il dit qu’il est un jour passé devant le panneau qui annonçait ce lieu et qu’il s’est dit que ça faisait un très bon titre pour un livre.  Pour lui, un livre commence par le titre, l’histoire vient après. Merci à Romuald pour sa participation à “un auteur, trois livres”

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

Je suis devenu lecteur assez tardivement, passant d’un jeune garçon qui s’intéressait avant tout au cinéma classique à un dévoreur de littérature. Beaucoup d’écrivains, de romans, sont donc arrivés en même temps, dans cette tempête de l’adolescence, et m’ont marqué durablement. Zone érogène est sûrement l’un des premiers. Djian m’a fait découvrir par des références tout un pan de la littérature nord-américaine. Puis pas mal de vocabulaire aussi. C’est des années plus tard, en m’y mettant moi aussi, que j’ai découvert qu’être écrivain ne se résumait pas en fait à boire des bières dans le soir triomphant pendant que des filles en petite culotte arpentent votre appartement.

Quel est votre classique de chevet ?

Un classique par lacune, en vérité. Îles à la dérive est un texte posthume d’Ernest Hemingway que j’aime énormément, un assemblage de trois novelas autour du thème de la mer. Initialement, ce roman étrange contenait une quatrième partie, que Hemingway a finalement extraite en abandonnant le projet d’ensemble et a publiée à part. Ça a donné Le Vieil Homme et la Mer.

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé ?

J’ai toujours eu du mal avec l’injonction à terminer un livre, notamment les classiques. Je crois que l’on peut avoir lu un livre en en sautant des passages ou sans arriver à la fin, je ne vois pas le problème. Par exemple, je n’ai pas terminé L’Homme sans qualités, je me suis arrêté au premier tome quand c’est pourtant l’un des ouvrages qui m’a le plus marqué. C’est un livre qui n’est pas fait pour être terminé. Robert Musil n’a même pas terminé de l’écrire d’ailleurs…

Bibliographie

Roman adulte

  • L’île d’elles (Anne Carrière, 2020)

Romans jeunesse

Le Sourire de sang, (Bayard jeunesse, 2001)

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Benoît Séverac

Benoît Séverac a grandi aux pieds des Pyrénées et il est devenu toulousain à l’âge de 18 ans. Il a été tour à tour guitariste-chanteur, comédien, ouvrier saisonnier agricole, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur en Angleterre, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Il s’est formé à la dégustation de vin en Alsace, est diplômé du Wine and Spirit Education Trust de Londres et il enseigne aujourd’hui l’anglais à l’école vétérinaire de Toulouse ainsi qu’au Diplôme National d’œnologie. Il a cofondé avec Victor del Arbol et Gildas Girodeau les Molars (association internationale des motards du polar).

Il publie à la fois des romans noirs et policiers pour les adultes à La Manufacture de Livres (repris chez Pocket en format de poche) et pour les ados chez Syros.

Ses dernières parutions sont Le jour où mon père a disparu, un roman noir ado aux éditions Syros (janvier 2020) et Tuer le fils, un roman policier aux éditions de La Manufacture de Livres (février 2020). Son Rendez-vous au 10 avril est un roman qui utilise le polar comme prétexte pour explorer les traumatismes des survivants de la première guerre mondiale. Les chevelues se déroule aux temps de la Gaule romaine. Son prochain roman, écrit en Oklahoma chez les Indiens Osages à quatre mains avec Hervé Jubert et qui a pour titre provisoire Skiatook Lake paraîtra aux éditions Le Passage en mars ou avril 2021. 

Quel est le livre qui a marqué ton enfance ou ta jeunesse ?

J’avais 8 ans : L’appel de la forêt de Jack London. Une grande claque. Un roman qui contient tout : l’esprit d’aventure, la découverte et le dépassement de soi, la confrontation de l’Homme à la nature, de l’Homme à l’Homme, la lutte entre éducation et instinct, la transgression et l’affranchissement de la morale… Aujourd’hui, après l’avoir relu plusieurs fois à différents moments de ma vie (adolescence, jeune adulte etc.), je comprends pourquoi il m’a marqué. Même si, à huit ans, je n’en ai pas saisi toute la portée, j’ai senti que j’avais affaire à quelque chose de majeur. Ce roman me fait aussi comprendre pourquoi j’écris comme j’écris. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne me compare pas à Jack London ! Mais on écrit comme on aime lire, finalement ; des tas de choses s’expliquent chez un écrivain à travers le prisme de ses lectures.

Quel est ton classique absolu ?

Question très difficile. La réponse est périlleuse, parce que choisir, c’est exclure. Mais puisqu’il en faut un… Barry Lyndon de William Thackeray. Pour la construction (comme un road movie, finalement), la langue, le rythme et l’étude humaine. Il y a dans le roman picaresque un souffle, un élan, que j’aime retrouver dans les romans contemporains.
Sans les comparer, je mettrais ce roman au même niveau que Le hussard sur le toit de Giono.
Je me rends compte qu’avec L’appel de la forêt, on est toujours dans le schéma « aventure, étude psychologique, drame humain ». J’y étais sensible à un très jeune âge ; cela ne m’a pas quitté, visiblement.

Quel est le livre que tu n’as jamais terminé ?

Under the volcano de Malcom Lowry. Trop déstructuré. C’est à cette occasion que je me suis rendu compte que je n’avais aucun pouvoir d’abstraction et que j’étais au fond un lecteur (et un écrivain) très linéaire, très rationnel, qui n’aimait pas (ou ne saisissait pas) les allers-retours, les touches pointillistes, les aberrations à qui seules les associations d’idées peuvent donner un sens… La poésie pour la poésie, je n’y arrive pas. Il faut que la poésie raconte une histoire. Je suis conscient que Lowry en a raconté une, mais je n’en ai pas identifié le récit.
Pour moi, Under the volcano s’apparente à du free jazz. Je comprends le plaisir que le musicien peut en tirer, l’état de transe dans lequel le travail du son pur peut mettre le musicien, mais en tant qu’auditeur, je me sens exclu de la performance.

Bibliographie

Romans adultes

  • Les Chevelues (Tme 2007, 10-18 Grands Détectives 2019)
  • Rendez-vous au 10 avril (Tme 2009, Pocket 2018)
  • Arrête tes six magrets (Baleine 2015 collection Le Poulpe)
  • On peut pas faire ça à Guy Novès (Court Circuit 2016)
  • Trafics (La manufacture de livres 2016 sous le titre de Le Chien arabe, Pocket 2017)
  • 115 (La manufacture de livres 2017, Pocket 2019)
  • Wazhazhe co-écrit avec Hervé Jubert. (Éditions Le Passage 2018)
  • Tuer le fils (La Manufacture de Livre 2020)

Romans jeunesse

  • Silence (Syros 2011)
  • Le garçon de l’intérieur (Syros 2013)
  • L’homme-qui-dessine (Syros 2014)
  • Little sister (Syros 2016)
  • Une caracane en hiver (Syros 2018)
  • Le jour où mon père à disparu (Syros 2020)
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Benoît Vitkine

Benoît Vitkine est journaliste au Monde depuis 15 ans, correspondant à Moscou. Il a obtenu le prix Albert Londres pour ses articles sur la guerre en Ukraine, qu’il suit depuis le début, en 2014. Son premier roman, Donbass, était l’occasion pour lui de nous parler un peu mieux de cette région qu’il connaît bien, afin de nous rapprocher d’un conflit dont on parle peu, alors qu’il se déroule quasiment à nos portes.  Il prépare un deuxième livre, où l’Ukraine est à nouveau au coeur du récit. Il veut cette fois nous montrer « l’autre face » : Kiev, la corruption, les oligarques, ces requins qui aiment la lutte et se bouffer entre eux plus encore que l’argent… Avec une héroïne aux faux airs de Ioulia Timochenko, une dure qui veut s’imposer dans un monde d’hommes, prête à tout ou presque pour conquérir, survivre… L’histoire commence le soir de sa victoire à la présidentielle.

Il y a un côté romantique, extravagant, chez ces gros poissons, mais aussi une réalité derrière, celle de pays condamnés à stagner…On a hâte. Benoît me fait à son tour l’honneur de répondre à ma rubrique, un auteur, trois livres.

Quel livre a marqué ton enfance, ta jeunesse ?

Sans remonter jusqu’à l’enfance, toute l’oeuvre d’Isaac Bashevis Singer a marqué ma jeunesse. C’est sans doute lui qui, le premier, m’a donné envie d’écrire. J’ai eu la sensation, aussi, de grandir avec lui : à l’adolescence, les histoires tarabiscotées mais quand même un peu gentillettes du shtetl, du folklore juif d’Europe orientale ; la Pologne de l’entre-deux guerres, ce monde sur le point de disparaître ; et plus tard, ce thème que l’on retrouve chez plusieurs écrivains, l’émigration aux Etats-Unis et cette focalisation sur le sexe, un monde en soi qui s’ouvre… Je me dis souvent qu’il faudrait que je le relise, mais j’ai peur d’être déçu!

Quel est ton classique de chevet ?

Svetlana Alexievitch. Pas un livre en particulier, là encore, mais toute son oeuvre. C’est probablement elle qui m’a donné envie d’exercer mon métier de journaliste, elle qui transmet mieux que personne le tragique et la beauté de cette zone sur laquelle je travaille. C’est elle aussi qui m’a donné envie, dans « Donbass », de parler de la guerre soviétique en Afghanistan.

Quel est le livre que tu n’as jamais terminé ?

Le Nouveau Testament. L’Ancien, ça va, mais le Nouveau je ne l’ai jamais terminé.

Bibliographie

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Nicolas Mathieu

Après des études d’histoire et de cinéma (dont il dit : « Je venais d’Epinal, on n’était pas bien conseillés, je me suis orienté par rapport à mes goûts, je n’ai pas visé des études qui m’apporteraient un travail rémunérateur), passionné par la sociologie, et au cœur des drames des fermetures successives des entreprises de sa région, il écrit d’abord un premier roman, Aux animaux, la guerre qui traite de ce sujet douloureux. Son deuxième roman, Leurs enfants après eux obtient le prix Goncourt en 2019. Il évoque également une région sinistrée et des ados plus ou moins paumés qui survivent dans une ambiance terne où l’avenir et les lendemains ne chantent pas beaucoup.

Nicolas me fait l’honneur de poursuivre ma rubrique, un auteur, trois livres, en nous confiant le lecteur qu’il est :

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

J’étais très fan de Sherlock Holmes quand j’étais petit. Donc le livre qui m’a peut-être le plus marqué, c’est un vieux recueil de nouvelles de Conan Doyle, je crois.

Quel est votre classique de chevet ?

Voyage au bout de la nuit. ça fait partie des livres que je relis. Et c’est resté pour moi un sommet, un livre qui a changé ma vie. Après la question est un peu traitre, parce que le livre de chevet, est-ce c’est celui qu’on aime le plus, ou celui qu’on pose sur sa table de nuit, pour l’avoir sous la main quand on se réveille au milieu de la nuit? Dans ce deuxième cas de figure, j’aime bien les correspondances, les chroniques et les journaux. Bernard Frank, Flaubert ou Matthieu Galley.

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé?

Il y en a beaucoup, mais celui sur lequel je me suis vainement acharné, c’est Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry. Rien compris.

Bibliographie

  • Aux animaux la guerre
  • Leurs enfants après eux

Frédérique Deghelt

Frédérique Deghelt photo © Astrid di Crollalanza

Frédérique Deghelt photo © Astrid di Crollalanza

Frédérique Deghelt a écrit une douzaine de romans. Parmi eux, La grand-mère de Jade est une ode bouleversante à la lecture dans l’histoire et en particulier dans l’histoire des femmes, car lire à une certaine époque, c’était avoir une activité oisive et donc répréhensible. Jade part récupérer sa grand-mère dans un Ephad malsain où elle se meurt. (toute référence à l’actualité récente est fortuite) Démarre une cohabitation entre deux femmes de milieux différents, de générations différentes.

Vous vous rappelerez peut-être également La vie d’une autre, qui a été adapté au cinéma avec Juliette Binoche. Vous ne lâcherez pas cet ouvrage avant de l’avoir terminé ! Une femme se réveille un matin chez un homme rencontré la veille. Mais tout semble vraiment étrange ce matin-là.

Je me suis demandée pourquoi je ne l’avais pas plus lue, tellement sa plume nous transporte d’émotions en émotions. Si j’en crois sa bibliographie, toujours de beaux portraits de femmes. Avant de rattraper cette lacune, notamment avec son dernier ouvrage Sankhara, sorti juste avant le confinement, Frédérique Deghelt me fait l’honneur de démarrer cette nouvelle rubrique un auteur, trois livres :

Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

Le tout premier livre où j’ai eu cette sensation d’aventure et d’évasion, Le club des cinq dans l’île au trésor, j’avais 7 ans peut-être 8… Puis évidemment à l’adolescence, les soeurs Brontë, Jane Eyre, les hauts de Hurlevent, Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell… Mais aussi Steinbeck, Et les écrivains voyageurs, Jack London, Moby Dick, de Melville… Le lion de Kessel et j’ai une adoration pour les écrivains aviateurs, St Exupéry, Romain Gary… J’étais une grande fan d’Agatha Christie… et du genre polar… De Steeman moins connu mais très adapté au cinéma. Il y a eu ce livre vers 20 ans qui m’a fait prendre conscience que j’avais une écriture tant il me ressemblait et m’était conseillé par quelqu’un qui m’avait lue : Ecarlate de Christine Pawlowska … Je ne sais pas choisir en terme de lecture… 

Quel est votre classique de chevet ?

La poésie toujours. Les fleurs du mal, Emilie Dickinson, Victor Hugo…

Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé ?

Je ne les nommerai pas. Quand un livre me tombe des mains, même si ça reste personnel, je n’ai pas envie de citer son auteur ou son titre. Si le livre est considéré comme un chef d’oeuvre, et que je n’arrive pas à le terminer, alors je le relis plus tard et cette fois je le termine.

Bibliographie

  • Mistinguett, la valse renversante
  • Agatha
  • Cassée
  • Libertango
  • L’œil du prince
  • Le voyage de Nina
  • Les Brumes de l’apparence
  • La nonne et le brigand
  • La grand-mère de Jade
  • La vie d’une autre
  • Sankhara