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Tableau final de l’amour – Larry Tremblay (200 pages)

Je ne peux pas dire que je suis une grande fan de la peinture de Francis Bacon. Je ne peux pas dire que je connais bien cet artiste que j’ai à peu près découvert par hasard cet été en visitant le musée de Dublin où son atelier, véritable foutoir chaotique (il disait ne pouvoir créer que dans le chaos) a été déménagé de Londres pour être reproduit à l’identique. Sa peinture, violente et torturée ne me parle pas beaucoup.

Mais ce livre, pourtant pur roman, inspiré de la vie de l’artiste, nous apporte un éclairage sur son processus créatif très intéressant. L’auteur, bien documenté, imagine une version crédible du cheminement intellectuel du peintre. Tout en gardant la conscience et donc la distance nécessaire sur l’aspect biographique, j’ai l’impression de mieux comprendre cette œuvre difficile. Une vraie réussite.

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La dame d’Alexandrie – Yasmine Khlat (116 pages)

Je suppose que ceux qui auront aimé auront trouvé ce texte beau, éthéré et poétique. Je dois avouer être passée à côté du côté beau, éthéré et poétique. Le scénario est digne d’une série télévisée française, pas vraiment crédible, à l’ambiance lourde de non dits et de sous entendus qui m’ont mise mal à l’aise. Et le style rose poudré m’a semblé trop rose et pas assez poudré.
Cela dit, si je reconnais que ce n’est pas pour moi, je peux comprendre ceux qui se seront laissés bercer par ce court roman.

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La confusion des sentiments – Stefan Zweig traduit de l’allemand par Olivier Mannoni (165 pages)

A une époque où l’homosexualité était interdite et réprimée dans la plupart des pays, et même quelques années plus tard, punie de déportation, écrire un roman sur un notable homosexuel était sûrement très osé, révolutionnaire et audacieux.  

Aujourd’hui, cette histoire de prof amoureux de son élève et marié par convention semble un peu désuète pour un public moderne. Pour autant, le style de Zweig nous emporte dans son histoire et nous brosse un tableau de la jeunesse allemande des années 20. Et ce petit classique reste un bijou d’écriture.

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Un jour, ce sera vide – Hugo Lindenberg (172 pages)

Un enfant mal dans sa peau est en vacances chez sa grand-mère en Normandie. Lui qui ne se fait jamais d’amis va rencontrer Baptiste, avec lequel il va devenir inséparable. Tout en Baptiste le fascine, son physique, son aisance, sa famille unie, sa mère si belle. Il essaye de lui ressembler en tout. J’ai adoré le style poétique et éthéré des évasions rêvées de l’enfant. Son rejet de sa famille, malgré l’amour qu’il porte à sa grand-mère, ses angoisses, et son admiration pour ce nouvel ami sont magnifiquement retranscrits. L’écriture, vraiment, est magnifique. Mais j’ai été terriblement frustrée par les deux derniers chapitres. C’est volontaire de la part de l’auteur de nous perdre dans l’incertitude, mais c’est pour ma part un regret, et vraiment le seul, car tout le reste est pour moi extrêmement réussi.

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Bel Abîme – Yamen Manai (111 pages)

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un livre claque pareil. En quelques pages à peine, Yamen Manai nous dépeint une société et ses aberrations, l’amour et la haine, la situation d’un pays. Un jeune est en garde à vue avec la rage au ventre. Il éructe sa colère avec une précision et une acuité empreintes d’à-propos. Chaque mot est précis, utile et essentiel.
Tout y est nécessaire. C’est exceptionnel. On lit en apnée ce court roman magnifique.

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Mahmoud ou la montée des eaux – Antoine Wauters (130 pages)

Mahmoud le Syrien raconte son histoire par petites touches poétiques et l’histoire de sa ville qui a été engloutie sous les eaux par une décision de Hafez el-Assad, le père de Bachar. Il raconte ses amours, ses peines, en évoquant de façon sibylline – voire avec des notes de bas de page – la situation de son pays en ruines. En vers libres, ce livre a obtenu le prix du livre Inter. Il n’a pas vraiment besoin de moi, donc, pour en faire l’éloge.

J’aime habituellement les petites histoires dans la grande. Cette fois, je suis restée sur ma faim sur la grande et restée sur ma faim sur la petite. Le style qui se veut exigeant au début se délite à mon sens au fur et à mesure. Finalement, ce livre me laisse plutôt perplexe sur ses tenants et aboutissants.

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Balance ta haine – Ludovic-Hermann Wanda (311 pages)

Il y a des livres, parfois, avec lesquels la rencontre n’a pas lieu. Parfois, ça n’a aucune importance. Mais cette fois, je suis vraiment triste, car j’ai gagné ce livre, je l’ai voulu, j’avais très envie de le lire, et le petit mot de Gilles Rozier, l’éditeur, était très touchant. Je me suis donc plongée dedans avec une confiance aveugle, heureusement épaulée par la divine @valsemelancolie qui m’a soutenue tout le long de ce qui a ressemblé à une épreuve.

Alors oui, l’auteur est volontairement provoc’ et bien sûr, on ne saurait taxer ni les éditions de l’Antilope ni l’auteur de racisme ou d’antisémitisme ni même de misogynie. Alors oui, ok, on est dans du second degré, voire du troisième, ou même du quinzième. N’empêche. Si Zemmour, ou Laurent Obertone, cités tous deux dans l’ouvrage écrivaient ce genre de lignes, ils seraient applaudis des deux mains par l’extrême droite et fustigés par la gauche bien-pensante. C’est voulu ? Très probablement, l’auteur veut choquer, veut nous offusquer, et voir nos petites bouches s’arrondir dans des « o » outrés. Mais quand même. Je ne peux adhérer à un diable qui dédouane et qui finalement justifie les pires pensées et les pires actes en soufflant à ses marionnettes les basses besognes à effectuer. Ça, c’est pour l’aspect politique.

Ensuite, l’aspect phallocrate, hum… me semble bien pire encore. Alors là encore, le diable s’immisce dans les têtes pour démasquer l’imposture féministe de l’auteur qui se met largement en scène, dont on sent l’envie d’une forme de repentance. Mais pardon, pardon, où êtes-vous allé chercher que seule la taille du pénis rendait les femmes amoureuses au point de se damner ? Caricature encore ? Bon, soit. Mais ça commence à faire beaucoup. Surtout que dans ce fouillis qui balance entre l’aspect politique et l’histoire de cet homme qui se gausse de l’amour des femmes, la structure est brouillonne, le style incertain et surtout terriblement empli de violence. Ah mais tu l’avais dans le titre me direz-vous. Certes. Et pourtant…

Légèrement rattrapé in extremis par une fin qui se veut plus apaisée, je n’ai pas été convaincue par cette structure disloquée et ce style un peu artificiel. Et j’en suis profondément désolée.

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Blackwater 6 – Pluie – Michael Mac dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (238 pages)

Ça y est, j’ai terminé la magnifique série Blackwater avec ce 6ème tome.
Le clan Caskey s’est agrandi avec des naissances, d’autres membres sont morts. Des années 20 aux années 70, cette saga se dévore comme un pauvre bougre tombé dans les eaux troubles de la Perdido.

Je réfute toutes les tiédeurs sur la facilité, le style de l’écriture. J’aime absolument et en bloc. La liberté, le féminisme, le racisme, l’homosexualité sont des thèmes importants abordés très simplement et pourtant avec une subtilité touchante. Les couvertures de Pedro Oyarbide sont sublimes (je l’ai déjà dit ?).
Il faut savoir que je n’aime pas les sagas, je n’aime pas spécialement le fantastique. Bravo encore à Dominique Bordes pour son coup de poker réussi.

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Hard Land, les 49 secrets de Grady – Benedict Wells, traduit de l’allemand par Dominique Autrand (296 pages)

Je découvre cet auteur, considéré comme le nouveau prodige allemand. On est tout de suite embarqué dans cette histoire d’ados dans l’Amérique profonde des années 80, grâce à un style très agréable et fluide. Le narrateur, presque seize ans, annonce d’entrée la couleur : c’est l’année où il tombe amoureux et où sa mère décède.

On navigue entre le rire et les larmes avec ce garçon très renfermé, angoissé, un peu décalé, presque asocial, porté par l’amour de sa mère qui vit ses premiers émois amoureux avec une fille un peu plus âgée que lui. Il oscille lui-même entre deux états émotionnels entre l’euphorie et la mélancolie qu’il nomme « l’euphocolie ».

Ce beau roman initiatique à l’américaine (bien que l’auteur, je le rappelle, soit allemand) donne envie de découvrir le reste de son œuvre.

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Le fumoir – Marius Jauffret (192 pages)

Que fait-on lorsqu’on se retrouve malgré soi enfermé dans un hôpital psychiatrique ? On fume toute la journée, dans ce fumoir où les pensionnaires se croisent et discutent de liberté. J’avais entendu parler de ce livre polémique lors de sa sortie en 2020, et j’avais été circonspecte. J’imaginais : un fils d’écrivain un peu fou qui explique qu’il ne l’est pas en attaquant l’institution. Cela me rendait sceptique sur la qualité du récit . Je me trompais. L’histoire est tragique, grinçante, bourrée d’un humour cynique et fin comme je les aime. Mais il est avant tout remarquablement bien écrit. L’écriture de Marius Jauffret vaut à elle seule le détour, et le hasard qui m’a finalement poussée à acheter ce livre a bien fait les choses. Au-delà de tout ce qu’il décrit, le récit, en tant qu’objet littéraire mérite d’être lu.