Le peuple de la mer – Marc Elder (412 pages)

Je me suis dit : Tiens, je ne connais pas cet auteur, il n’est pas sur Facebook et il a obtenu pourtant le prix Goncourt pour ce livre…. En effet, en 1913, les réseaux sociaux n’étaient pas si développés…

Du coup, il y a un côté un peu désuet dans le récit, le vocabulaire, ce que j’avais au début mis sur le compte du fait qu’il s’agit d’un roman sur la vie des pêcheurs à Noirmoutiers vers 1880, mais pas seulement. J’ai enfin vu le sens de mots que j’utilise au Scrabble sans en connaître vraiment le sens : tuf, sloop, étierb bôme  et autres termes marins qui me sont inconnus.

Par ailleurs, il y a une vraie poésie dans le récit : « Le sable est noirâtre, pailleté, impalpable, mais si bien tassé que les pas n’y marquent point et appellent seulement un peu d’humidité. » ou encore « Le jour filtrait sous des nuages bas, ourlés, à l’est, de mauve très fin. »

Histoires de jalousies et d’envie, pour un bateau, une femme, ou pour devenir marin ou pêcheur, le peuple de la mer, pauvre, a le cœur qui palpite. Autour d’une mer qui décide de tout, des vivants comme des morts, des amours, comme des haines, (c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme) on se laisse emporter par ces trois histoires successives. Comme une brise sur le pont, vivifiant.
œ Histoires de jalousies et d’envie, pour un bateau, une femme, ou pour devenir marin ou pêcheur, le peuple de la mer, pauvre, a le cœur qui palpite. Autour d’une mer qui décide de tout, des vivants comme des morts, des amours, comme des haines, (c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme) on se laisse emporter par ces trois histoires successives. Comme une brise sur le pont, vivifiant.

Boussole – Mathias Enard (378 pages)

Ca y est, je suis arrivée au bout de Boussole !  Bon, dit comme ça, on pourrait penser que ça a été une épreuve. Non, ce n’est pas une épreuve, mais ce livre est d’une densité incroyable ! C’est comme manger une boîte de loukoums, vous n’en mangez qu’un par jour, la boîte entière serait écoeurante.

On suit les méandres d’un musicologue amoureux durant une nuit d’insomnie après avoir reçu un message étrange de celle qu’il aime depuis toujours. L ‘écriture suit les pensées au travers de souvenirs et de leurs travaux de chercheurs plutôt pointus.

On y croise une foule de personnages qui peuple les souvenirs, et une somme d’informations assez hallucinante sur leurs recherches respectives. Il a étudié la musique orientale et son incursion de différentes façons dans la musique occidentale (quelques notions musicales sont les bienvenues pour suivre). De son côté, Sarah est devenue réputée dans son domaine, c’est –à-dire partout où l’Orient et l’Occident peuvent être mêlés, non comme une altérité, mais plutôt comme un enchevêtrement des cultures.

Comme une boussole qui indique le nord, ou l’est, comme la boussole qu’elle lui a offert et qui indique la direction de La Mecque,  tout converge vers Sarah, les souvenirs, les études, les recherches, l’Iran, la Turquie, la Syrie, le désert.

C’est aussi une ode à la tolérance et une dénonciation de tous les extrémismes, quels qu’ils soient, et l’auteur démontre l’absurdité des idéologies utilisées, et la bêtise qui amène à la destruction de l’art et de ses œuvres. Toute forme d’obscurantisme est un pas en arrière pour l’humanité, seuls l’amour et le savoir peuvent sauver le monde. Enrichissant.

Alabama Song – Gilles Leroy (214 pages)

Prix Goncourt 2007, Alabama Song est une petite fable savoureuse brodée autour de la vie de Zelda Sayre, qui épousa plutôt malheureusement Francis Scott Fitzgerald. Gilles Leroy nous prévient : ceci est un roman, tout ou presque est faux.

Il décrit ce grand écrivain comme un alcoolique à l’homosexualité refoulée et sa femme, fantasque et libre à une époque où les filles de juge, petites filles de sénateur ne pouvaient pas l’être.

La vérité est qu’ils ont tous les deux eu un destin tragique, morts trop tôt l’un et l’autre, lui d’une crise cardiaque à 40 ans, et elle dans l’incendie de l’hôpital où elle était internée à 47 et leur vie passionnée et passionnelle fut tour à tour un amour infini et un déchirement récurrent.

L’auteur nous entraîne néanmoins dans cette période un peu folle de l’entre deux guerres où le champagne coule à flot et les voitures frôlent les corniches de la Côte d’Azur comme on frôle la mort pour se donner des coups d’adrénaline. On a presque l’impression de lire une version un peu crue de Gatsby le magnifique qui, au fond raconte sensiblement une histoire similaire. Tourbillonnant.

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu (425 pages)

Après le très bon « été circulaire » de Marion Brunet, je viens de terminer le roman de son ami, Nicolas Mathieu, qui a obtenu le prix Goncourt avec « leurs enfants après eux », sur un thème similaire. Des styles proches, modernes, et des histoires qui tournent (circulaires) autour d’étés pesants et d’ados qui veulent sortir de leur région de France sinistrée.

Comme chez Marion Brunet, Nicolas Mathieu a choisi l’été comme saison. Chez la première tout se déroule sur deux étés consécutifs, chez lui, sur 6 ans en quatre étés, tous aussi moites et lourds. Le sud pour elle, l’est des hauts fourneaux pour lui. Des régions où les industries ont peu à peu fermé et où le chômage a ravagé des populations entières. Les personnages principaux sont des gens qui bossent quand même, comme ils peuvent, qui ont du mal à joindre les deux bouts, après une jeunesse à rêver d’une vie meilleure.

Ici, on retrouve plusieurs personnages qui se croisent, se haïssent, se tolèrent, s’aiment aussi parfois. Des vies d’un peu tout le monde, avec ceux qui s’en sortent, ceux qui dérivent et ceux qui finissent là, comme leurs enfants après eux. Un goût doux amer, comme un lendemain de fête, et ses relents d’alcool, son odeur de tabac froid, et ses désillusions. Désenchanté.

Au revoir là haut – Pierre Lemaitre (612 pages)

8 mois après la sortie du film (que je n’ai pas vu, j’aime toujours mieux lire les livres avant), me voici plongée dans la fin de la première guerre mondiale, ses gueules cassées, ses retours difficiles à la vie civile. Je trouve que c’est ça le thème principal du livre : revenir à la vie civile. Dans « la guerre n’a pas un visage de femme » ,c’est le retour des femmes à la vie civile qui est traité. Dans « à l’ouest rien de nouveau », les protagonistes s’interrogent, eux aussi.Je me rappelle, il y a fort longtemps, j’avais discuté avec le grand-père d’une copine qui était revenu des tranchées : 70 ans après, il pleurait encore, en racontant ses copains morts à ses côtés, dans les tranchées. Là, Albert, qui a failli mourir enseveli, garde des terreurs d’enterrement, et aussi de son capitaine qui l’a fait tomber dans le trou volontairement. Il est sauvé in extremis par Edouard qui se prend un éclat d’obus dans la tête. Nous sommes à quelques jours de l’armistice. Puis la guerre est finie. La France, dont les caisses sont vides, ne sait comment réinsérer ses poilus. Ils survivent comme ils peuvent, toute la vie d’avant est balayée, tout est à recommencer. Chacun va utiliser cette guerre pour devenir immensément riche en un temps record. C’est flamboyant comme Edouard, c’est honteux comme Albert, c’est beau comme Pauline, c’est monstrueux comme D’Aulnay Pradelle, c’est riche comme Péricourt, c’est intelligent comme Madeleine. Si vous ne l’avez pas encore lu, précipitez-vous. C’est unique

Chanson douce Leïla Slimani (240 pages)

Moi qui lit beaucoup de policiers avec des histoires sanglantes et glauques, ou bien des livres historiques, comme le dernier sur Josef Mengele qui était un fou sadique, j’ai beau jeu de dire que ce livre est glaçant. Mais je pense qu’il est d’autant plus glaçant que l’histoire de fond est banale. Je ne pense pas me tromper en disant que l’auteure a voulu précisément nous glacer les sangs en nous parlant de cette histoire banale qui finit mal. Ce qui me gêne, je l’avoue, c’est que ce livre est terriblement culpabilisant pour les mères modernes, et les femmes en général. D’ailleurs, je le déconseille à toutes les femmes enceintes qui souhaiteraient retravailler après leur congé maternité. Certaines femmes n’ont pas le choix : pour vivre, elles doivent retravailler. Mais là, la mère souhaite retravailler, c’est son choix. Désolée, mais j’ai vraiment ressenti un peu mal à l’aise la culpabilisation de cette mère qui souhaite travailler. L’histoire est horrible, inspirée d’un vrai fait divers, où une nounou a assassiné les enfants qu’elle gardait aux Etats Unis, en tentant en vain de s’auto-égorger. Je ne spoile rien, car d’entrée de jeu, le tableau est posé : le bébé est mort. Leila Slimani a évacué ses propres angoisses et peut être du coup, sa culpabilité car au moment où elle écrivait son roman, elle cherchait elle-même une nounou pour son fils; Néanmoins, je trouve que c’est assez malsain, tout du long. C’est néanmoins très bien écrit, alors on lui pardonne.