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Oublier Palerme – Edmonde Charles-Roux (409 pages)

Oublier Palerme, Goncourt 1966, est le récit romanesque de Gianna Meri. Le roman raconte son destin tragique, son premier amour tué pendant la deuxième guerre mondiale, recruté par Mussolini, comme tant de jeunes qui étaient contre sa politique. Exilée sicilienne à New
York, elle est rédactrice de la rubrique voyage dans un magazine féminin. Elle rencontre un homme, d’origine sicilienne, né aux Etats-Unis, élu de sa circonscription qui n’a jamais mis les pieds sur l’île où est né son père. Mêlant des éléments de sa vie à la fiction, Edmonde Charles-Roux a égratigné le monde de la mode qui l’a évincée, réhabilité son amour mort
pendant la deuxième guerre mondiale et utilisé un fait divers qui apporte une tension qui monte tout au long de l’histoire. Une très belle plume, une époque bien campée, une héroïne mélancolique, des personnages forts. Cette saga romanesque a tout pour plaire.

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Blackwater 4 – La guerre – Michael Mc Dowell traduit de l’anglais par Yoko Lacour et Hélène Charrier (252 pages)

La saga continue, toujours aussi prenante. La couverture, signée Pedro Oyarbide, à l’instar de la série entière est pour moi la plus belle de toutes. J’ai avalé ce quatrième volume en une journée, autant vous dire que le rythme s’accélère dans cette série qu’on ne lâche pas ! Décidément une belle réussite !

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Delicious foods – James Hannaham, traduit de l’anglais américain par Cécile Deniard (392 pages)

J’ai acheté ce livre à la rentrée 2020, et il traînait dans ma Pal en me faisant de l’œil chaque semaine. J’ai acheté ce livre pour sa couverture hallucinante de beauté, pour son début terrifiant, parce que la drogue est un personnage, parce que j’avais rencontré les éditions Globe lors d’une rencontre « Varions les éditions en live » et que ma libraire me l’avait conseillée. En effet, ce livre est incroyable. Il décrit la descente aux enfers d’une femme. Scotty, son « mec » est la drogue et ses effets. L’histoire est racontée par trois protagonistes, Scotty, donc, Darlene, la mère et Eddie, le fils. Un roman terrible, terrifiant, sur l’esclavage moderne, l’addiction et la condition des noirs aux Etats-Unis. Je souligne tout particulièrement le travail démentiel de la traductrice pour retranscrire sans cliché le parlé populaire américain. Un roman fort.

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Annam – Christophe Bataille (92 pages)


Annam est un premier roman, écrit par un jeune homme de vingt et un an, en 1993. Ce très court roman a eu plusieurs prix, à juste titre. Il contient une belle histoire, beaucoup de poésie, et on s’imprègne des lieux comme si on y était. Il est incroyable de voir tout ce qui a été écrit en si peu de pages, et la maturité de cet écrit. Des murs froids du palais de Versailles, aux chaleurs moites du Vietnam, vous serez emportés par l’histoire de cette mission de militaires et religieux.

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Division avenue – Goldie Goldbloom (344 pages)

Je pensais me fendre la poire en lisant un roman sur des juifs New-Yorkais à la Woody Allen. En réalité on se retrouve dans une famille de juifs orthodoxes engoncée dans ses codes drastiques et ses traditions immuables. C’est tragique, c’est triste. La mort et la honte planent en permanence. Le convenable et l’inconvenant s’affrontent. Pour autant, il y a aussi beaucoup de joies, de vie (tout le monde a entre 8 et 10 enfants, ça bouge) et d’amour (entre surie et son mari, entre les 3 générations qui vivent dans le même immeuble). Surie tombe enceinte de jumeaux à 57 ans, alors qu’elle pensait être ménopausée. Mais son fils Lipa, disparu, lui manque. Pour supporter l’inconcevable pour une mère, la perte d’un enfant, elle va s’ouvrir à un monde qui lui est interdit par petites touches, en bravant les règles de sa communauté.

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La soustraction des possibles – Joseph Incardona (385 pages)

Il y a des livres comme celui-ci sur lesquels on a du mal à avoir un avis tranché. Est-ce que
j’ai bien aimé, ou est-ce que je n’ai pas aimé ? J’ai lu pourtant avec plaisir, les personnages
m’ont plu, l’histoire est bien construite. La première page est séduisante et donne envie de continuer. A la fin des années 80, tout début des années 90, Odile s’éprend d’Aldo, son prof de tennis, gigolo à ses heures pour arrondir ses fins de mois. Ancienne secrétaire d’un homme qui est devenu extrêmement riche en Suisse, elle s’ennuie dans sa prison dorée et retrouve avec cet homme de condition simple des sensations depuis longtemps oubliées.
Aldo, lui, ne l’aime pas. Dans le secret des banques suisses qui ont bien profité aux
oligarques russes au moment de l’effondrement de l’URSS, des millions de francs et de francs suisses sont brassés. Des organisations mafieuses trouvent là le moyen de blanchir leur argent, en participant à des affaires juteuses et totalement honnêtes. Mais l’argent fait-il le bonheur ? Peut-on vraiment s’élever lorsqu’on ne vient de nulle part ? Un livre sur les envies, les désirs, l’amour et l’argent.

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Les Loups – Benoît Vitkine (314 pages)

En 2019, j’avais vaguement entendu parler du Donbass et de la guerre qui s’y déroulait depuis déjà cinq ans. Cette partie du monde, aux bords de l’Europe, à peine située à 3500 km de chez moi était peu médiatisée. Benoît Vitkine, prix Albert Londres a couvert le conflit depuis le début et son premier roman, « Donbass », utilisait le prétexte d’un roman policier pour expliquer une situation locale complexe. Le hasard du calendrier a voulu que son deuxième roman, « Les loups », sorte juste avant l’agression de l’Ukraine par Poutine. Chacun réagit comme il peut à ce conflit dont à peu près tout le monde s’accorde à dire qu’il est absurde. Les drapeaux bleu et jaune fleurissent sur les frontons des mairies et des maisons, on débaptise à tout va, de manière inconsidérée (En quoi les pauvres Soljenitsyne, Tolstoï, Tchekhov, Les frères Morozov, la vodka ou les chats, dits « chats russes » auraient la moindre responsabilité dans ce qui arrive ?). Pour ma contribution, j’ai lu « les Loups ». Je crois que nous avons une vision du monde manichéenne depuis la deuxième guerre mondiale. On doit être dans un camp, celui des gentils ou celui des méchants, des résistants ou des collabos, aucune nuance n’est tolérée. Peut-être les gens ont-ils eu besoin de cette division du monde lorsque l’horreur a été révélée. Or la vie n’est jamais simple, encore moins simpliste. Benoît Vitkine nous décrit une Ukraine moins angélique que celle qui nous est livrée. Comme toujours, avec un sens rare de la pédagogie, en quelques pages superbement écrites, il nous retrace l’histoire de la construction chaotique de ce pays, au travers d’une fiction réaliste. Avec beaucoup d’humanité, il nous décrit un monde qui s’est écroulé, un autre qui a émergé de ses cendres, où les peuples font comme ils peuvent pour vivre, survivre, tirer leur épingle du jeu et parfois, trouver le moyen de sortir de sa condition pour devenir quelqu’un d’important. Cela implique de savoir saisir des opportunités, des chances, sans compromis mais avec compromissions, sans états d’âme et avec beaucoup de sang-froid, sans lois mais avec des règles. Un roman subtil, au style impeccable, dont l’histoire robuste est finement construite.

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La certitude des pierres – Jérôme Bonnetto (192 pages)

On a un gentil gars qui a décidé de devenir berger dans un village très fermé où les habitants sont de gros rustres chasseurs et conservateurs. Et très cons, du coup. Le style du roman qui utilise le pronom impersonnel à dessein (je suppose) ajoute une distance supplémentaire à des personnages qui m’ont laissée sur le bord du chemin. L’histoire perd une grande partie de sa crédibilité dans ce roman qui ne raconte au fond qu’une querelle de voisinage exacerbée. Personnellement, je suis passée complètement à côté. Et cette obsession de l’auteur pour les chiens qui se reniflent le cul m’a plutôt rappelé le film Didier, comme un hommage à Jean-Pierre Bacri.

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L’autre moitié du monde – Laurine Roux (252 pages)

Laurine Roux nous enchante avec son style pur et poétique. Lorsqu’elle écrit nous sommes un peu en apesanteur. Pourtant, cette fois, elle ancre son récit dans une tranche de l’histoire tragique et violente de l’Espagne, qui démarre dans les années trente, celles qui ont précédé la guerre civile espagnole. Rien de léger a priori.

Elle raconte la vie misérable des fermiers du delta de l’Ebre, avec des nobles et riches propriétaires particulièrement infâmes, le soulèvement de ces pauvres bougres et, ce n’est pas un scoop, leur anéantissement.

Elle mêle la poésie de son écriture à la noirceur des évènements avec la douceur qu’on lui connaît. Ce mélange a priori un peu étrange fonctionne plutôt bien malgré tout et on s’attache à ses personnages. Chez Laurine Roux, les gens sont forts et faibles à la fois, comme dans la vie, et c’est ce qui donne de la force à son récit.