Le fils d’Ingeborg est parti faire ses études en Suède et il n’est pas rentré pour Noël. Cette veuve totalement coincée décide sur un coup de tête de partir à Cuba pour le jour de l’an.
Cette idée saugrenue va l’entraîner dans une histoire avec un Cubain qui va bouleverser sa vie.
Ce livre est l’histoire de la détresse d’une mère qui parle à son fils sans avoir jamais de nouvelles, d’une femme qui a cloisonné sa vie pour qu’aucune émotion ne transparaisse jamais, sur les non-dits des familles, un thème cher à l’autrice, et aussi sur le choc de deux cultures.
Ces deux cultures peuvent-elles se rejoindre grâce à l’amour ? Est-ce que la détresse peut amener des personnes à penser qu’elles sont amoureuses ? Est-ce que des personnes en situation précaires peuvent tomber amoureuses de personnes qui sont nanties ? Est-ce que l’argent peut tout acheter ? Est-ce que l’opulence est la réponse à tous les malheurs du monde ? Finement abordées, toutes ces questions ponctuent le roman qui a des apparences de voyage organisé qui laisse apparaître la misère (pécuniaire mais surtout affective) quand on passe en coulisses.
Six enfants nés en 1952, issus de milieux différents, élèves à l’école catholique Saint-François de Tórshavn et collectionneurs d’images se partagent tour à tour les chapitres au fur et à mesure de cet incroyable et foisonnant roman.
L’introduction explique le décès de cinq d’entre eux, jeunes, voire très jeunes, et l’histoire des îles Féroé est ensuite racontée au travers de leurs destins tragiques. On connaît mal cette partie du monde, ces 18 îles perdues à la limite sud de l’Arctique, entre l’Islande, l’Ecosse et la Norvège, et c’est l’occasion d’en apprendre un peu plus à ce sujet sur une trentaine d’années, entre les années 60 et le milieu des années 90.
Ce livre a un style faussement simple, des personnages minutieusement dépeints et très travaillés, on est autant embarqués par l’aspect romanesque que par ce qu’on apprend sur cette région et son histoire. Un roman à ne pas manquer.
En 1940, la France subissait une débâcle inattendue compte tenu de la propagande qui laissait sous-entendre qu’elle était la plus grande puissance militaire mondiale. En réalité, la France s’était endormie sur ses lauriers après la première guerre mondiale et n’avait ni innové, ni renouvelé, ni amélioré son armement. L’Allemagne, au contraire, humiliée, avait dû se démilitariser. Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, il passe les premières années à reconstituer son armée et son armement, avec du matériel dernier cri.
Jean Palénas nous propose ici une vision probablement très juste de ce que les gens ressentaient à cette époque. Aujourd’hui, il nous est facile d’être manichéen. Or, la réalité, c’est qu’il y avait peu de résistants et peu de collabos. Les gens étaient souvent plutôt opportunistes par rapport à ce à quoi ils devaient faire face : la faim, la tranquillité pour exercer sa profession (surtout lorsqu’on était agriculteur en zone libre !). Et Pétain, héros de la précédente guerre, semblait être une bonne alternative.
Puis la zone libre a été envahie à son tour et il a fallu faire face à une pression de plus en plus forte. Comment ne pas déplaire à l’ennemi tout en gardant sa dignité, comment continuer à subvenir aux besoins de sa famille ? Comment échapper au STO et survivre sans tickets de rationnement ? Les résistants n’étaient pas tout blancs et les exactions commises à partir de 1945, où la France a frôlé la guerre civile étaient plus souvent liées à des règlements de compte personnels par des personnes qui s’autopromouvaient justiciers.
Au travers du prisme de la jeunesse actuelle, il met en parallèle la question du patriotisme de l’époque et celui de nos jours. Après 80 ans de paix sur notre territoire, certaines questions ne s’abordent plus du tout de la même façon. Un autre regard sur cette période, plus nuancé que celui qu’on lui porte habituellement.
Il m’est difficile de chroniquer ce livre car les similitudes avec l’histoire de ma famille et, par conséquent, ma propre histoire, se télescopent de manière surprenante.
Si Annes Berest évoque à l’origine ses arrière-grands-parents, tandis que mon histoire commence avec celle de mes grands-parents maternels, la famille de l’arrière-grand-mère de Anne est de Lodz, comme mes grands-parents. Comme elle j’ai un nom de jeune fille bien français qui ne laisse rien soupçonner de mes origines. Comme elle, je porte un deuxième prénom lourd de sens, dont le poids m’a été transmis dès ma plus tendre enfance. Comme elle, mon grand-père a rejeté la religion pour être communiste. Comme Vincente le grand-père, mon grand-père a fait la bataille de Narvik. Comme Myriam la grand-mère, ma grand-mère a fini Alzheimer, et comme elle, elle a oublié le français pour ne plus parler que polonais (russe pour Myriam) à la fin de sa vie, jusqu’à ce qu’elle ait oublié la compétence de s’exprimer. J’arrête là, mais il y a encore beaucoup de rapprochements possibles.
Il m’est donc difficile d’avoir un point de vue objectif sur cet ouvrage qui m’a amené à m’interroger sur certains choix dans ma vie, et m’a apporté un certain nombre d’éclairages aussi.
Anne a décidé d’entreprendre des recherches sur une carte postale arrivée mystérieusement chez ses parents en 2003, portant les prénoms de la famille de Myriam, ses parents, son frère et sa sœur, tous les quatre morts en déportation en 1942. Elle s’est beaucoup appuyée sur les recherches de sa mère (incroyable travail de fourmi !) et a essayé de restituer l’histoire de cette famille qui a plané comme une ombre, car à l’instar de beaucoup de familles, tout le monde voulait oublier et Myriam comme tant d’autres, n’a jamais parlé de rien. J’ai préféré la deuxième partie, plus concrète, car ancrée dans la réalité et le présent, qui vient adoucir l’ensemble, avec des dialogues entre Anne et sa mère, sa fille, sa sœur, son amoureux. J’imagine à quel point, pour la fille réservée qu’elle est, tous ses messages d’amour ont été difficiles à exprimer.
Pour tous ceux qui douteraient de l’empressement de Pétain et de son administration à éradiquer les juifs de France, à l’époque, et les relents négationnistes de certains politiques aujourd’hui, ce livre est pour le moins un bon rappel. Anne Berest a effectué des recherches colossales sur des sujets assez mal connus, notamment sur le camp de Pithiviers, et sur le retour des survivants des camps au Lutetia.
Je n’ai rien contre les Musulmans. Je n’ai rien pour non plus. Comme le dit l’autrice, seuls les hommes interprètent les textes sacrés avec plus ou moins de bonheur. On trouve autant de passages de violence dans la Bible que dans le Coran. Néanmoins, naître fille Kurde en Irak en 1986 n’était assurément pas un gage de bonheur (probablement pas plus aujourd’hui), même si Frmesk a la chance d’être placée chez ses grands-parents, emprunts de bonté et de bienveillance. Comme le dit aussi l’autrice, passer son temps à traiter les autres de mécréants reflète essentiellement la faiblesse de sa foi. Comme le dit encore l’autrice, et comme l’avait brillamment démontré Amin Maalouf dans ‘le premier siècle après Béatrice’, un monde sans femmes assurerait la fin de l’humanité. Elle explique aussi que la pureté des femmes se situent dans leur hymen. Et que la pureté des hommes se situe dans l’hymen de leurs sœurs ou leurs épouses.
Je ne peux pas juger de ce que l’autrice décrit. J’espère juste qu’elle a concentré plusieurs histoires en une seule. Elle a écrit un roman, on peut donc supposer qu’il y a au moins une partie de fiction. J’espère que tous les hommes ne sont pas et violents, et violeurs, et tueurs, et pédophiles au nom de l’Islam. Ça ferait beaucoup pour un seul peuple. (Sauf le grand-père, mais il n’est pas musulman, il est zoroastrien).
Accrochez votre cœur, vous aurez envie de hurler, de vomir, de pleurer. Rien n’est beau, aucun espoir dans la vie de ces femmes, même celles qui sont réfugiées en Europe.
Aujourd’hui Sara Omar fait l’objet d’une Fatwa à son égard. Vraisemblablement, admettre qu’un hymen qui peut ne pas saigner pas la nuit de noces justifie de mettre l’opprobre sur la femme qui dénonce cette ignorance physiologique.
Hamon, Baron de Courtet est un héros chevaleresque, le plus habile à l’épée, fort et résistant, et aux qualités humaines colossales.
A la fin du 17ème siècle, il devient le collaborateur précieux du commis du Roi. Mais quelqu’un veut attenter à sa vie, au point de vouloir aussi s’en prendre à sa famille. Cette saga enchantera les amoureux de romans historiques, bien écrit, avec des personnages très attachants. C’est parfois un peu cousu de fil blanc, avec ses héros invincibles, mais ce livre fait du bien, et on se réjouit que les gentils triomphent du mal.
« Il n’y a rien de pire que la perte d’un enfant ». C’est ce que dit sa doctoresse, plusieurs mois après le décès de son fils de vingt-cinq ans, mort dans un accident funestement stupide. C’est ce que Naja Marie Aidt a expérimenté. La mort n’est jamais lisse, elle n’est jamais linéaire, elle ne commence pas par un sujet pour finir par un point, elle est faite de sursauts, de bonds, de routes qui s’arrêtent brutalement, d’abîmes, beaucoup d’abîmes. Elle se traduit par des cris, des pleurs, des moments d’abattement intenses. Alors dans ce court ouvrage qui ne souhaite pas verser dans le misérabilisme et le pathétique, l’autrice nous fait surfer sur des extraits de journaux intimes, de notes, de poèmes, d’écrits. Le livre exprime le chaos que représente un deuil aussi monstrueux que celui de perdre un enfant, polices différentes, physionomie déstructurée du récit, les mots se mettent à des endroits étranges dans la page, comme une chose abominable et impossible à appréhender.
Et en tant que mère, on pleure aussi.
Une histoire dans la grande Histoire. La guerre civile d’Espagne, puis la deuxième guerre mondiale vues sous un angle à la fois lourd et léger. Inspiré par un évènement réel, la coopérative de fabrication de confiseries, ce roman plein d’humanité, de joie et d’enthousiasme est bien écrit, très documenté et l’aspect doux et joyeux qui s’en dégage compense le côté tragique de cette période funeste.
Que dire de ce court roman écrit en France à la fin des années 70 par un homme qui aura déclenché la dissidence en URSS, été chassé de sa terre natale après avoir passé six ans au goulag et été fustigé en France par les « russes blancs », la diaspora russe et toute une population intellectuelle française bien-pensante ? André s’imagine lui-même maudit dans son roman où l’anti-héros porte son nom. La langue caustique et désinvolte à la fois, tel qu’on peut imaginer le vrai André Siniavski, vous transportera dans un monde absurde où le destin et le hasard vous sont imputés et, de ce fait, reprochés dans un même élan.
Réédité par les éditions du Typhon et re-traduit, ce court roman est préfacé par son fils, Iegor Gran, lui-même écrivain. Il nous apporte son éclairage sur cette histoire d’homme persécuté : le père et le personnage.
La sœur de François est mourante, mais il lui écrit une lettre pleine de haine pour expliquer pourquoi il n’ira pas la voir, ni même ira à son enterrement. Non-dits, malentendus, secrets, culpabilité, dans ce court roman, la rancune est tenace, mais une explication aurait dissipé des certitudes fondées sur des mythes inexistants. Nous le savons tous : les mots peuvent autant blesser qu’apaiser et Christiane LegrisDesportes nous en fait en quelques pages une brillante démonstration. Et si la vie, l’amitié et l’amour sont des soutiens de taille, seuls les mots peuvent vraiment délivrer.