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Le vol du boomerang – Laurent Whale (529 pages)

Un jeune homme aborigène veut s’inscrire à la course mythique World Solar Challenge qui part de Darwin au nord de l’Australie et la parcourt du nord au sud jusqu’à Adélaïde, soit 3000 kilomètres avec des véhicules exclusivement électriques.

Sur fond des incendies qui ont ravagé le pays continent en 2019, enchaînant sur la terrible épidémie de Covid, le roman est écrit comme un thriller plein de suspense, avec le style fluide de Laurent Whale qui nous fait tourner les pages sans pouvoir s’arrêter. Deux histoires parallèles viennent enrichir le récit, celle d’une famille qui a dû tout quitter pour fuir les incendies et celle d’un jeune routier qui parcourt le pays de bout en bout dans des camions immenses.

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Felis Silvestris – Anouk Lejczyk (181 pages)

« Et ta sœur ? elle en est où, elle fait quoi ? » La réponse diffère à chaque fois, éludant la réalité. La réalité, c’est que Felis a pris un nom de forêt après s’être retrouvée par hasard avec un groupe qui protège ce bout de terrain d’une Firme qui l’exploite et le détruit.

Entre la vie dans le froid, qui ne fait pas franchement rêver et les réactions du reste de la famille, la sœur de Felis s’interroge et imagine cette vie dans la nature ; le père s’inquiète, la mère se demande ce qu’elle a loupé.

Dans un style pur et délicat, l’autrice nous raconte avec poésie et humour la solitude de chaque membre de cette famille explosée, dont la sœur est aussi décalée, perdue dans cet appartement qui ne lui appartient pas. Un très joli premier roman, sorti il y a un an qui devrait être plus visible.

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Dans la tête de Sherlock Holmes – Cyril Liéron et Benoît Dahan (50 pages)

Beaucoup vue sur les réseaux, j’ai moi-même été séduite par la construction originale de cette BD, pour grands et petits. Une enquête de Sherlock Holmes est montrée du point de vue de son cerveau, avec ses rouages et ses réflexions systématiques. On navigue dans sa tête, qui enregistre et détaille les indices, les classe, les utilise, les ressort selon les besoins de l’enquête. Malheureusement, il me manque la fin de l’histoire qui fait l’objet d’un deuxième tome. On devient accro comme Sherlock à ses drogues et j’ai hâte de me procurer ce deuxième tome. Les dessins et le scénario forment un tout harmonieux où l’on sent la complicité du scénariste et de l’illustrateur.

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Ripley Bogle – Robert Mc Liam Wilson, traduit de l’anglais par Brice Mathieussent (437 pages)

J’ai encore sorti un livre de ma PAL qui y traîne depuis un moment. Cette fois, j’avoue que j’appréhendais un peu de me plonger dans cette lecture, car j’ai tellement aimé « Eureka Street », du même auteur (pour moi, un des vingt meilleurs livres jamais lus) que j’avais peur d’être déçue par ce roman, plus ancien. J’ai vécu une expérience étrange. Il se trouve que j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur, et que je sais quelques bribes de sa biographie, notamment qu’il a, pendant un temps, expérimenté la vie dans la rue à Londres.Dès les premières lignes, j’avais l’impression que l’auteur me racontait l’histoire en personne. Son histoire.

Et cette histoire de jeune homme, brillant intellectuellement, surdoué même, qui est clochard est très rude. Il décrit avec minutie le froid, la faim, le désœuvrement, la maladie, et surtout la crasse infâme dans laquelle il vit. Pas vraiment une partie de plaisir. Comme feel good, on a fait mieux. En revanche, j’ai retrouvé le style magnifique et inimitable de l’auteur qui s’articule autour de trois axes : Son humour cynique sur la religion et la politique, la beauté poétique de ses paysages (j’ai levé les yeux au ciel, et il a baissé les siens sur moi) et la description minutieuse d’un quotidien banal et affreux, affreusement banal et pas banal du tout. Tout s’enchaîne avec grâce et simplicité dans son écriture, unique.

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Persona – Erik Axl Sund, traduit du suédois par Rémi Cassaigne (477 pages)

J’ai sorti ce livre, le plus ancien dans ma PAL. J’appréhendais un peu de le lire car je m’attendais à un policier très sanglant, très violent, très dur. Et si pour certains, ce genre de lectures leur vide la tête, moi, j’ai besoin d’avoir la tête vide pour les lire.

Et puis, lire l’ouvrage de ce duo suédois explosif qui écrit sous ce pseudo à coups de poing pour se mettre d’accord sur les mots et les phrases, ça ressemblait à une drôle d’expérience. (C’est ce qu’ils racontent, entre deux bières, lorsqu’on leur pose la question).

Tout de suite, pourtant, nous sommes absorbés par le fil de l’histoire.

Oui, c’est dur, oui c’est violent, oui c’est un polar suédois. Viols incestueux d’enfants, enfants soldats du Sierra Leone et personnalités dissociatives en sont les trois piliers. Mais c’est extrêmement bien foutu, bien écrit, bien construit. Entre Sofia, la psy spécialisée dans les traumatismes des enfants (notamment, anciens enfants soldats) et les personnalités dissociatives (dont Victoria Bergman, jeune femme violée enfant par son père) et Jeannette la fliquette investie qui a une histoire de couple compliquée et tous les personnages annexes, on est totalement pris au jeu et on arrive au bout sans avoir vu le temps passer. Très bien documenté par ailleurs, ce roman policier est plus riche qu’on pourrait le penser de prime abord. Un très bon polar, donc.

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Le lecteur de cadavres – Antonio Garrido, traduit de l’espagnol par Alex et Nelly Lhermillier (751 pages)

Inspiré du premier médecin légiste de l’histoire, Song Ci, ce roman retrace la culture chinoise au 13ème siècle au travers d’enquêtes, de leur résolution et de trahisons.

Aujourd’hui, certains préceptes de ce médecin extrêmement novateur sont toujours en pratique. Il a écrit un traité de médecine légale, visant à ordonner les observations et analyses pour apporter aux conclusions une rigueur jamais observée auparavant.

S’appuyant sur des connaissances anatomiques poussées, il a établi les premiers principes de cette discipline. Les histoires s’entremêlent habilement dans ce polar historique très fouillé, et très documenté.

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La daronne – Hannelore Cayre (176 pages)

J’ai lu avec immense plaisir ce roman acide et immoral sur une femme décalée, traductrice pour la police des stups, qui se met à dealer pour assurer un avenir à ses filles et payer l’Ephad où se meurt sa mère Alzheimer. Le film est très fidèle au roman, mais l’écriture mordante de Hannelore Cayre, et son regard acerbe sur le système judiciaire français apporte une pierre non négligeable à l’édifice. SI vous avez déjà croisé l’autrice, vous retrouverez son ton naturellement culotté. Il m’a semblé qu’elle est dans la vie aussi impertinente que dans ses écrits. Personnellement, je suis fan. Régalez-vous !

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Les Petrov, la grippe etc… – Alexei Salnikov traduit du Russe par Véronique Patte (318 pages)

Quel drôle de roman ! Quel Ovni ! Je savais en intégrant cet ouvrage à ma Pile à lire, il y a deux ans et demi que j’aurais à faire à un livre très original. Aussi décrié qu’adulé dans son pays, ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Pour ma part, j’ai été aussi enthousiaste que les plus enthousiastes (description minutieuse du quotidien d’une famille presque ordinaire, souci du détail qu’on n’a jamais vu ailleurs, sensation de fièvre, de froid et de flou, comme lorsqu’on est malade, justesse des personnages, de leur comportement et de leurs ressentis) et aussi perplexes que les détracteurs (mais où diable veut-il en venir ? Et pourquoi cette fin étrange ? et que se passe-t-il ? Ah ! rien, ok !). Bref, un roman assez ardu mais hyper original, je ne le conseillerais pas à tous, mais pour ceux qui souhaitent s’imprégner de l’ambiance d’avant-guerre (contre l’Ukraine, cela va sans dire), et de romans qui sortent des sentiers battus, un peu pointus, vous serez servis.

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Tala Yuna – Charles Aubert (315 pages)

A la suite au départ de sa femme, un écrivain connu pour ses biographies de gens célèbres part à la recherche de son père qui est parti deux jours avant sa naissance. Les seuls indices qu’il possède sont une photo très ancienne et le fait qu’il ait toujours affirmé son envie de vivre dans cette région sublime du Canada, nommée la région des mille îles. Jonas devient étrangement ami avec un homme qui a pourtant des aspects inquiétants. Cet homme lui propose de lui faire faire le tour des archipels en bateau, avec son frère un peu simple d’esprit.

L’auteur nous entraîne dans son sillage avec cette épopée aventureuse, dans un style romanesque qui fait la part belle à la nature. Les préceptes ancestraux indiens se mêlent au respect du monde qui nous entoure, et les paysages sont à couper le souffle. Le tout est rythmé par une tempête qui se prépare, sur l’eau comme dans les vies des protagonistes. Ce roman vous embarquera à coup sûr grâce aux personnages, très beaux, même les plus sombres, à l’histoire des différentes quêtes, aux histoires d’amour et au road trip (je devrais dire sea trip) avec ses paysages magnifiques et hostiles  Un très beau roman dont on n’a pas assez parlé.

Je remercie les éditions @slatkineetcompagnie pour leur confiance.

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Samouraï – Fabrice Caro (219 pages)

Je ne sais pas qui a dit que Fabrice Caro était un des rares auteurs qui est capable de nous faire éclater de rire, mais c’est vrai. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré de rire ainsi, au point d’incommoder mes voisins dans le train, mon mari dans le lit.

Le héros veut écrire un « Roman sérieux » pour épater la copine qui vient de le quitter et il veut profiter du calme de l’été, au bord de la piscine de ses voisins, pour écrire l’œuvre de sa vie. Il doit surveiller la piscine et ajouter des galets de chlore pour la maintenir en bon état de marche. Ses réflexions d’auteur en mal d’inspiration sont désopilantes et les efforts de ses amis pour lui faire rencontrer quelqu’un sont très drôles aussi. L’évolution de la piscine est improbable, rien ne se passe comme prévu. J’ai beaucoup beaucoup ri, et franchement, ça fait du bien.