Pension complète – Jacky Schwartzmann (184 pages)

Dino est issu d’une banlieue pauvre de Lyon, mais il vit depuis vingt ans au Luxembourg avec Lucienne, multimilliardaire de trente-deux ans son aînée. Il n’est pas gigolo, Dino, parce qu’il l’aime vraiment, Lucienne. Pourtant, à un moment, elle lui demande de prendre le large et d’aller un moment à Saint-Tropez. Et là, tout dérape.

Dans ce polar déjanté, deuxième de la sélection du prix des lecteurs de Bloody Fleury 2020, on rit beaucoup. A l’instar de l’excellent Mamie Luger, de Benoît Philippon, le style sert énormément le livre. Comme c’est assez court, je ne veux pas déflorer plus, mais foncez pour une vraie tranche de rigolade. ça pourrait sembler incongru de qualifier un roman noir ainsi, mais c’est vraiment désopilant.

Bandidos – Marc Fernandez (314 pages)

Quel plaisir de retrouver la joyeuse petite bande Diego, Isabel, Lea, Ana, David, Pablo et Nicolas !

Comme toujours, Marc Fernandez prend un prétexte historique et/ou politique pour dérouler l’histoire de son thriller : Après les bébés volés en Espagne (Mala Vida) et la tentative d’assassinat du dictateur Pinochet et l’opération Condor qui en a résulté pour traquer les opposants au régime dans le monde entier (Guerilla Social Club), c’est cette fois l’assassinat d’un journaliste photographe vingt ans auparavant et donc la liberté de la presse qui est le point de départ.

Entre Buenos Aires et Madrid, l’enquête va mettre en avant un climat social toujours tendu dans cette partie du monde, avec une police parfois corrompue (les bandidos du titre), et un phénomène existant partout : la folie de l’information immédiate, à sensation véhiculée par les réseaux sociaux et les chaînes d’info continue avec une qualité qui laisse parfois à désirer. Palpitant.

Mamie Luger – Benoît Philippon (447 pages)

Un polar, ça ? Non, ce n’est pas un polar, ça. C’est un livre qui encense les femmes dans leurs formes et leur intelligence.. C’est une ode au féminisme, un hommage à Audiard, un pamphlet contre la bêtise et l’intolérance, une anthologie de l’amour. C’est une leçon de courage, celui qu’on devrait tous avoir, face aux oppresseurs, aux agresseurs, aux cons.

Benoît Philippon concentre toutes ces qualités dans Berthe, une mamie de cent deux ans, qui accueille la police à coup de pétoire. Ah oui, elle a quand même un défaut, Berthe, elle tue un peu des gens. Elle est gentille, Berthe, pleine d’humour et d’amour, mais faut pas l’embêter, elle s’énerve assez vite. L’auteur enrobe toute l’histoire dans un style et des dialogues fleuris. Ce livre est un ovni explosif, jubilatoire, même si Berthe arrive à nous tirer aussi des larmes. A la fois truculent et touchant.

L’Etoile d’Orion – Aymeric Janier (496 pages)

Vous aimez les histoires d’espionnage? Vous aimez la géopolitique ? Vous aimerez l’Etoile d’Orion ! Parsemé de QR codes qui donnent des informations historiques (mais pas trop non plus, surtout au début pour expliquer le contexte), vous aurez l’impression d’être un élément de l’histoire.

A la fin de la guerre d’Afghanistan, les prémisses d’un nouvel ordre mondial se dessine, avec la fin de la guerre froide et le début de la montée de l’Islamisme intégriste. Une organisation secrète, le Sabre Noir, sévit dans le monde en tuant des ressortissants américains. Une organisation secrète va être montée pour éliminer sa tête, un intégriste cruel. Phyllis Danbury, journaliste au New York Times, se retrouve malgré elle impliquée dans cette histoire, flanquée d’un ange gardien inattendu. Des Etats-Unis à Genève et de Zurich au Pakistan, l’enquête mène peu à peu à un constat glaçant. Pourront-ils faire éclater la vérité à temps ?

Le baiser de l’ogre – Elsa Roch (302 pages)

Sur un scénario a priori classique de polar, Elsa insère à son habitude, des éléments tout à fait originaux qui font sa signature. Elle profite de ce troisième opus pour affiner, peaufiner, et approfondir encore ses personnages.

Par ailleurs, l’autrice affirme sa plume au fur et à mesure de ses romans. Vous aussi, vous aviez trouvé Brugguer très secrète dans le deuxième (Oublier nos promesses) ? Vous comprendrez ici de quoi il retourne.

Lise Brugguer appelle Amaury Marsac en catastrophe une nuit. Elle s’est pris une balle dans le dos et agonise à côté d’un cadavre. Elle a juste le temps de supplier Amaury de s’occuper de sa fille avant d’être évacuée. Tout le monde ignorait qu’elle avait une fille. Comment mener l’enquête tout en tenant le rôle du baby-sitter d’un petit papillon de trois ans, adorable mais qui ne communique pas et ne semble rien entendre lorsqu’on s’adresse à elle ?

Ce livre, à la fois bouleversant et bien mené aborde tout un tas de questions profondes sur la vie, la résilience, le spectre autistique. On le dévore comme les ogres dévorent les enfants : Brillant.

Justice soit-elle – Marie Vindy (307 pages)

Marie Vindy s’est inspirée de l’affaire des disparues de l’A6 pour imaginer ce roman où une avocate très déterminée veut obliger le parquet à rouvrir des affaires abandonnées depuis longtemps.

Ce qui est intéressant – et on la retrouve bien dans le peu qu’on peut apercevoir d’elle sur les réseaux sociaux – c’est qu’elle s’applique encore et toujours à défendre la veuve et l’opprimé, en l’occurrence, les parents démunis face à la justice qui les broie. Il est difficile pour des familles déjà accablées par le deuil d’un enfant de savoir louvoyer dans les méandres d’un appareil judiciaire qui est étranger à la plupart du commun des mortels. Sans aide, sans moyens, c’est mission impossible. Et nombre d’affaires restent des non-lieux, faute de mettre le paquet sur des enquêtes difficiles.

Tout cela apparaît en filigrane, car le livre est un vrai roman policier, mené comme tel, et non comme un documentaire, et on se passionne pour les enquêtes entremêlées, variées dans le temps et les modes opératoires. Je n’en dis pas plus, plongez à votre tour dans la boue de la campagne du Morvan.

Editions Points

Ne prononcez jamais leurs noms – Jacques Saussey (478 pages)

La suite des aventures de Daniel et Lisa, ça faisait longtemps ! Cette fois, Jacques Saussey nous entraîne du côté d’Hendaye où un attentat est commis. Qui ? Pourquoi ? Est-ce que les groupes indépendantistes tel que l’ETA n’ont pas complètement déposé les armes, comme annoncé ? Ou bien les Islamistes, car l’attentat ressemble à celui du métro Saint-Michel de 1995 ?

Enlevé par le terroriste, Daniel tente tant bien que mal de survivre, tandis que Lisa, pourtant très fâchée à la fin de « la pieuvre » se lance à sa recherche. Haletant.

La méthode Venturi – Christophe Dubourg (388 pages)

Je ne le répéterai jamais assez, Christophe Dubourg est l’auteur qui a boosté mon blog. Alors forcément, on pourrait penser que je suis parti pris. Que je vais totalement manquer d’objectivité sur son denier roman, sorti tout juste pour le Salon Bloody Fleury 2019 : La méthode Venturi.

En plus, il faut savoir que cette personne est incroyablement modeste et humble : « tu sais Isa, ce livre est très différent du premier et tu as le droit de ne pas l’aimer ! « Non mais Kevin, heu… Christophe, j’ai lu 90 pages et j’adore ! »  « Oui mais tu vas voir, parce qu’après… peut-être qu’après, ça ne va pas te plaire ! »

Eh bien si ! jusqu’au bout ! Alors, soyons clairs, c’est en toute objectivité que je dis : c’est un livre QUI DECHIRE !

Venturi est interrogé par des types armés qui ne rigolent pas. Qui sont-ils ? La police des polices ? des méchants ? Et lui ? Qui est ce flic bourré de TOC qui se bourre de pilules bleues ? Christophe Dubourg nous embarque dans une histoire déjantée où rien ne se passe comme prévu et où les faux-semblants (un thème qu’on trouvait déjà dans les loups et l’agneau et qui lui est cher) ont la part belle.

Entre « les loups » et « la méthode », il y a indéniablement un style qui s’est affirmé, l’écriture est à mon avis bien meilleure que dans son premier roman. Quant à l’histoire, elle nous plonge dans un roman noir des années soixante, à la sauce actuelle, ce qui en fait un livre vraiment original et à part.

Les truands ont une sorte de code de l’honneur (ou pas), les flics font sauter des bagnoles à la grenade et se baladent en tongs. Une équipe de branques et de broc, haute en couleur. Tout cela a un petit côté « à l’ancienne » presque désuet, totalement modernisé par les accessoires et le contexte. Truculent comme un dialogue d’Audiard et noir comme un film de Melville, La méthode Venturi est un mix entre les « Tontons Flingueurs » et Ocean’s Twelve. Brinquebalant !

La presqu’île empoisonnée – Guillaume Le Cornec (438 pages)

Je vous avais déjà chroniqué L’île aux panthères, suite à ma rencontre avec Guillaume lors du festival Bloody Fleury 2018. Une version 2.0 du Club des cinq de notre enfance.

La presqu’île empoisonnée est donc la suite des aventures des JAXON, entendez Judith, Amara, Xavier, Oscar et NicolaÏ, tous les cinq embarqués, avec leurs familles, dans une aventure aussi modeste que celle de sauver le monde et la planète ! Cette fois, nos détectives en herbe s’attaquent à un géant des pesticides, financé par la mafia calabraise. Rien que ça ! Personnellement, je trouve que Guillaume Le Cornec a encore affiné son style, et peaufiné son histoire. Une façon intelligente de sensibiliser nos ados à l’écologie. Sur fond de grandes entreprises et de monde de la finance pourris jusqu’à la moelle, il tresse une histoire complexe où de nouveaux personnages font leur apparition.

Ce n’est pas mièvre, ce n’est pas simpliste, même si c’est au départ adapté pour un public jeune. Foncez, et piquez-le à vos ados ensuite, ou l’inverse, car ce Mission impossible miniature vaut le détour. Soufflant !

Chimères – Laurent Loison (426 pages)

Cette fois encore, je vais un peu vous raconter ma vie, car c’est ainsi que je vais pouvoir expliquer mon ressenti sur le dernier opus de Laurent Loison.

Le premier film d’horreur que j’ai regardé était vendredi 13. J’ai cru mourir. J’ai fait des cauchemars pendant des mois et le pauvre ruisseau entouré d’arbres qui bordait la route que j’empruntais pour aller prendre mon bus m’a semblé extrêmement dangereux et hostile de nombreuses semaines après avoir vu ce film. A la fin du film, on croit que c’est fini, et non, Jason casse la fenêtre et nous fait sursauter et il tue les deux derniers qui avaient survécu. (Aujourd’hui, les jeunes rigolent en voyant ce film, mais moi il m’a totalement traumatisée)

Ensuite, il faut que je vous dise : Laurent Loison est un écrivain adorable. Il est prévenant avec ses blogueurs, et bienveillant avec ses collègues. Il se réjouit avec eux de leurs succès et les encourage quand ils ont des coups de mou. Une personne vraiment chouette.

Laurent Loison a l’art d’impliquer les lecteurs dans ses romans, il nous prend à partie d’entrée de jeu. Ça nous met mal à l’aise, il en joue, et nous met face à nos perversions. Forcément, ça dérange. Il entretient ce sentiment de nous mettre le nez dedans, et ça marche.

Il démarre aussi par un certain nombre d’éléments a priori décousus, et puis l’histoire démarre, c’est bien fait, on se prend au jeu, on se laisse aller dans la montée de la violence, on sait que ça va être de pire en pis. On continue à lire, dégoûté, voyeur, mais ça fonctionne.

Alors, Lolo, dis- moi, POURQUOI TU AS ECRIT CE P… DE DERNIER CHAPITRE ?????????

Tu vas m’objecter que c’était volontaire, que ça explique pas mal de choses et tout et tout… mais non !!! Moi, je dis NON ! au dernier chapitre ! Je dis : il n’est pas crédible ce dernier chapitre ! trop c’est trop ! Surtout que je revis mon traumatisme vendredi 13 de quand j’avais 16 ans ! Amateurs de Thrillers bien gores précipitez-vous. Traumatisés de vendredi 13, oubliez ! Traumatisant.