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Lève ton gauche ! – Frédéric Roux (261 pages)

Dans une récente chronique, j’ai par hasard utilisé du vocabulaire que j’ai emprunté au domaine de la boxe. A priori, la boxe n’est pourtant pas mon univers. Mais ce livre est un vrai uppercut. C’est avant tout un roman social qui se déroule dans les années 70, et même s’il parle de ce petit club qui tourne en partie grâce aux “extras”, entendez des missions de gardiennage, de videurs, la boxe n’est que le prétexte du milieu qu’il raconte.

Nos cinq sens sont sollicités, et on ressent comme les protagonistes, la peur avant les matchs, l’adrénaline, le désarroi des combats perdus, et finalement, pas tellement le bonheur de les avoir gagnés, juste une sorte de “ouf”! j’ai survécu. C’est une bande de jeunes qui s’éclate, et puis, les années passant, ils se rendent surtout compte qu’ils vieillissent. Le style est magnifiquement imagé, le livre est à la fois drôle et pathétique, triste et nostalgique, c’est à lire absolument. Merci aux éditions de l’arbre vengeur pour leur confiance et à Antoine Faure dont je vous conseille la chronique sur 130 livres.

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Suprême Soviète – Olga Schmitt (160 pages)

Olga est né en 1965 en URSS. L’Occident y est absolument diabolisé. Sa mère est une actrice sublime et reconnue, son père un metteur en scène célèbre. Quand son père quitte sa mère, son nouvel amoureux est un peintre qui n’a pas les faveurs du parti, mais qui est connu au-delà des frontières. Sa grand-mère, une femme immense, aviatrice, héroïne de la deuxième guerre mondiale l’a élevée avec Alla, une sorte de tante.

Ce livre n’est pas un roman, il raconte les vraies anecdotes de la vie d’Olga, l’âme slave, le tragique et le comique mêlés, l’absurdité d’un système où on se sent bien lorsqu’on n’a connu que ça et que c’est chez soi. La vie de cette femme est incroyablement romanesque, un romanesque à la Russe, où chaque personnage est un roman à lui tout seul. La fin est un drame, mais c’est aussi une seconde naissance.

Sans déflorer davantage son histoire, comme moi, vous lirez les premières pages, et puis vous arriverez au bout sans avoir pu le lâcher. Vous rirez et vous pleurerez dans des torrents de larmes et des flots de vodka. 

Ne laissez pas passer ce livre qui sort aujourd’hui, 5 novembre 2020. Les livres des confinements sont des livres qui seront sacrifiés si on ne leur donne pas une chance. Celui-ci ne mérite pas d’exil.

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Les aventuriers de l’autre monde – Luca Di Fulvio traduit de l’italien par Elsa Damien (222 pages)

Comment mieux démarrer la littérature de Luca Di Fulvio que par son unique roman jeunesse?

Luca Di Fulvio explique qu’il a écrit ce livre pour raconter une histoire à une petite fille malade. Il  possède tous les ingrédients nécessaires à une belle histoire : trois enfants dont les caractères et les profils se complètent, une amitié solide, de l’aventure, des méchants, un monde magique, des fantômes et beaucoup d’animaux.

Ce livre réjouira les petits de huit à douze ans, ils pourront s’identifier aux héros, et voudront combattre les mauvaises âmes. On y retrouve toute la générosité de l’auteur et sa volonté de distribuer le bien autour de lui, comme un magicien des histoires.

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Opus 77 – Alexis Ragougneau (243 pages)

Ariane est une pianiste internationalement connue, belle et froide. Elle doit jouer pour les funérailles de son père et décide au dernier moment de changer son répertoire pour interpréter une adaptation du concerto pour violon de Chostakovitch opus 77. Le livre est donc écrit en cinq chapitres, comme les cinq mouvements du concerto et donne l’occasion à Ariane de raconter la vie de sa famille, à la fois banale et tragique.

Elle n’évoque son père qu’en le nommant par son nom de famille, un père célèbre, pianiste, comme elle, puis chef d’orchestre. Elle relate les relations houleuses qu’il a entretenues avec son fils violoniste, reclus depuis des années dans un bunker et une mère qui a perdu peu à peu la raison. Les répétitions sont racontées comme des interrogatoires du KGB et les concerts comme des suspenses qui pourraient mal se finir. Ce livre brillant et dramatique fait partie de la sélection j’ai lu, l’élis basé sur le prix Cezam 2020. Un gros coup de cœur.

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Même les cow-girls ont du vague à l’âme – Tom Robbins Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Philippe Mikriammos (442 pages)

Sissy est magnifique, elle ressemble un peu à Grace Kelly. Mais elle est née avec des pouces immenses. Tout le monde veut lui faire comprendre que c’est une difformité, mais elle décide, dès l’enfance d’en faire son principal atout.

Un ovni littéraire. Un objet curieux qu’on regarde avec défiance comme on regarde les pouces de Sissy, étranges, démesurés, hors norme. Ce livre est une ode à la différence, et au droit de réaliser ses rêves. Ce livre est un hommage aux femmes. Ce livre trouve de la beauté là où elle n’est pas évidente à voir. Ce livre est un livre LGBT écrit à une époque où cet acronyme n’existait pas. Ce livre est un livre à forte connotation sexuelle. Ce livre est complètement barré. Ce livre s’adresse à vous directement, comme si vous étiez au-dessus de l’épaule de l’auteur et qu’il vous adressait directement ses remarques pendant qu’il écrit.

C’est drôle, c’est philosophique, c’est dense. Quand vous le lisez, vous menez un combat contre l’auteur, contre le livre objet, contre vous-même. Et au bout de tous ces uppercuts que vous n’avez pas pu éviter, et qui vous laissent pantelants, vous refermez le bouquin en vous disant : wouah !

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Katherine Pancol

Katherine Pancol est une surdouée. Professeur de lettres, journaliste, romancière, son premier livre est un tel succès qu’elle part vivre aux Etats-Unis pour éviter de prendre la grosse tête. Depuis son succès ne s’est pas démenti, et elle a explosé avec la trilogie des “Yeux jaunes des crocodiles” qui précède celle de “Muchachas”. Son nouveau livre qui s’appelle « Eugène et moi » sort début novembre,  un road-book qui raconte les pérégrinations de deux filles au Mexique d’abord, puis à Paris et enfin à Saint Tropez. Une sorte de Thelma et Louise, deux insouciantes sur la route et mille dangers collés au train ! Et ne loupez pas la sortie de Bed Bug (roman paru en novembre 2019) en livre poche en avril 2021. Les jaloux, les aigris lui reprocheront d’écrire des romans populaires et faciles. Moi je dis : Quand on vend des millions de livres et qu’on garde une telle simplicité, un grand sourire en plus, on s’incline et puis c’est tout. Katherine me fait l’honneur de participer à ma rubrique un auteur, trois livres. Merci.

– Quel est le livre qui a marqué votre enfance ou votre jeunesse ?

« Sans famille » d’Hector Malot. Le premier livre que j’ai lu. Je devais avoir cinq ans, (j’ai appris à lire très tôt). La première phrase « Je suis un enfant trouvé »… J’ai ouvert le livre, j’étais assise sur les marches d’un escalier en pierres, et je fus tout de suite emportée ailleurs dans un grand bonheur.

– Quel est votre classique de chevet ?

J’hésite entre n’importe quel livre de Balzac ou la correspondance de Flaubert  (850 pages en collection livre de poche). 
En ce moment, c’est Flaubert avec qui je passe tous mes petits déjeuners…

 – Quel est le livre que vous n’avez jamais terminé de lire ?

« Ulysse » de James Joyce.

Bibliographie

  • Moi d’abord (Seuil, 1979, Points-Seuil, 1998)
  • La Barbare (Seuil, 1981, Points Seuil, 1995)
  • Scarlette si possible (Seuil, 1985, Points Seuil, 1997)
  • Les hommes cruels ne courent pas les rues (Seuil, 1990, Points Seuil, 1997)
  • Vu de l’extérieur (Seuil, 1993, Points Seuil, 1995)
  • Une si belle image (Seuil, 1993, Points Seuil, 1995)
  • Encore une danse (Seuil, 1998, Points Seuil, 1999)
  • J’étais là avant (Albin Michel, 1999)
  • Et monter lentement dans un immense amour (Albin Michel, 2001)
  • Un  homme à distance  (Albin Michel, 2001)
  • Embrassez-moi  (Albin Michel, 2003)
  • Les yeux jaunes des crocodiles  (Albin Michel, 2006, Le livre de poche, 2007)
  • La valse lente des tortues  (Albin Michel, 2008,  Le livre de poche, 2009)
  • Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi  (Albin Michel, 2010, Le livre de poche, 2011)
  • Muchachas 1 (Albin Michel, 2014, Le livre de poche, 2015)
  • Muchachas 2 (Albin Michel, 2014, Le livre de poche, 2015)
  • Muchachas 3 (Albin Michel, 2014, Le livre de poche, 2015)
  • Trois baisers (Albin Michel, 2017, Le livre de poche, 2019)
  • Bed Bug (Albin Michel, 2019, Le livre de poche, 2021)
  • Eugène et moi (Albin Michel, 2020)
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La mécanique du coeur – Mathias Malzieu (155 pages)

Après la rencontre incroyable et magique avec la collection Iconopop des éditions Iconoclaste, et leurs trois premiers auteurs, tous différents et touchants dans leur genre, je n’ai pas pu m’empêcher de raconter la tendresse poétique de Mathias Malzieu à mes collègues dont l’un d’eux m’a déposé la mécanique du coeur sur mon bureau le lendemain même.

La mécanique du coeur est un moment de lecture sensible et un peu perché, drôle et mélancolique, à l’image de son auteur. On y croise des personnages improbables, un peu comme dans la cité des enfants perdus, ou comme dans Edward aux mains d’argent, avec une ambiance un peu similaire.

Le tout, comme toujours chez Malzieu, saupoudré d’une histoire d’amour à faire exploser les coeurs, surtout quand ils fonctionnent grâce à une horloge en forme de coucou suisse. Un moment de grâce où les chanteuses sont myopes et où Méliès conseille l’amoureux transi, comme une barbapapa légère, rose et sucrée.

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De pierre et d’os – Bérengère Cournut (220 pages)

Premier opus du nouveau prix “J’ai lu, j’élis” de la bibliothèque de mon village, calqué sur les dix romans de la sélection du prix Cezam, De pierre et d’os était un ouvrage que j’attendais avec impatience. Parfois, quand on attend trop d’un livre, le risque est d’être déçu. Et j’avoue que malgré une écriture qui se lit bien, truffée de chants et de photos très intéressantes à la fin, malgré le thème des Inuits, de leur culture, je n’ai pas été séduite ni transportée plus que ça.

C’est l’histoire d’une jeune fille, donc, séparée brutalement de sa famille qui doit survivre. On y découvre la vie extrêmement dure de ses peuples du grand nord, la quête de nourriture qui représente la plus grande partie de leurs activités, et tout ce qui tourne autour de la chasse (récupération des tendons pour faire de la corde, des peaux pour faire des vêtements etc…), la transmission orale, les croyances de réincarnation. L’ensemble tient la route, mais voilà, moi je suis un peu passée à côté.

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La république ne vous appartient pas – Discours à Polytechnique – Juan Branco (108 pages)

Le pouvoir politique passe souvent par la dialectique. Il me serait difficile de rivaliser avec Juan Branco sur ce terrain, lui qui a été formé dans les plus grandes écoles à cette manipulation du langage. Mon sentiment prédominant dans ce livre, c’est qu’on reste sur notre faim. Il enfonce des portes ouvertes avec des constats ô combien audacieux, tels que : “il y a des inégalités en France” ou “ce sont majoritairement les enfants de cadres qui font des études dans les plus grandes écoles en France”. Il est bien placé pour le savoir, lui qui a fait une partie de ses études à Yale. Si 68% des étudiants de polytechnique sont des enfants de cadres, seuls ceux qui ont eu l’opportunité de barboter dans les parcs du sénat ont une probabilité d’entrer un jour dans l’Ivy league. Le  problème de l’éducation en France (où les inégalités ont été encore amplifiées par le confinement lié à la crise sanitaire) est très préoccupant en effet. Mais le traiter au travers du prisme des prépas parisiennes et des grandes écoles me semble affreusement réducteur et naïf. Et malgré sa bonne volonté, la sensation de son imposture m’a trop violemment interpellée tout au long de l’ouvrage pour sortir convaincue de sa harangue.

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La petite voleuse – Michael Cho (90 pages)

Une BD pour changer ! Corrina déprime dans son agence de pub. Elle a fait des études de lettres pour être romancière et elle se demande si elle n’est pas en train de passer à côté de sa vie. Alors pour avoir l’impression d’exister et sentir l’adrénaline monter, elle pique des magazines, l’air de rien, dans le supermarché où elle fait ses courses.

Elle est mal à l’aise dans sa peau parce qu’elle est mal à l’aise dans sa vie. Le trait à la fois simple et précis de Michael Cho nous plonge dans l’ambiance juste du mal être de Corrina. Les scènes sont séparées par des plans larges des paysages de la ville, qui mettent ce début de vie un peu raté en perspective. Peu de couleurs dans cette BD proche du comics pour mettre en exergue le côté terne de sa vie. Un très joli livre.