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La petite conformiste – Ingrid Seyman (189 pages)

Comment vivre dans une famille de soixante-huitards de gauche quand on est une petite fille conformiste ? Quand Esther voit ses parents qui s’engueulent très fort et se réconcilient tout aussi fort sur le canapé du salon, elle a envie de vomir et part classer ses livres dans sa chambre. Elle déteste son père et voudrait bien que sa mère se libère de l’amour qu’elle éprouve pour cet homme hypocondriaque et maniaque qui pourrit la vie de toute la famille.

L’histoire est brillamment racontée avec un humour cru et décalé qui reflète la vision que cette petite fille puis ado porte sur sa famille, la religion, la politique et la vie en général. Mais l’autrice fait aussi le constat amer qu’on n’est jamais complètement libre, ni libéré, que le poids de notre histoire familiale pèse invariablement sur nos choix de vie. Ce qui est raconté avec la légèreté de l’enfance est en fait atrocement triste.

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Laurent Guillaume

C’est la magie de Noël ! Un petit cadeau juste avant les fêtes avec l’excellent Laurent Guillaume qui s’est gentiment prêté au jeu de un auteur, trois livres. Ancien lieutenant de police, il a été tour à tour commandant d’une unité mobile de sécurité dans le Val de Marne, spécialisée dans l’anti criminalité et les violences urbaines (expérience qui lui a inspiré son premier roman, “Mako”), puis chef de groupe aux stups, conseiller du directeur général de la police locale pour les affaires de lutte contre le trafic de stupéfiants  au Mali et enfin, revenu en France, il est affecté à la brigade financière. Depuis 2012, il se consacre à l’écriture de romans policiers et de scénarios. Lorsqu’il n’écrit pas, Laurent Guillaume exerce une activité de consultant international de lutte contre le crime organisé, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. Merci pour ta participation à ma rubrique.

– Quel est le livre qui a marqué ton enfance ou ta jeunesse ?

Les livres de Fénimore Cooper et surtout de Jack London ont marqué mon enfance. Ils m’ont sorti de la bibliothèque verte pour me confronter à des problématiques d’adulte. Chez London, « l’appel de la forêt » et « Croc blanc » ont développé chez moi un désir de la littérature des grands espaces que j’ai satisfait plus tard avec d’autres auteurs américains comme Cormac McCarthy et Larry McMurtry. Mais si je devais ne citer qu’un roman ce serait « Croc blanc » de London, plus confidentiel que « l’Appel de la Forêt » dont il est une sorte de négatif parfait. Les romans de la nature chez London renvoient souvent à l’affrontement de l’inné et de l’acquis, sans cesse en opposition. Enfant je l’avais ressenti sans toutefois en percevoir toute la complexité. Dans Croc blanc, il y a deux lectures possibles, la première à hauteur de l’enfant et la seconde au niveau de l’adulte. C’est probablement ce qui en fait un roman universel.

– Quel est ton classique de chevet ?

« Les racines du ciel » de Romain Gary. Premier roman écologiste, l’écriture est sublime et les personnages inoubliables. C’est pour moi un véritable chef-d’œuvre même si le terme a tendance à être galvaudé. J’admire le combat de Morel, ancêtre des écolos Warriors et personnage habité par sa lutte: la défense des éléphants d’Afrique.  

– Quel est le livre que tu n’as jamais terminé ?

« À la recherche du temps perdu », de Proust. Jeune adulte j’avais décidé de gravir cet Annapurna romanesque, un peu comme un défi sportif, mais j’avais abandonné dans la façade nord du côté de chez Swann. Le truc m’avait scié les bras et dissous la volonté. Jamais un bouquin ne m’avait tant fait chier. 
Pour moi Proust c’est un peu comme les huîtres, tout le monde adore et s’en délecte à grand renfort de bruit de bouche et d’yeux révulsés d’extase. Tant de plaisir chez mes amis finissait souvent par me convaincre d’essayer à nouveau et, invariablement, comme les huîtres, le truc était mou et trop salé et me filait la gerbe… Il me fallut des trésors de volonté pour ne pas le régurgiter. Je tiens à préciser qu’une fois je suis allé jusqu’à la page 200, ce qui n’était pas un mince exploit. 

Bibliographie

  • Mako (Les Nouveaux Auteurs, 2009,  Le Livre de poche, 2010)
  • Le Roi des crânes (Les Nouveaux Auteurs, 2010)
  • La Louve de Subure (Les Nouveaux Auteurs, 2011)
  • Doux comme la mort (La manufacture de livres, 2012) 
  • Les Eaux troubles (Le Roi des crânes) ( Le Livre de poche, 2012)
  • Black Cocaïne (Denoël, coll. Sueurs froides, 2013, Gallimard, coll. « Folio policier », 2015)
  • Delta Charlie Delta (Denoël, coll. Sueurs froides, 2015)
  • Bronx – La Petite Morgue (French Pulp éditions, 2017)
  • Là où vivent les loups (Denoël, coll. Sueurs froides, 2018)
  • Africa Connection – La criminalité organisée en Afrique (La manufacture de livres, 2019)
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Mes amis – Emmanuel Bove (199 pages)

Victor est rentré invalide de la guerre de 14-18. Sa maigre pension lui permet de subsister chichement sans travailler, mais il se sent terriblement seul et donnerait tout pour avoir des amis.

De rencontre ratée en attentes démesurées vis-à-vis des personnes qu’il croise, Victor est toujours déçu.

Ce livre raconte la solitude comme jamais, avec une douce mélancolie et l’amertume des frustrés. Grâce aux éditions de l’arbre vengeur, ce petit opus découvert par Colette en 1924 est un bijou ressorti de l’oubli. Merci à eux  pour leur confiance.

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Cyber crimes – Pierre Penalba (271 pages)

Pierre Penalba a été pionnier dans la police spécialisée dans la cybercriminalité. Pour tous ceux qui fustigent les policiers sans discernement, sachez qu’il y a quand même à la base, des hommes et des femmes qui sont là pour vous défendre et vous protéger. Avec Abigaelle, son épouse, il raconte des anecdotes, certaines presque comiques, d’autres franchement épouvantables (est-ce utile de rappeler que ce genre de service s’occupe entre autres du dark web et de la pédocriminalité ?). Les histoires les plus insupportables préviennent le lecteur en préambule.

Souvent, à la fin d’une histoire, il y a un certain nombre de conseils pour se protéger, ou se défendre quand on a été cyber-attaqué. C’est donc très pédagogique, en plus d’être divertissant.  Il y a beaucoup de notes de bas de pages pour les super novices, sûrement un peu trop pour nos jeunes qui en connaissent déjà un rayon. C’est en tout cas un livre à mettre entre toutes les mains, pour prévenir, car on peut tous être victime un jour ou l’autre. C’est par ailleurs très bien écrit, et j’ai hâte de lire leur prochain livre. Merci à Pierre et Abigaelle pour leur confiance.

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Wilbur ou serial liver – Frédéric Perrier (123 pages)

Un vieux flic part à la retraite et son remplaçant décide de déterrer un “cold case”, une histoire jamais résolue. Neuf meurtres en neuf mois, entre septembre 1982 et mai 1983, neuf hommes, tués d’un coup de couteau dans le foie. On apprend au fur et à mesure des chapitres qui sont ces hommes assassinés et on découvre une histoire de vengeance a posteriori… qui cache une histoire bien pire encore.

C’est un premier roman noir qui tient la route à défaut de tenir longtemps le suspense. Mais je ne pense pas que ce soit le but premier de l’auteur. Comme disent les profs qui veulent encourager les élèves qui ont fait un effort louable : Persévérez !

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Fuir le bonheur – Francine Burlaud (205 pages)

Pourquoi Elise est-elle si réticente à aller au mariage de sa sœur qu’elle admire, adore et déteste à la fois ? Des relations de famille, d’amitié, d’amour, tout est merveilleusement et justement décrit dans ce roman. La vie y est exposée dans sa vérité nue, les pensées des uns et des autres confrontées aux discours que l’on sert à la place, pour éviter de froisser, pour masquer ce qu’on n’ose pas évoquer, ce qu’on ne peut pas dire.

Chaque personnage est vrai, aucun n’est caricatural, on a tous connu des situations similaires où nos sentiments ne sont pas les plus reluisants : la jalousie, la honte, le mensonge, la peur. L’ensemble est écrit avec beaucoup de finesse, de sensibilité et d’humour. Merci encore une fois aux éditions Slatkine et compagnie pour leur confiance.

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Au coeur de la fougère – Ian Borthwick et Vincent Fernandel (183 pages)

Quand on m’a proposé de découvrir ce livre sur le rugby, je sortais d’une expérience inédite avec la boxe. Et ça m’avait plu. La différence, c’est que j’avais déjà vu des matchs de rugby, que je me suis même passionnée pour ceux que j’ai vus, que j’ai eu l’occasion de rencontrer des rugbymen, des types durs au mal, costauds et bons vivants. Je connais même le nom de l’équipe de Nouvelle-Zélande, mythique, des All Blacks. A part ça et leur fameux Haka, je m’y connais à peu près autant en rugby qu’en boxe.

Ce qui est intéressant, c’est que l’un des deux auteurs, en l’occurrence Vincent Fernandel, n’est lui-même pas un spécialiste. Il guide donc les gens comme moi sur les terres de Nouvelle-Zélande pour y découvrir ce sport qui est un pilier (oh oh jeu de mots !)  du pays.

Entre des photos absolument magnifiques et un texte à la fois touchant et drôle, on ne rêve que de partir sur cette terre qui a une âme et où les habitants ont tous l’air charmants et accueillants. On parcourt les deux îles du sud au nord au travers de ces expériences humaines jalonnées de quelques-uns des hommes qui ont construit cette équipe.

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Vigile – Hyam Zaytoun (125 pages)

L’autrice raconte l’infarctus de son mari. Pendant 30 minutes, elle va lui faire un massage cardiaque en attendant les secours, lui sauvant la vie. Mais à quel prix ? Dans le coma et soutenus par un respirateur artificiel, les médecins sont très pessimistes.

Pendant ce temps suspendu, entre la vie et la mort, elle évoque leurs meilleurs souvenirs, et aussi le soutien de la famille et des amis, très présents. Cela m’a frappé. A aucun moment, cette femme n’est seule, à aucun moment, il n’est seul dans son coma. Ces gens sont très entourés, par une famille aimante et de vrais amis. 

De ce fait, ce moment douloureux et tragique est un moment partagé avec les gens qu’on aime et ça change tout. Un écriture délicate et tendre pour ce court récit. Et beaucoup d’amour.

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Au cinquième étage de la faculté de droit – Christos Markogiannakis traduit du grec par Anne-Laure Brisac (282 pages)

J’aime bien lire un auteur dans l’ordre de ses écrits. Parce que la plupart du temps, la plume évolue, et j’aime suivre cette évolution de l’écriture. J’ai donc démarré avec ce premier roman de Christos Markogiannakis. Cet écrivain est avocat et a suivi des cours de criminologie en France. Autant vous dire qu’il connaît son sujet.

Deux cadavres sont trouvés au cinquième étage de la faculté de droit d’Athènes. Le capitaine Markou, qui a lui-même été élève de cette université est chargé de l’enquête. Il découvre que l’ambiance y est délétère, étouffante, insupportable. Qui va donc regretter cette professeure acariâtre ? Mais que faisait ce jeune doctorant aimé de tous qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ?

L’enquête est pleine de rebondissements, et la fin est un hommage réussi à Agatha Christie dont l’auteur est un fervent admirateur. Pour les fans de la grande dame du roman policier, ne passez pas à côté. Un polar bien ficelé qui donne envie de lire la suite des aventures du capitaine Markou.

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Camarade Papa – Gauz (252 pages)

Depuis la rencontre avec Gauz dans “Varions les éditions en live”, où j’ai découvert sa verve poétique, je ne cesse d’en faire l’éloge. Camarade Papa ne fait pas exception à la règle. Un peu comme Giono, Gauz est un auteur difficile à chroniquer. Comment faire ressortir toute la magie de son langage sans le déflorer ? Il est impossible à catégoriser, c’est un auteur vraiment à part.

Nous suivons ici en parallèle Maxime Dabilly, jeune homme de la fin du 19ème siècle qui part à l’aventure de la conquête de l’Afrique et un petit garçon du vingtième siècle, dont le père communiste lui en inculque des théories. Gauz réinvente la langue française en utilisant des artifices poétiques et drôles pour traduire la parole de l’enfant. Il évoque la condition des blancs en Afrique, les maladies, le climat qui les tuent, le découpage des territoires signé avec des croix, bétonnés par des commerces qui sont des doubles jeux de dupes, les amitiés, les inimitiés entre les Français et les Anglais. 

Quel travail d’écriture incroyable ! Quelle richesse dans le vocabulaire !  Quel boulot d’historien ! Tout ce travail amène une fluidité absolue et l’ensemble se déguste comme un bonbon pour enfants. 

Et je ne résiste pas à vous faire partager ma phrase préférée : “Accrochée au ventre des nuages, la lune en croissant est couchée sur le dos dans un hamac d’étoiles” Si avec ça, vous ne faites pas de beaux rêves…Gnianh zigbo !