Balzac et la petite tailleuse chinoise- Dai Sijie (228 pages)

Pour les grands lecteurs comme moi, ce livre est forcément très important. Dans une Chine des années 70, où avoir de l’instruction est déjà subversif, posséder des livres, à fortiori de littérature étrangère, est en soi passible de prison.

Deux jeunes hommes qui ont été au collège et dont les parents sont en prison car les médecins ont également été persécutés se retrouvent en rééducation dans un village de montagne.

Une petite tailleuse, la plus belle fille de la montagne et la découverte d’une valise de livres vont les changer à jamais. Encore une fois, on est heureux de vivre dans un pays où étudier est un droit, que c’est même obligatoire jusqu’à 16 ans et où lire est un passe temps socialement et politiquement accepté. Vive la liberté !

Chanson douce Leïla Slimani (240 pages)

Moi qui lit beaucoup de policiers avec des histoires sanglantes et glauques, ou bien des livres historiques, comme le dernier sur Josef Mengele qui était un fou sadique, j’ai beau jeu de dire que ce livre est glaçant. Mais je pense qu’il est d’autant plus glaçant que l’histoire de fond est banale. Je ne pense pas me tromper en disant que l’auteure a voulu précisément nous glacer les sangs en nous parlant de cette histoire banale qui finit mal. Ce qui me gêne, je l’avoue, c’est que ce livre est terriblement culpabilisant pour les mères modernes, et les femmes en général. D’ailleurs, je le déconseille à toutes les femmes enceintes qui souhaiteraient retravailler après leur congé maternité. Certaines femmes n’ont pas le choix : pour vivre, elles doivent retravailler. Mais là, la mère souhaite retravailler, c’est son choix. Désolée, mais j’ai vraiment ressenti un peu mal à l’aise la culpabilisation de cette mère qui souhaite travailler. L’histoire est horrible, inspirée d’un vrai fait divers, où une nounou a assassiné les enfants qu’elle gardait aux Etats Unis, en tentant en vain de s’auto-égorger. Je ne spoile rien, car d’entrée de jeu, le tableau est posé : le bébé est mort. Leila Slimani a évacué ses propres angoisses et peut être du coup, sa culpabilité car au moment où elle écrivait son roman, elle cherchait elle-même une nounou pour son fils; Néanmoins, je trouve que c’est assez malsain, tout du long. C’est néanmoins très bien écrit, alors on lui pardonne.

La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez (233 pages)

Bon, une fois n’est pas coutume, je vous livre un ouvrage un peu plus récent. Le prix Renaudot de cette année a été attribué à Olivier Guez pour « la disparition de Josef Mengele ». Ce roman s’appuie sur des faits bien réels puisqu’il s’agit de la vie de Mengele après sa fuite en Argentine, puis au Paraguay, et qui se termine, en 1979 au Brésil. Pendant tout ce temps, l’ange de la mort a échappé à toutes les instances internationales qui l’ont cherché, parfois avec beaucoup de véhémence et d’assiduité, parfois moins.

Ce qui est morbidement fascinant dans ce livre, c’est le déploiement colossal de fortunes et de réseaux pour éviter à ce nazi acharné de faire face à son histoire et à son destin. On se doute bien que le nazisme n’a pas disparu sitôt Hitler suicidé. On constate d’ailleurs un peu partout en Europe des relents de nationalismes et les extrême droites qui remontent dans les scrutins. Toutes les questions qui sont soulevées autour de l’histoire de ce médecin malfaisant sont aussi fascinantes : pourquoi d’autres médecins de camps n’ont pas été inquiétés après la guerre, pourquoi les industries qui se sont enrichies sur le dos des expériences réalisées n’ont pas eu à répondre de leurs actes?

C’est très intéressant, on peut peut-être juste regretter qu’en plus de la bibliographie foisonnante dont il s’est inspiré, l’auteur n’ait pas mentionné quelle est la part inventée de son récit, car il restera toujours une zone d’ombre. Personnellement, c’est le fond qui m’a totalement absorbée. Le style est plutôt plat, même si ça se lit très vite. Mais le fond se suffit à lui-même et c’est tellement passionnant que le livre vaut d’être lu.

René – Disiz (260 pages)

Que se passerait-il ou se serait-il passé, si le front national avait gagné les élections présidentielles françaises? Ecrit en mars 2012, juste avant les élections donc, Disiz imagine un monde où des groupes para-militaires extrêmement répressifs feraient la loi, et où tous les enfants devraient être rebaptisés de prénoms issus du calendrier grégorien…

L’idée de départ est intéressante, et je dirais que ce sont les premièrespages, qui relatent le résumé des 17 années qui suivent l’arrivée du FN au pouvoir qui sont les plus ingénieuses; peut être est-ce que c’est parce que je m’attendais à un vrai roman politique d’anticipation que je suis légèrement déçue. Quand on voit les deniers faits divers d’attaques de policiers, la réalité dépasse la fiction…Finalement, René est surtout le reflet d’une société qui existe déjà. Pas de gros bouleversement décrit. Et pour un adolescent sensible et un peu à part, il est difficile d’évoluer sans entraves.

Rien de bien neuf, donc, même si tout ça est très bien montré, le livre est empli de la sensibilité de cet ado mal dans sa peau. Une fois n’est pas coutume, je vais en profiter pour évoquer le Disiz chanteur de rap, dont le dernier album, Pacifique, et notamment sa très belle adaptation de la chanson de Souchon « quand je serai KO » (Quand je serai chaos) vaut le déplacement, même si, comme moi, on n’est pas forcément grand amateur de rap.

Pacifique – Disiz la peste (2017)

Les Hauts de Hurlevent – Emily Brontë (314 pages)

Emily Brontë - Les hauts de Hurle-Vent

Et voilà! Le premier classique de l’année 2017. Pourtant élevée loin du reste du monde, ayant peu de contacts sur la vie à l’extérieur du presbytère où son père est révérend, au milieu de ses soeurs et de son frère, Emily, à l’instar de 2 de ses soeurs va écrire l’un des livres les plus marquants de sa génération. A l’époque où il est très mal vu pour une femme d’écrire, les soeurs Brontë publieront tout d’abord sous des pseudos masculins. Deux de ses soeurs mortes encore plus précocement, mais d’une intelligence remarquable auraient peut être aussi été de grands écrivains.

Je dois confesser que j’ignorais jusqu’à l’histoire de ce grand classique! Un soir, le père Earnshaw rentre de Londres avec un enfant sous le bras. Cette arrivée va bouleverser la famille. L’autre famille, les Linton, habitent à quelques kilomètres de là. Les rapports de force entre les uns et les autres, entre ce petit « noir » recueilli, adulé par son sauveur (Hearthcliff) et les gosses de riches vont se faire et se défaire au fil des années. La tyrannie de Hindley et l’amour de Catherine, contrarié par l’arrivée d’Edgar Linton, vont déclencher le désir de vengeance de Hearthcliff.

Le roman est terriblement marqué par la cruauté et la mort, sans cesse présentes tout au long du roman, malgré une fin sereine et apaisée qui marque le triomphe du bien sur le mal.

Shots – Guillaume Guéraud (277 pages)

Guillaume Guéraud - Shots

Encore un roman très original que nous propose la sélection Cézam, car il est émaillé de rectangles gris qui représentent des photos qui ont mystérieusement disparu et dont l’auteur fait la description.

William sait depuis longtemps que son frère file un mauvais coton. Il a eu de mauvaises fréquentations, associées à une folie des grandeurs, un train de vie de flambeur. Quand Laurent part à Miami, il ne met pas longtemps à faire le rapprochement avec ce tableau qui vient de disparaître dans un musée. Son frère donne des nouvelles sporadiques, et envoie des photos de sa nouvelle vie; quand leur mère fait un AVC et ne reconnaît plus William mais ne cesse de réclamer Laurent, il part sa recherche pour lui demander de lui rendre visite, avec le secret espoir que quelque chose en elle pourrait se débloquer. Il part à Miami avec le peu de pistes qu’il a, les photos que Laurent lui a envoyées, quelques noms. Commence alors, une enquête, entre Scarface et deux flics à Miami, entre Little Havana et Little Haïti, où le vaudou se mêle à la barbarie de tueurs fanatiques.

Ce livre se lit comme un roman policier, on est tenu en haleine tout au long de l’histoire, et les photos même grises sont tellement bien décrites qu’on a l’impression de les voir pour de vrai. Je n’avais encore jamais lu cet auteur qui est assez prolifique, et je pense que je vais aller voir le reste de sa production.

Désorientale – Négar Djavadi (345 pages)

Négar Djavadi - Désorientale

Kamiâ raconte l’histoire de sa famille iranienne, le poids de la culture, si différente de la culture française où ses parents se sont exilés avec leurs trois filles pour échapper au régime de Khomeini.

3 générations se succèdent de façon décousue, comme on penserait à certaines anecdotes que notre esprit fait ressurgir dans un ordre aléatoire -et surtout pas chronologique. L’auteure y décrit à merveille tous les aspects de la culture iranienne, la petite histoire d’une famille insérée dans la grande histoire, et tous les clichés français qui y sont rattachés. Bon, en même temps, elle n’a pas trop de mérite dans cet exercice, ça sent le vécu.

Ce livre foisonnant, et passionnant nous explique les affres de l’exil, et cet espoir fou qui a entraîné les Iraniens au départ du Shah, vite anéanti par de nouvelles persécutions, dans l’indifférence totale de l’occident. Comment ce pays, avec son pétrole a été l’enjeu de toutes les puissances mondiales, qui l’ont maintenu dans un carcan et l’ont empêché de prendre son propre envol. C’est génial.

Les Giboulées de Soleil – Lenka Horňáková-Civade (372 pages)

Lena Hornakova-Civade - Giboulées de Soleil

Magdalena n’a jamais accepté que sa mère quitte Vienne pour aller s’installer dans ce minuscule village tchèque. Elle regrettera toute sa vie la grande ville qui restera pour elle le souvenir du bonheur. A son tour fille -mère, elle tentera de transmettre à sa fille Libuse le fait que sa naissance est le fruit d’une véritable histoire d’amour. Quand Libuse tombe enceinte à son tour, elle épouse Antonin pour éviter à sa fille la honte de sa condition de bâtarde.

Secrets, non-dits, amours et désamours, le tout sur fond de construction d’un nouveau pays après la deuxième guerre mondiale, et les tournants de l’histoire qui viennent se glisser dans les moindres recoins du pays, y compris dans ce tout petit village. 

Une histoire comme il y a dû y en avoir des milliers. C’est bien écrit, et on s’attache à cette famille matriarcale où la grand-mère, à la fois mère et grand-mère, sage-femme et aubergiste tient son monde d’une poigne de fer. Avec un grand stoïcisme, jamais un mot plus haut que l’autre, elle ne se laisse jamais faire.

Les obus jouaient à pigeon vole – Raphael Jeruzalmy (176 pages)

Raphaël Jerusalmy - Les obus jouaient à pigeon vole

Ce n’est pas un obus, c’est un ovni! Ce petit livre, émaillé de poèmes d’Apollinaire joue avec les mots. L’auteur s’en délecte autant que le poète, il s’amuse et se fait plaisir en nous emmenant dans sa ronde. La tranchée? Une horreur, mais le poète y ramasse de la matière pour en faire des vers.

Des mots piqués aux poilus. Un livre en compte à rebours, jusqu’à ce que le poète soit touché.

Expiation – Ian McEwan (483 pages)

Ian McEwan - Expiation

L’histoire démarre par un jour de canicule en Angleterre en 1935. Tout est moite, lourd, l’ambiance est pesante. Comme toujours chez McEwan, on sent que sous des dehors anodins, un drame se prépare. Sur fond de jalousie sociale inversée (la plupart des protagonistes riches sonneront l’hallali pour le pauvre qui a réussi), la tension monte inéluctablement.

Ian Mc Ewan est considéré comme l’un des meilleurs auteurs contemporains anglais. Mais j’avoue que j’ai du mal. Il écrit bien en effet. Mais mon dieu que ses livres sont glauques. Je ne lui rends pas justice car il le fait très bien, mais ne lisez pas McEwan si vous êtes angoissé. Toute l’histoire s’enroule autour de votre cou, et vous sentez que chaque mouvement la serre un peu plus, sans que vous puissiez vous en dégager.